Un peu de désinformation : Qui paie la dette et qui en profite ?
→1/2 Budget : d’où vient la dette publique ? (Le 22/10/25-7 min. lien).Par Christian Chavagneux).
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Les crises jouent un rôle important dans la dynamique de la dette publique, mais les pertes de recettes fiscales liées à la baisse des impôts depuis trois décennies ont aussi largement pesé.
A la fin du premier semestre 2025, la dette publique française s’établissait à 3 416,3 milliards d’euros, l’équivalent de 115,6 % du produit intérieur brut (PIB). Un montant élevé ? Oui, si on le met en perspective historique : notre endettement est proche des plus hauts niveaux observés en temps de paix, juste avant les deux guerres du XXe siècle et au moment de la grande dépression de la fin du XIXe.
Certes, il n’y a aucune règle déterminant le volume de dette maximum pour un pays et la France n’éprouve à ce jour aucun souci à financer la sienne. Pour autant, le maintien de déficits budgétaires élevés, supérieurs à 5 points de PIB, en 2023, 2024, 2025 et la progression rapide de la dette qui s’en est suivie rendent tout à fait légitime le débat actuel sur la nécessité de maîtriser les comptes publics.
Comment en est-on arrivé là ? Un rapide coup d’œil à la dynamique d’endettement public depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale montre que le mouvement de hausse démarre au milieu des années 1970 et qu’il ne s’est pratiquement jamais arrêté depuis. Quelles en sont les raisons ?
Les chocs exceptionnels.
La tentation est grande d’expliquer la montée de la dette publique par les chocs qu’a connus l’économie française au cours du dernier demi-siècle. Et elle en a connu plusieurs.
Ainsi, entre 1974 et 1981, au moment des deux chocs pétroliers, la dette en pourcentage du PIB a progressé de près de 30 %. Et a crû de nouveau dans le même ordre de grandeur entre 1990 et 1993, quand l’économie a connu une récession prolongée. Sans compter la grande crise financière de 2007-2008, suivie par celle de la zone euro au début des années 2010, qui a fait grimper la dette de 48 % : c’est le plus grand saut récent, le résultat d’une déréglementation de la finance qui a mal tourné.
A cette aune, la montée de 13 % entre 2019 et 2022 avec le Covid, puis la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine apparaît comme un événement marquant mais de moindre intensité (lien)
Nul doute que tous ces événements ont joué. Mais ils ne suffisent pas à tout expliquer. Par exemple, une étude réalisée par les économistes de l’OFCE sur la période 2007-2023 conclut que les crises ont contribué environ à la moitié de l’accroissement de la dette sur les années concernées. Et il reste à élucider ce qu’il s’est passé durant toutes les périodes sans crise.
La progression de la dette publique dépend de l’écart entre le taux de croissance de l’économie et celui du taux d’intérêt d’emprunt : tant que le premier est supérieur au second, la dette reste maîtrisée.
« En Europe en général et en France en particulier, les années 1990 sont marquées par la perspective de la création de l’euro, ce qui réclame de contrôler l’inflation et passe par des politiques monétaires restrictives. Les taux d’intérêt sont alors au-dessus du taux de croissance et provoquent en France un effet boule de neige : la nouvelle dette sert d’abord à rembourser le coût de l’ancienne », rappelle Raul Sampognaro, économiste à l’OFCE.
« A l’inverse, à partir des années 2000, la baisse des taux d’intérêt, qui tendent vers zéro, rend l’endettement rationnel », complète l’expert, ce qui explique en partie la hausse de la dette.
Les effets cumulés au fil des ans des pertes de recettes structurelles exercent une forte pression sur la dette publique
Un autre facteur est venu s’y ajouter. En 2010, un rapport, demandé par l’Elysée, de Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis sur l’état des finances publiques constate que « depuis 1999, l’ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont réduit les recettes publiques de près de 3 points de PIB. […]. En l’absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’est en réalité ». 20 points de PIB ! Les effets cumulés au fil des ans des pertes de recettes structurelles exercent une forte pression sur la dette publique.