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Aux premières loges

Un tour de la chanson …

Loges production nous proposait ce weekend son premier festival de la chanson française. Pierre Perrault a toujours été un fervent défenseur, promoteur et vulgarisateur de la chanson en français, n’hésitant d’ailleurs pas à reprendre lui même dans spectacle nostalgique, les vieilles rengaines qui ont bercé son enfance. C’est ainsi qu’il a su fédérer autour de lui une pépinière d’artistes. Parmi ceux-ci Valérian Renault qui avec sa complice Anne Elise Redeuil a créé Loges Production. Ces deux-là ont proposé ensuite à Pierre Perrault de revêtir la casquette de président de l’association. C’est forts de ce renfort de poids qu’ils se sont lancés dans le projet un peu fou de ce festival.

Vaste ambition en une période où la Culture est attaquée quand elle ne promeut pas les grosses machineries à fric du monde du spectacle. Seules les vedettes connues et nécessairement reconnues à coup de promotions assommantes et d’articles qui ne font que chanter leurs louanges et honorer surtout des rédacteurs pensant récupérer un peu de leur aura, font salle comble dans une société où la curiosité a disparu des logiciels individuels.

Lancer ce premier Festival était semble-t-il folie dans pareil contexte. Il faut admettre que le succès populaire ne fut pas au rendez-vous tout comme les élus locaux qui brillèrent par l’absence de toute représentation. Nous n’étions pas très nombreux dans les travées de cette formidable salle mise gracieusement à disposition par la mairie. La Maison des Arts et de la Musique pourtant, portait formidablement bien son nom pour ce petit tour d’horizon des possibles de la chanson.

Car c’est bien de ça qu’il fut question lors de ces deux soirées, déstabilisantes, irritantes, enthousiasmantes, surprenantes selon les sensibilités de chacun. Quatre tours de chants, des artistes aussi différents que possible, des expressions radicalement décalées, des engagements individuels poussant parfois jusqu’à l’extrême un choix personnel, un style et un univers. Rien en tout cas qui puisse s’exprimer aisément ni même se comparer à de célèbres émissions de télévision qui se pensent nurseries de la chanson.

Il serait malhonnête de ma part de prétendre être rentré dans chaque proposition de la même manière. Je fus tour à tour surpris, enthousiasmé, intrigué et abasourdi sans pour autant avoir tout trouvé à mon goût. Là n’est d’ailleurs pas le but recherché. La découverte est première, c’est ainsi qu’on sort du cadre toujours trop restrictif de nos préférences. Et pour le coup, je fus servis, écoutant des artistes qui exploraient de nouveaux possibles.

Il y eut d’abord Armelle Dumoulin avec son monde de bande dessinée. La chanson s’exprimant avec elle sur une mélodie syncopée, cyclique, entêtante dans un jeu minimaliste avec sa guitare. Elle propose des textes qui tiennent de la bulle, qui éclatent dans sa bouche sans se soucier d’une syntaxe encombrante. Derrière elle, paradoxalement peut-être, son trompettiste nous permet de nous accrocher à ce qui en premier lieu paraissait foutraque.

Il y eut pour moi ensuite un coup de tonnerre, une claque, un formidable moment en compagnie d’Erwan Pinard. Est-il chanteur, comédien, chroniqueur, pamphlétaire ? Qu’importe ! De sa voix grave, il nous entraîne dans un univers qui vacille, qui explose, qui caresse tour à tour. Il est seul sur scène même si sa guitare, martyrisée à merveille, donne l’illusion d’être plusieurs instruments à la fois. L’homme sait aussi se raconter, sans fioriture d’ailleurs, sans tralala non plus. Chaque propos contribue à un spectacle d’une extrême cohérence et d’une incroyable virtuosité. Chapeau l’artiste !

Le lendemain, Nico* (Étoile), un Pierrot Lunaire ouvrait le bal, semblant s’excuser d’être là, malhabile dans sa posture, timide dans sa manière de poser sa voix. Frêle personnage presque immobile, il laisse entièrement la place à des textes denses, forts, qu’il débite sans avoir l’air de leur donner de l’importance. Il est accompagné d’une pianiste Cécile qui tout au contraire, dégage une énergie incroyable avec virtuosité et délicatesse. De ce jeu des paradoxes, surgit un univers parfois touchant, à d’autres moments inquiétant sans qu’il ne laisse jamais indifférent.

Pour terminer, Dimoné le démoniaque, un furieux est monté sur scène avec sa guitare électrique. Une voix caverneuse, une allure de vieux rocker extirpé d’une soirée de beuverie, une énergie sidérante. Il occupe la scène, s’en échappe, hurle, avale le micro, provoque le public, abandonne son instrument pour se lancer dans des onomatopées ahurissantes. Il ne peut laisser sans réaction, il fascine, il agace, il émerveille. Chacun jugera selon son tempérament tandis qu’il éructe des textes réduits à leur plus simple expression tout en synthétisant une image puissante. Un vrai phénomène de scène.

Quatre artistes, quatre manières souvent opposées pour une même volonté de sortir des sentiers battus. C’est ce qui fit le charme de cette première édition. Je ne pourrai que répondre présent à la suivante tant j’aime ainsi être dérangé, interpellé, interrogé dans mes certitudes. Pour le coup, j’ai eu mon compte ! Merci Loges Production !

Hétéroclitement leur.

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