@jakem
5- Lorsqu’un tel niveau de relativisme culturel s’est généralisé au sein de l’élite, comment s’étonner de voir un processus de décivilisation gagner le corps social ? « Au cours de la dernière décennie, j’ai observé de près, du point de vue de la pratique médicale, les effets sur une population nombreuse et vulnérable de l’érosion des normes de conduite civilisée provoquée par l’assaut mené contre elles par les intellectuels », écrit le psychiatre.
La lucidité de Dalrymple ne s’arrête pas aux conséquences sociales de la déconstruction progressiste. Dès le début des années 2000, il interroge aussi l’impraticabilité du multiculturalisme, dont il observe les premiers effets au Royaume-Uni, dans des villes entières soumises à une forme de ségrégation spatiale et communautaire. Il alerte déjà sur le silence des féministes occidentales face aux mariages forcés de jeunes musulmanes, et pointe les différences majeures entre le christianisme, matrice culturelle des sociétés occidentales, et l’islam, dont la dimension politique et juridique rend l’intégration plus difficile sur le sol européen.
Dalrymple est un conservateur héritier de Burke, qui a profondément compris la nature humaine. Il se méfie de tous les fondamentalismes, y compris philosophique, qui prétendrait enfermer la complexité de l’homme en une formule. Il n’a qu’une certitude : la civilisation est un édifice fragile patiemment bâti par les générations, une lente sédimentation de mœurs, de limites de fidélités et de formes. Être civilisé, c’est « transcender la simple existence biologique et accéder à une vie mentale, esthétique, matérielle et spirituelle plus riche ». Y accéder exige de réprimer ses instincts les plus bas, de retarder ses satisfactions, d’accepter des contraintes, de reconnaître une dette envers les morts et un devoir envers les vivants. La barbarie n’est pas derrière nous : elle est sous nos pieds. Et seule une fine couche de glace nous sépare de ce volcan.