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Sur Peña-Ruiz, permettez-moi une confidence qui n’est pas anecdotique. Je l’ai eu comme professeur à Fénelon comme je disais , et je lui avais dit sans détour — c’est ce qu’on fait quand on pense — que ses cours manquaient de rigueur conceptuelle. Non pas par provocation, mais parce que ses cours étaient littéralement de la paraphrase : il ne construisait jamais un raisonnement, il le résumait. Or sans construction logique d’un argument, il n’y a aucun moyen de le mettre à l’épreuve, de voir où il tient et où il cède — ce qui est précisément le commencement de toute philosophie digne de ce nom. Un normalien qui paraphrase est beaucoup plus dangereux qu’un étudiant qui ne comprend pas : il donne l’apparence du concept sans en livrer les clefs. Ce qui est révélateur, c’est que cet homme qui se proclamait champion de l’universalisme revendiquait par ailleurs publiquement le droit à l’islamophobie — sans voir que les deux positions ensemble dessinent le portrait assez fidèle d’une certaine gauche française qui distribue des brevets d’universalisme à la condition expresse qu’on ne lui retourne pas ses propres principes. Hegel, qui faisait de la contradiction le moteur même de la pensée, aurait trouvé cela révélateur.
Sur le frérisme : qualifier de frérisme la position selon laquelle interdire le voile à l’école est une négation abstraite plutôt qu’une émancipation, c’est exactement ce que Hegel appellerait une pensée qui ne dialectise pas — qui remplace l’argument par l’étiquette. Tariq Ramadan et Hegel ne sont pas dans le même camp.
Sur les pays musulmans qui chassent leurs minorités : soyons géographiquement précis. L’Algérie ferme des églises protestantes non par hostilité au christianisme historique mais pour endiguer ce qu’elle perçoit comme un prosélytisme missionnaire étranger — c’est une politique souverainiste discutable, pas une persécution au sens où vous l’entendez. Quant au Maroc, la culture juive y est constitutionnellement reconnue comme composante de l’identité nationale, le patrimoine juif restauré, les relations avec Israël normalisées. Mais surtout — dans une France massivement déchristianisée, de quels chrétiens parle-t-on exactement ? La France compte aujourd’hui plus de pratiquants musulmans réguliers que de catholiques pratiquants. Si la réciprocité était le principe, ce serait aux musulmans de France de réclamer des droits en échange de ceux qu’on accorde aux rares chrétiens dans les pays d’origine. Hegel dirait que fonder les droits sur la réciprocité entre États, c’est confondre le droit international et le droit des personnes. Un citoyen français n’est pas le représentant d’un État étranger — il est un sujet de droit. Conditionner sa reconnaissance à ce que font des gouvernements auxquels il n’a aucun lien, c’est précisément nier ce qu’est la citoyenneté. Et une République qui conditionne ses principes à la réciprocité n’a plus de principes.