Comme le dit Alain, le terme de socialisme national n’est pas étranger à la culture politique de gauche, vous avez aussi l’idée de socialisme à la française version parti communiste qui reprend la connexion entre socialisme et nationalisme. N’oublions pas aussi toujours historiquement que le national socialisme était antilibéral, et n’était pas donc hostile à un étatisme qu’il voulait néanmoins baser sur la supériorité de la nation allemande...
Dans le social-nationalisme à la française qui regroupe les conservateurs et les socialistes étatistes, il y a l’idée d’une supériorité de l’Etat sur l’individu, et donc d’une subordination de la liberté au « social », mais ce non pas pour le limiter au sens de lui donner des formes, un visage, mais en vue de lui dire comment agir et faire à sa place ; il y a là une sorte d’assistanat généralisé alors que celle-ci devrait plutôt être axée uniquement vers ceux qui en ont le plus besoin.
Ce qui signifie concrètement que l’instruction va alors s’appeler l’éducation, que l’on va ainsi éduquer les enfants à la place des parents, à la façon platonicienne qui pensait que seul l’Etat pouvait être garant de la vérité etc, alors que l’on peut fort bien imaginer qu’un socle commun soit garanti par la collectivité et que les formes qu’il prend restent à l’apanage des individus ; d’où l’idée d’une école plurielle (tout en aidant les moins favorisés), mais aussi l’idée d’une assurance sociale plurielle, etc, tout en faisant en sorte évidemment d’aider les plus démunis mais pas au détriment du plus grand nombre.
Or, ceux qui considèrent que la majorité des gens ne peuvent pas dépasser les influences de leur milieu et de l’environnement, vont penser à leur place en leur imposant une seule manière de réaliser leurs projets, tout en considérant que cette façon de penser est supérieure aux autres, qu’il n’est donc pas besoin de comparer nos résultats en divers domaines avec ceux des autres nations... C’est cela que j’appelle le social-nationalisme qui, historiquement, rapproche les conservateurs issus du monarchisme et de la nostalgie de l’Ancien Régime, et les socialistes étatistes (guesdistes) anti proudhoniens par exemple ; d’où d’ailleurs le fait que les socialistes se soient cassés en deux en 1920 au Congrès de Tours, et se sont appelés communistes.
Par la suite, ces deux courants, le conservatisme et le socialisme (qui soit en passant à toujours refusé de basculer en France vers la social-démocratie comme dans les autres pays européens...), au-delà de leur divergence sur l’utilisation de l’Etat, sont en fait assez d’accord sur l’essentiel, à savoir étendre la puissance de l’Etat, mais ce non pas en tant que protection de la liberté, mais en cherchant sa restriction (démultipliée au niveau européen...), du moins en moyenne, puisque tous les dirigeants n’ont pas cette vision ( je pense à Mendès, Chaban, Rocard), sauf qu’ils ont tous été écartés parce qu’ils sortaient du moule...
Le social-nationalisme à la française est né de la défaite de 1940 : les principales nationalisations, les monopoles, viennent tous de l’alliance entre gaullistes et communistes après 1945, il ne faut pas l’oublier...
Si j’emploie aussi ce concept de social nationalisme, c’est aussi en effet parce que sa connotation doit prévenir du danger le sous-tendant, celle d’une dérive vers un étatisme, c’est-à-dire l’éclosion d’un dirigisme de plus en plus autoritaire et chauvin, sous couvert de protection et de mesurettes qui, en soi, vont dans le bon sens, mais ne suffisent évidemment pas à répondre aux défis de l’heure en matière d’instruction, d’innovation, de démocratisation renforcée de cohésion, du mieux vivre sensemble...ce que j’appelle ailleurs la condition néomoderne articulant liberté et justice...
A suivre...
LSO