SUITES
J’en connais qui doivent aimer qu’on parle d’eux sans les connaître, à la manière des racaiilles strasbourgeoises et mulhousiennes qui donnèrent le « la » des flambées autombobiles au nouvel an civil. Néanmoins, « la géographe Emmanuelle Petit explique que ces objets sortent peu à peu du religieux pour devenir des traces. Des traces d’un rapport ancestral à la montagne qui dépasse la question de la foi. » La rédactrice de l’article, Aude Henry, est très gentille de placer ça après la phrase : « Cet emblème de l’alpinisme était en place depuis 1951 et a été découpé avant de disparaître mystérieusement. » Mme Henry ne semble pas observer la contradiction. Je suppose qu’il fallait y voir la volonté humaine de baliser, marquer le territoire, de même, par exemple, qu’avec des cairns. Mais une croix chrétienne n’est pas un cairn, d’autant moins que les cairns ne sont pas utiles aux sommets. Le symbole de cette croix est bel et bien chrétien., aux Dieux & Déesses ne plaisent. Evidemment, pour le jeune homme (on apprend qu’il se nomme en entier Maël Le Lagadec : j’imagine qu’il est fier de faire cela après ma remarque sur la cagoule...) jeune homme dont je saluais la gaillardise – qui était remonté poser une croix de sa confection – « c’est de l’irrespect total ». Normal, il est chrétien, et surtout il fut héroïsé en accomplissant son calvaire (par Andos !). Ce que ne disait pas ma lettre ouverte (pour cellezéceux qui n’avaient pas compris) c’est que je prenais sur moi, quant à ma propre religiosité polythéiste, de ce qu’il eut remonté une croix – je prenais sur moi par... respect ce qui s’appelle respect. Mes convictions n’en étaient pas moins ennuyées par son geste, que j’estimais irrespectueux dans son genre propre. Car il le dit lui-même, et l’article en remet une couche avec son jugement d’irrespect : « Encore une fois, l’irrespect de quelques-uns vient salir un symbole qui représente bien plus qu’un simple morceau de bois planté au sommet d’une montagne »... Je pense bien que pour ce jeune homme, il ne s’agit pas – comme la géographe Emmanuelle Petit le suggérait – « d’un rapport ancestral à la montagne qui dépasse la question de la foi ». Au contraire, c’est de la foi conquérante. Alors Emmanuelle Petit peut suggérer de ne pas faire d’amalgames autant qu’elle veut, relayée par Aude Henry – de même qu’on ne devrait pas en faire entre islamisme et terrorisme ! – il me semble qu’une croix chrétienne au plus haut sommet des Pyrénées reste un symbole hégémonique monothéiste, par-devers toute la... bonne foi... dont je fis preuve dans ma lettre ouverte. Vous pourriez y planter un drapeau espagnol que ce serait pareil (hégémonique) encore que les Etats républicains ne sont pas religieux et qu’ils garantissent la liberté de conscience. Imaginez le logo de Danone, tenez, pour la promotion d’un yaourt. Ou bien les produits laitiers, bien sûr. La montagne, ça vous gagne – peut-être ! – mais qu’avez-vous à y gagner, vous ?... Pour ma part, polythéiste, je la regagne telle quelle, saluée, divinisée*, et au fond ceux que je nomme les physiles* savent de quoi je parle quand ils sont randonneurs, bien qu’ils aient levé le pied sur la révérence. Voilà de quoi parlait Emmanuelle Petit, et qui peut bien se passer de croix chrétienne.
* Nos ancêtres polythéistes sanctuarisaient certes des lieux, y compris en y implantant des éléments confectionnés, mais de nos jours l’écoumène (hégémonie humaine) est si grande sur Terre, que s’abstenir semble encore le meilleur choix.
** Physiles : ne se projetant que dans la physique, par principe physicaliste https://encyclo-philo.fr/item/1697 ... Pourquoi s’ennuyer d’un néologisme ? Tout simplement parce que je trouve injuste, de les définir par la négative (irreligieux, incroyants, agnostiques, athées, etc.). Ils existent en tant que tels, sans privation (pour autant qu’ils ne doutent pas eux aussi !).