@jakem
2- « La fragilité de la civilisation est l’une des grandes leçons du XXe siècle » : ainsi s’ouvre le recueil d’articles du psychiatre Theodore Dalrymple, Culture du vide, qu’on peut trouver chez les remarquables Éditions Carmin, qui traduisent et publient aussi les intellectuels conservateurs Chesterton, Scruton, et Thomas Sowell.
C’est peu dire que nous n’avons pas retenu cette leçon.
Né en 1949, Theodore Dalrymple (de son vrai nom Anthony Malcolm Daniels) a travaillé comme psychiatre dans des hôpitaux, des prisons et des quartiers pauvres d’Angleterre, après avoir voyagé dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et du tiers-monde. Il ne parle pas depuis une chaire d’université. Il a contemplé de près la misère humaine. Il a vu les ravages de la dislocation sociale : familles monoparentales, mères choisissant des compagnons violents envers elles et leurs enfants, pères dénaturés et irresponsables, désastres de la drogue, de la violence et d’une liberté sexuelle sans responsabilité.
À la fin du XXe siècle, le psychiatre fait déjà le constat d’un retour de la violence ordinaire. « En 1921, année de la naissance de ma mère, on enregistrait une infraction pour 370 habitants en Angleterre ; quatre-vingts ans plus tard, une pour 10 habitants », écrit-il. Ce qu’il observe chez ses patients, c’est moins la pauvreté matérielle que la disparition de la morale la plus élémentaire. Le mot « dépression », note-t-il, a presque entièrement éliminé le mot « malheur » de la vie moderne. À la faute s’est substituée la pathologie, à la responsabilité, la victimisation, au devoir, l’excuse psychologique.