@jakem
3- C’est ce qu’il appelle la « frivolité du mal » : le fait de privilégier systématiquement la pulsion, le plaisir immédiat, la satisfaction éphémère, au détriment du devoir à long terme. Selon lui, l’État-providence favorise ce genre de comportement puisqu’il en élimine le coût social : que vous abandonniez ou non votre famille, que vous soyez travailleur ou paresseux, que vous éduquiez bien ou mal vos enfants, l’État sera toujours là, en dernier recours, pour subvenir aux besoins que vous avez cessé d’assumer.
Dalrymple reprend ici, dans une veine moderne, les analyses de Tocqueville dans son Mémoire sur le paupérisme. Observant l’Angleterre de la révolution industrielle, Tocqueville remarquait déjà que la charité publique pouvait encourager l’oisiveté. L’État-providence, en ouvrant sans cesse de nouveaux droits, se substitue à la solidarité humaine, sape les liens d’affection personnelle et rend obsolète le sens du devoir. Tel citoyen écrasé d’impôts ne se sentira plus aucune charge envers la société, tandis que celui qui reçoit exigera toujours davantage. La solidarité concrète est remplacée par une tuyauterie administrative.
De cette plongée dans les racines du mal, le psychiatre tire une conclusion résolument anti-rousseauiste : « Plus jamais je ne serai tenté de croire en la bonté fondamentale de l’homme, ou que le mal serait quelque chose d’exceptionnel ou d’étranger à la nature humaine. » « Lorsqu’on lâche la bride du mal, dit-il, il prospère. »