@jakem
4- Dalrymple en veut particulièrement aux intellectuels progressistes qui, depuis leurs salons feutrés, entreprennent de « déconstruire » la société sans jamais en payer les conséquences. Il brosse un portrait savoureux de la romancière Virginia Woolf, née dans un milieu bourgeois, fille « d’homme instruit » et pourtant acharnée à dénoncer les institutions mêmes qui avaient rendu possible sa propre finesse d’esprit. Dalrymple critique l’antinomisme des élites : cette propension nihiliste à vouloir s’affranchir de toute convention, briser tous les tabous, cultiver la vulgarité et la laideur, sous prétexte d’émancipation.
Il consacre aussi des pages absolument géniales à l’exposition « Sensation », organisée à Londres en 1997, qui présentait des œuvres morbides, sexuelles et provocatrices, réduisant souvent l’œuvre d’art à sa capacité de choquer. Requin dans du formol de Damien Hirst, portrait géant de la meurtrière d’enfants Myra Hindley, autoportrait d’un artiste réalisé à partir de son propre sang congelé : autant de provocations macabres élevées au rang de manifeste esthétique. « Les artistes ont toujours eu pour mission de conquérir les territoires tabous », se vantait le commissaire de l’exposition. Les artistes contemporains semblent avoir pris pour credo les mots du Satan de Milton dans Le Paradis perdu : « Mal, sois mon bien » ; « Laideur, sois ma beauté ».
« La grossièreté est l’hommage que rendent les intellectuels, sinon au prolétariat, du moins à l’idée schématique, inexacte et condescendante qu’ils s’en font, écrit Dalrymple. Ils prouvent la pureté de leurs opinions politiques par l’ignominie de leurs productions. »