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Commentaire de Jean-Luc Picard-Bachelerie

sur Pourquoi GIEC et COPs sont en réalité les meilleurs amis de la croissance


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@Jules Seyes

Les modèles climatiques des années 1990 et 2000 se sont révélés remarquablement précis. Les projections d’augmentation globale des températures (de l’ordre de $0,2^\circ\textC$ par décennie) correspondent exactement à ce qui est observé aujourd’hui. Le GIEC ne prédit pas une « apocalypse » instantanée, mais documente une augmentation linéaire des risques et des événements extrêmes (canicules, inondations), qui, eux, se réalisent sous nos yeux. Quant aux politiques, le débat économique montre que l’inaction climatique coûte à long terme beaucoup plus cher à la croissance que la transition énergétique.

Concernant l’électricité, ce qui a historiquement freiné l’électrification des pays en développement, ce sont les dynamiques géopolitiques, le manque d’investissements, l’absence d’infrastructures de réseau et la pauvreté, non les rapports du GIEC. De plus, aujourd’hui, le solaire et l’éolien sont les énergies les moins chères de l’histoire pour produire de l’électricité. Dans les zones rurales d’Afrique ou d’Asie, l’installation de panneaux solaires (hors réseau) est beaucoup plus rapide et économique que la construction d’une centrale à charbon et de lignes haute tension. Le GIEC prône une transition, pas un maintien dans le noir.

Le GIEC n’est ni un groupe de pression, ni un laboratoire de recherche. C’est un organe de synthèse créé par l’ONU, qui compile les travaux de milliers de scientifiques indépendants à travers le monde (de la manière dont je l’ai décrite). Ses rapports sont validés ligne par ligne par les gouvernements eux-mêmes (y compris les pays producteurs de pétrole). Traiter cette communauté de « criminelle » relève de la rhétorique complotiste, alors qu’elle fournit un outil d’aide à la décision démocratique.

Les Maldives : Si les îles n’ont pas encore totalement disparu sous les eaux, l’élévation du niveau de la mer y est une réalité mesurée (environ 3 à 4 mm par an). Le gouvernement maldivien dépense des fortunes en ingénierie (surélévation d’îles artificielles comme Hulhumalé) pour survivre. Ce n’est pas parce qu’une maison n’a pas encore fini de brûler que l’incendie n’existe pas.

Le Sahara et les terres arables : Le verdissement de certaines zones de transition (Sahel) ou l’augmentation globale de la biomasse due à l’effet fertilisant du $CO_2$ est un phénomène réel, mais trompeur. Cette « poussée verte » est largement surpassée par les effets négatifs : sécheresses accrues, dégradation des sols, baisse des rendements agricoles majeurs (blé, maïs) à cause des chaleurs extrêmes, et pertes massives de biodiversité.

Vous ignorez la vitesse inédite du réchauffement actuel. L’humanité et les écosystèmes se sont adaptés à un climat stable depuis 10 000 ans. Une hausse globale de 2°C ou 3°C n’est pas simplement l’équivalent d’un été un peu plus doux : elle entraîne la multiplication des mégafeux, la montée des eaux menaçant les villes côtières, l’acidification des océans (qui détruit la chaîne alimentaire marine) et des vagues de chaleur rendant certaines régions du globe littéralement inhabitables pour l’être humain.

Selon les données de France Assureurs, le coût moyen des sinistres liés aux catastrophes naturelles (sécheresses, inondations, grêle) s’élevait à environ 2,4 milliards d’euros par an sur la période 1989-2019. Aujourd’hui, on a changé d’échelle : en 2024 et 2025, le coût s’est stabilisé à plus de 5 milliards d’euros par an. La facture actuelle a donc doublé par rapport à la moyenne des décennies précédentes.

Au niveau mondial. Au début des années 2000, le coût annuel mondial des catastrophes naturelles oscillait sous la barre des 100 milliards de dollars. En 2024, il a atteint 200 milliards de dollars (et 120 milliards en 2025), marquant une hausse brutale et structurelle des dégâts matériels immédiats.

Les données de la Banque mondiale et de l’OMS indiquent que la pollution de l’air (générée majoritairement par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz) coûte déjà environ 5 000 milliards de dollars par an à l’économie mondiale en dépenses de santé et en perte de productivité.

Santé publique France a chiffré le coût financier des impacts sanitaires liés aux vagues de chaleur (hospitalisations, arrêts maladie, surmortalité). Pour la seule période récente de 2015 à 2020, la facture s’est élevée entre 22 et 37 milliards d’euros. C’est de l’argent public dépensé pour soigner les effets directs du climat actuel.

Bref, j’arrête là. Vous ne voulez pas croire au dérèglement climatique. Que dites-vous des des autres limites planétaires dépassées ? La perte de la biodiversité par exemple ?

- 73 % de vertébrés en 50 ans : Entre 1970 et les relevés globaux récents, la taille moyenne des populations d’animaux sauvages vertébrés a chuté de 73 % à l’échelle mondiale.

Les milieux d’eau douce sont les plus ravagés : Les populations d’animaux vivant dans les lacs, rivières et zones humides ont enregistré un déclin historique de 85 %.

Par zones géographiques : C’est dans la région Amérique latine et Caraïbes que l’effondrement est le plus spectaculaire, avec une baisse de 95 % de l’abondance des populations sauvages en un demi-siècle.

1 million d’espèces menacées : Sur les quelque 8 millions d’espèces animales et végétales estimées sur Terre (dont 5,5 millions d’insectes), 1 million d’espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction à court ou moyen terme si rien n’est fait.

Un taux d’extinction hors norme : Le taux actuel d’extinction des espèces est 100 à 1 000 fois supérieur au taux naturel moyen observé sur les 10 derniers millions d’années. C’est ce qui fait dire aux paléontologues que nous traversons la « 6ème extinction de masse ».

Par grands groupes d’espèces :

Plus de 40 % des espèces d’amphibiens (grenouilles, crapauds) sont menacées.

Près de 33 % des récifs coralliens et des mammifères marins sont menacés.

Au moins 680 espèces de vertébrés ont totalement disparu à cause de l’action humaine depuis le XVIe siècle.

Les oiseaux des campagnes : En Europe, les populations d’oiseaux en milieu agricole ont chuté de près de 60 % depuis 1980. Des espèces autrefois très communes (comme l’alouette des champs ou le martinet noir) s’effondrent sous l’effet combiné des pesticides et de la perte de leurs habitats.

Les insectes : Bien que plus difficiles à comptabiliser globalement, des études européennes majeures (notamment en Allemagne et en France) ont révélé une perte de plus de 75 % de la biomasse d’insectes volants en moins de 30 ans dans les zones protégées.

N’avez-vous pas connu les oiseaux chanter partout il y a encore une trentaine d’années ?


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