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Accueil du site > Culture et Loisirs > Fidèle, fidèle...

Fidèle, fidèle...

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Une chanson de Charles Trenet qui nous entraîne dans une ronde de souvenirs simples mais si précieux : Fidèle !

Et le poète très attaché à ses souvenirs ne peut s'en séparer et les oublier et il leur voue une fidélité sans faille, ce que souligne bien la répétition insistante de l'adjectif "fidèle" dans le refrain...

 

Fidèle à quoi ? D'abord à des souvenirs associés à la nature : "Un soir d'été, le vol d'une hirondelle". Le poète est bien sûr un observateur de la nature, de ses beautés, des êtres qui la peuplent. 

Puis, c'est "un sourire d'enfant, un rendez-vous", on est sensible à la simplicité de ces évocations, à leur humanité...

L'antithèse "riens" "tout" dans les vers suivants "À des riens qui pour moi font un tout" vient souligner l'importance de ces souvenirs qui s'inscrivent dans la mémoire personnelle du poète, ce que montre l'emploi récurrent de la première personne du singulier : "je", "pour moi".

 

On retrouve l'idée de simplicité dans les évocations suivantes assez éclectiques mais toujours très simples, liés à l'enfance :

"Un vieux toutou, une boîte d'aquarelle
Le port de La Nouvelle au mois d'août."

Car c'est bien le pays natal auquel fait référence ici Trénet... avec ce vers : "Le port de La Nouvelle au mois d'août."

 La commune fait partie du Narbonnais, un pays comprenant Narbonne et sa périphérie, et Charles Trenet est né à Narbonne...

On retrouve des références au pays natal, l'Occitanie, dans la strophe suivante : "Un castillet tout neuf, un Canigou. Une rue d'Béziers"

Le Castillet ou Castellet (en catalan) est un monument de la ville de Perpignan qui fut tour à tour porte de la ville et prison d'État. Trenet a fréquenté un collège à Béziers, et le massif du Canigou est dans la région...

L'emploi de l'article indéfini "Un castillet tout neuf, un Canigou. Une rue d'Béziers" permet de mettre en évidence le caractère unique de ces lieux pour le poète.

 

Les amis, la famille ne sont pas oubliés : 

"Un drôle d'Albert et sa sœur en dentelles... une tante Émilie Une maman partant pour Budapest"

Le poète est attaché à des souvenirs bien éloignés du monde matérialiste dans lequel nous vivons... son attention se porte sur sa "vieille maison", dont on perçoit toute la valeur sentimentale...

 

Dans le couplet suivant, c'est le sentiment amoureux qui est évoqué : une rencontre à Montauban, un premier amour de jeunesse qui reste gravé dans son coeur... on perçoit tout le bonheur de ces instants passés à travers un vocabulaire hyperbolique : "candides ardeurs, si jeunes, plus léger qu'un elfe."

 

Le dernier couplet, à l'inverse, traduit un désarroi, avec, cette fois, une question : "pourquoi rester fidèle", et c'est le thème de la fuite du temps qui l'emporte, avec une succession de subordonnées de temps commençant par "quand"...

"Fidèle, fidèle pourquoi rester fidèle
Quand tout change et s'en va sans regrets
Quand on est seul debout sur la pass'relle
Devant tel ou tel monde qui disparaît"

La solitude, la fuite du temps soulignée par des verbes de mouvement, par l'image des "bateaux qui sombrent" restituent un désenchantement...

La métaphore de l'"ombre fidèle à d'autres ombres" vient renforcer l'idée de désarroi et de solitude...

 

La mélodie swinguée, pleine de légèreté et de tendresse nous entraîne dans tous ces souvenirs... et elle reste joyeuse même dans le dernier couplet empreint de mélancolie...

 

On retrouve dans cette chanson l'optimisme de Charles Trenet : le passé est un trésor qu'il faut savoir préserver... La fidélité dans ce texte n'est pas seulement amoureuse, mais elle s'attache au passé en général, à l'enfance, au pays natal, aux amis, à la famille, à la nature...

Et, ainsi, cette chanson est une vraie leçon de vie et de mémoire... Le procédé de l'énumération permet de donner un rythme, un élan vital au texte...

 

Les paroles :

https://www.le-parolier.net/paroles-trenet-fidele.html

 

Le blog :

https://rosemar.over-blog.com/2026/01/fidele-fidele.html

 

 

Vidéos :

 


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29 réactions à cet article    


  • jakem jakem 7 février 21:26

    C’est une bonne idée de publier une jolie chanson de Trenet !

    Elle est douce et entraînante, et gomme les vilainies que m’inspirent certains articles et commentaires.

    Trenet chante une nostalgie heureuse ou au moins sereine et paisible ; c’est agréable à entendre, à fredonner, et ça ravive des réminiscences ...

    C’est une façon d’aimer la France, par l’émotion ressentie à la vue d’un paysage ou d’une œuvre, par l’amitié et l’affection, par des souvenirs partagés ou tenus secrets.
    Trenet représente toujours la France, tout comme B.B. et quelques autres ...

    Comme Cornwall the land I love de Brenda Wootton ...

    Et comme L’âme des poètes 

    J’ai choisi cette vidéo parce qu’elle est ... authentique, sans artifice de studio ...

    https://www.youtube.com/watch?v=e7mgvy0F7iw


    • rosemar rosemar 7 février 22:21

      @jakem

      MERCI pour ce message ! On ne dira jamais assez les pouvoirs de la poésie...

      Merci pour la vidéo : une magnifique chanson...

      https://rosemar.over-blog.com/article-leurs-chansons-courent-encore-dans-les-rues-123775655.html


    • jakem jakem 8 février 07:42

      @rosemar
      Ah ! Vous avez un blog !

      Je ne l’ai pas parcouru en entier, mais seulement lu ce que vous avez écrit à propos de cette chanson et les commentaires.
      Je ne me souvenais pas de l’appréciation de Cavanna.

      Malheureusement « leurs chansons [ ne ] courent [ plus ] dans les rues » ...


    • rosemar rosemar 9 février 12:52

      @jakem

      Trenet est tout de même intemporel !


    • jakem jakem 9 février 14:34

      @rosemar
      Oh ! non ! Il ne l’est pas !
      Il était resté ignoré au creux de la vague yéyé pendant une dizaine d’années avant de renouer avec le succès mérité.
      Et on ne l’entend plus. 
      Ceux qui l’écoutent sont des vieux comme vous et moi et quelques jeunes cadets qui apprécient la littérature, la musique ( du baroque à Pink Floyd en passant par la variété française et les chanson française, allemande, anglaise ... et autrichienne ), la peinture qui impressionne vraiment au lieu d’ennuyer et de dégoûter, la langue française ( dont je déteste les innombrables anomalies orthographiques créées par des privilégiés pour empêcher les gueux de pouvoir posséder leur propre langue ) avec ses infinies nuances, etc ...

      Aujourd’hui c’est le bruit qui domine. Lors de chaque évènement dit populaire ( sportif ou mémoriel ou horticole ! ) on entend de la zikmu-boum-boum propagée par de grands baffles, mais jamais une sélection de musique, de mélodies variées.
      Même les manèges pour les gosses sont enveloppés dans cette nuisance.
      Les gosses qui n’ont pas la chance d’entendre de la musique chez eux grandissent en étant persuadés que la Musique est ce qu’ils entendent ; càd du bruit.

      Et quand ce n’est pas ce bruit qui anéantit l’attention aux gens, aux animaux et aux choses, le discernement, la courtoisie, le sentiment, la sensation d’exister pleinement en étant là, en profitant du moment, alors c’est le trukàpuces de poche qui attire l’œil et les doigts.

      Vous êtes un dinosaure, comme moi ....


    • rosemar rosemar 9 février 22:07

      @jakem

      Mais Trenet reste une référence et un modèle 

      « Considéré comme le père de la chanson française moderne, Charles Trenet reste le modèle de nombreux artistes de la chanson francophone qui, chacun à sa manière, ne cessent de lui rendre hommage. »

      https://www.fle.fr/Chanson-francaise-au-commencement-etait-Trenet


    • ahtupic ahtupic 7 février 22:23

      Et Fidel Castré


      • jakem jakem 9 février 14:38

        Á propos d’un autre poète ..... ( copié-collé d’un article du Figaro, par Guillaume Perrault )

        Jean-Michel Delacomptée : « Les fables de La Fontaine forment une image idéale de la langue française »

        ( Auteur de nombreux portraits littéraires salués par la critique et fin connaisseur du Grand Siècle, l’écrivain, essayiste et universitaire publie un remarquable tableau du plus illustre de nos poètes. Il dépeint le génie créateur de l’artiste, les ressources de son art et la singularité de son style aussi bien que son énigmatique personnalité. )

        En quoi l’auteur des « Fables » est-il un génie de la langue française ? D’où viennent l’ardeur et la fraîcheur qui se dégagent de ses vers ?

        Passer la publicité

        La Fontaine donne l’impression d’écrire avec une telle facilité qu’une de ses amies a dit de lui qu’il produisait des fables comme un pommier des pommes. La réalité est tout autre. Le premier vers lui venait sans doute spontanément, mais un extrême souci du rythme, des sonorités et de la narration l’amenait à soigner au plus haut point ce qu’il jetait sur le papier. Je souligne sa faculté d’être un rimeur visuel. On voit les scènes qu’il rapporte, et on les entend aussi grâce à la musique qui fait danser les mots. Ses phrases fluides, d’une harmonie délicieuse, sont littéralement évidentes.



        • jakem jakem 9 février 14:40

          @jakem
          ( suite 1 ) 

          Prenons par exemple, parmi tant d’autres, ce merveilleux début de sa fable sur le héron  :

          Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où

          Le héron au long bec emmanché d’un long cou.

          Il côtoyait une rivière.

          L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;

          Ma commère la carpe y faisait mille tours

          Avec le brochet son compère.

          Tout respire la grâce, la vivacité, l’élégance dans ces vers irrégulièrement distribués sur la page, d’où leur caractère presque tangible et leur tonalité conjointe à leur appréhension immédiatement visuelle. En procédant avec une économie de moyens qui élimine toute scorie, La Fontaine purifie la langue pour en extraire la quintessence. Voyez le héron : il est résumé d’un seul trait qui réunit la forme élancée du corps et le mouvement, tout en impliquant la saison et le lieu où se déroule l’historiette. C’est le comble de l’art classique : rien de trop, et rien ne manque. Tout est juste. On ne peut ni ôter ni ajouter un mot.



        • jakem jakem 9 février 14:42

          @jakem
          ( suite 2 ) 

          Chaque fable forme un univers idéalement clos et, en même temps, immensément ouvert sur l’imagination. Le lecteur ou l’auditeur n’est pas seulement spectateur, il devient en quelque sorte acteur, il participe du récit dont il devient complice par la manière dont La Fontaine lui met sous les yeux ce qu’il raconte. Que l’on songe à La Laitière et le Pot au lait : comment mieux décrire Perrette, la jeune paysanne, « légère et court vêtue », qui marche à grands pas vers la ville avec son pot au lait « bien posé sur un coussinet »,

          Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,

          Cotillon simple, et souliers plats.

          La Fontaine peint avec des mots

          Jean-Michel Delacomptée

          Comment offrir une image plus naturelle ? Le naturel, là réside l’art majeur : pas de surcharge, jamais d’outrance, de maniéré, d’artifice. L’action se suffit à elle-même dans l’adéquation de chaque mot aux nécessités du récit. Le poète use d’une plume modeste mais puissamment dynamique pour donner tout son effet à ce qu’il met en scène.


        • jakem jakem 9 février 14:43

          @jakem
          ( suite 3 ) 

          Vous comparez les fables à l’art de la miniature. Quelles sont ses contraintes particulières ? Et comment expliquer l’instinct qui pousse La Fontaine à choisir ce genre littéraire jugé mineur à l’époque ?

          Oui, l’art de la miniature avec ce que le terme suppose en matière de précision, de sens du détail, avec la passion des couleurs exactes. La Fontaine peint avec des mots. Outre l’oreille, il s’adresse à l’œil pour établir une tension narrative qui éclate dans les morales par lesquelles les saynètes se concluent, et dont beaucoup sont passées en proverbes. Il n’est pas difficile de convertir de nombreuses fables en bandes dessinées, et ce n’est pas un hasard si celles-là s’accompagnent fréquemment d’illustrations, dont certaines réalisées par des artistes de premier plan tels que Jean-Baptiste Oudry, Gustave Doré, Gustave Moreau ou Chagall.

          Quant au choix du genre, le prodige de La Fontaine tient justement à ce qu’il s’est emparé d’un genre, celui des fables, peu considéré avant lui. L’étude des Fables d’Ésope et leur traduction en français servaient d’exercices scolaires, ce qui n’avait rien de glorieux. Vouloir plaire à ses contemporains en choisissant ce genre risquait de ranger La Fontaine parmi les auteurs de deuxième zone, mais se réclamer de l’Antiquité lui a permis de justifier un choix qu’à peu près personne n’avait effectué jusqu’alors. Fait significatif, Boileau, qu’on appelait le Régent du Parnasse, a omis de citer les fables dans son Art poétique. Mais La Fontaine les a portées à un tel point d’excellence que sa réussite a aussitôt paru incomparable et indépassable.


        • jakem jakem 9 février 14:45

          @jakem
          ( suite 4 ) 

          En épistolière aiguisée, Mme de Sévigné a perçu la raison de ces échecs. Dans une lettre, elle encourage sa fille, Mme de Grignan, qui se montrait insensible à la poésie des fables, à ne pas les dédaigner : « Il y a des fables qui vous raviront et des contes qui vous charmeront. » La marquise ajoute que, chez La Fontaine, il n’y a que ce qui relève de ce style qui n’est pas plat, et qu’il ne doit pas sortir « du talent qu’il a de conter ». C’est cela, La Fontaine : un conteur génial.

          Mais pour lui, uniformité rimait avec monotonie. « Diversité, c’est ma devise », telle était sa philosophie. Laquelle valait d’ailleurs pour ses amours autant que pour ses œuvres. Car cet original témoignait d’un très vif penchant pour les amourettes. Ce n’est pas par la fidélité à sa femme qu’il s’est distingué, bien qu’il ait toujours conservé des relations cordiales avec elle. Très doué pour l’amitié, il l’était fort peu pour la vie de famille. Cela étant, qu’il claironne les mérites de la diversité dans le domaine amoureux comme dans le domaine poétique n’est pas surprenant. La grâce des jeunes filles en fleur le charme tout comme celle des brèves pièces de vers qui se veulent plus allusives que réalistes. La Fontaine termine ainsi le sixième livre des Fables (qui en comptent douze) :


        • jakem jakem 9 février 14:47

          @jakem
          ( suite 5 ) 

          Bornons ici cette carrière.

          Les longs ouvrages me font peur.

          Loin d’épuiser une matière,

          On n’en doit prendre que la fleur.

          La fleur tend vers la maturité du fruit, mais sans l’atteindre, puisqu’elle disparaît pour bientôt laisser place au fruit. La Fontaine aime ce qui affleure et ce qui effleure, ce qui est suspendu, ce qui s’esquisse. Cela vaut pour les fables comme pour ses contes licencieux, où il suggère ce qu’il se refuse à décrire. Chez les jeunes filles comme dans les œuvres brèves, dans la grâce des nymphes comme dans celle des vers, la fleur condense le charme de ce qui se dévoile sans se dévoiler totalement. Tout chez La Fontaine respire l’évanescent. Il y a chez lui une liberté, une légèreté, une façon aussi de ne pas se prendre au sérieux, une franche gaieté, mais également une mélancolie, qui caractérisent à la fois son existence et son œuvre, et qui le rendent extraordinairement attachant.


        • jakem jakem 9 février 14:48

          @jakem
          ( suite 6 ) 

          L’homme La Fontaine demeure un personnage énigmatique. Peut-on faire son portrait moral ?

          Il convient de préciser d’emblée qu’un portrait n’est pas une biographie. Outre l’importance accordée au style et à la composition, brosser un portrait permet de dégager une ligne directrice, de tourner, par exemple, autour du caractère en effet énigmatique de La Fontaine. Ses contemporains l’ayant tous présenté comme un original, je suis parti de cette réalité. Que signifie être original ? En quoi l’était-il ? Mon livre baigne dans cette question, à laquelle j’apporte des réponses à travers justement le portrait moral que je dresse du fabuliste.

          La Fontaine n’avait rien d’extravagant ni de marginal, il fréquentait les grands du monde, on l’accueillait en agréable convive, mais il était un peu bizarre. À force de lire ce qu’on disait de lui à l’époque, j’ai acquis la conviction que, sous sa simplicité apparente, il souffrait d’un trouble de l’humeur, probablement du syndrome d’Asperger sous une forme bénigne. Il ne faut surtout pas le réduire à cette particularité, mais ce trouble explique, ou à tout le moins éclaire, ses qualités morales aussi bien que son génie. Car on n’est pas génial par hasard.


        • jakem jakem 9 février 14:49

          @jakem
          ( suite 7 ) 

          Cet ancien protégé de Fouquet lui est resté fidèle après sa chute. La Fontaine a adopté une position subtile envers Louis XIV : comment la définir ?

          La Fontaine a percé à presque 45 ans, en 1665, lors de la parution de ses Contes et nouvelles en vers. Le premier recueil de ses Fables est publié trois ans plus tard. Né en 1621, il approche donc la cinquantaine. Il n’est pas tout à fait inconnu cependant, car depuis les années 1657-1658 il fait partie du cercle de Nicolas Fouquet et bénéficie des pensions de ce fastueux mécène contre qui, en 1661, Louis XIV va engager un procès implacable.

          La Fontaine éprouvait une véritable affection pour Fouquet et une admiration sincère. La glaciale brutalité du procès ne le conduit pas à se détourner de Fouquet. Avec une prudence compréhensible, il défend la cause de son mécène dans l’Élégieaux nymphes de Vaux, parue sans nom d’auteur, et une Ode au roi que le monarque laisse sans réponse. Mais sans châtiment non plus. Louis XIV n’a jamais accordé de pension à La Fontaine, mais ne l’a pas empêché de dédier son premier recueil de fables à son jeune fils le Dauphin, et, quelques années plus tard, son deuxième recueil à Mme de Montespan, maîtresse royale en titre.


        • jakem jakem 9 février 14:50

          @jakem
          ( suite 8 ) 

          De même, Louis XIV n’a pas mis son veto en 1683 à l’élection du fabuliste à l’Académie française, se contentant de repousser de six mois son accord non pour des raisons politiques, mais parce que des membres de la Compagnie s’étaient plaints qu’on admît parmi eux un auteur de contes libertins, injurieux pour l’Église. Si singulier qu’il fût, La Fontaine remplissait soigneusement ses devoirs de courtisan. Il a offert plusieurs poèmes à Louis XIV, et des fables à plusieurs grands seigneurs, y compris au jeune duc de Bourgogne, petit-fils du roi.

          Ce bohème qui aimait la bonne chère, levait volontiers le coude, n’avait que faire de l’argent et fut hébergé pendant vingt ans chez une femme de qualité qui tenait salon, n’était nullement un rebelle. Profondément hostile aux abus de pouvoir comme à l’iniquité des cours de justice, il respectait l’ordre social et les contraintes de la discipline, à commencer par son adhésion sans compromis à la rigueur syntaxique et aux règles grammaticales. Nul doute que l’écriture inclusive l’aurait offusqué. Imaginez Le Chat, la Belette et le Petit Lapin attaquée au burin de cette écriture farcie de points médians et autres signes d’expression genrée.


        • jakem jakem 9 février 14:53

          @jakem
          ( suite 9 ) 

          L’auteur des « Fables » a connu le succès de son vivant, mais c’est l’école de la IIIe République qui l’a élevé au rang de gloire nationale. Pourquoi ce choix ?

          Depuis leur parution au XVIIe siècle, le succès de ses Fables - et uniquement de celles-ci - ne s’est jamais démenti. Mais il est vrai que c’est l’école de la IIIe République qui les a glorifiées, jusqu’à en faire le monument du patrimoine littéraire français que nous continuons d’honorer avec une constance qui mérite considération. Le lien avec l’instauration de l’école laïque, gratuite et obligatoire se comprend d’autant plus aisément que les fables s’adressent théoriquement aux enfants, qu’elles sont accessibles à leur compréhension, et que La Fontaine passe alors pour le pendant français d’Homère comme source d’enseignement et d’identité nationale.


        • jakem jakem 9 février 14:54

          @jakem
          ( suite 10 ) C’est ainsi qu’en 1814, dans ses Carnets, Joseph Joubert écrit : « Notre véritable Homère, l’Homère des Français, qui le croirait ? C’est La Fontaine. » En 1838, Sainte-Beuve reprend la formule. En 1853, dans sa thèse sur La Fontaine et ses Fables, Hippolyte Taine la reprend à son tour, et il explique qu’il est notre Homère parce que ses Fables « sont notre épopée ; nous n’en avons point d’autre », qu’il « est universel comme Homère » et que « nos enfants l’apprennent par cœur, comme jadis ceux d’Athènes récitaient Homère ».

          C’est que, par ses Fables, La Fontaine efface la coupure entre l’Ancien Régime et la Révolution et qu’il rassemble la France dans toute son histoire. Après la littérature du XVIIIe siècle, siècle des philosophes, les Fables de La Fontaine renouent avec l’esprit poétique de la Renaissance et de l’âge baroque, offrant de surcroît une image idéale de la langue française, à la fois souple et rigoureuse, gracieuse, policée, chatoyante et sensible, comme un miroir où la nation pouvait se contempler. Cette vertu lui demeure consubstantielle, à preuve les Fables que les enfants continuent d’apprendre à l’école, et la fascination qu’elles exercent toujours sur le public qui aime à les entendre lues ou récitées sur les planches.


        • jakem jakem 9 février 14:57

          @jakem
          ( suite 11 et fin ) Mon portrait de La Fontaine éclaire bien d’autres caractéristiques du personnage. Mais tel est le miracle de sa poésie qu’elle représente la flamme toujours vivante d’une langue merveilleusement filée en un temps où notre idiome perd de sa prestance et de son prestige, appauvri par l’usage négligé qu’on en fait et par la grossièreté ambiante, sans parler de l’abandon de la littérature classique qu’au nom d’une modernité voulue essentiellement pragmatique on enseigne de moins en moins en classe, voire plus du tout.

          Jean de la Fontaine, portrait d’un pommier en fleur de Jean-Michel Delacomptée


        • rosemar rosemar 9 février 22:11

          @jakem

          Merci pour ce conseil de lecture : Jean-Michel Delacomptée...



        • cevennevive cevennevive 9 février 14:49

          Bonjour rosemar,

          Un poème d’Alfred de Vigny m’a fait beaucoup pleuré lorsque j’étais enfant : « la mort du loup ».

          Et même aujourd’hui parfois...

          Je n’aime pas beaucoup Trenet, je lui pardonne ses grimaces par cette phrase :

          « c’est un jardin extraordinaire, il y a des lapins qui parlent anglais... »


          • cevennevive cevennevive 9 février 14:53

            @cevennevive

            « m’a fait beaucoup pleurer » !!!
            Voila ce que c’est d’être encore émue à 80 ans passés...


          • rosemar rosemar 9 février 22:15

            @cevennevive

            Ah ! Magnifique poème ! Et encore plus quand il est dit par Gérard Philipe :

            https://youtu.be/an4_fPZmhws?si=cDlW7dsYVvDaYjGW


          • rosemar rosemar 9 février 22:57

            @cevennevive

            et vive la sensibilité !


          • ahtupic ahtupic 9 février 20:47

            Pourquoi un article sur Charles Trenet ?

            Parce que, paraît-il, il aimait les petits garçons ?. Comme Jack smiley

            Bravo, Rosemar, vous suivez l’actualité


            • jakem jakem 9 février 21:33

              @ahtupic
              Il paraît que vous êtes un connard de classe internationale.
              Je l’ai lu qqpart mais ne sais plus où ; sinon je publierais l’article.

              Trenet était homo ; et alors ?  
              Ça fait de lui un pédéraste pédophile ?

              Vous avez des preuves ?


            • ahtupic ahtupic 9 février 23:27

              @jakem
              Il paraît que vous êtes un connard de classe internationale.
              Merci de me l’apprendre ! 
              Je ne te connais pas, j’ai juste vu ton pseudo.
              J’ai donc été voir ce que tu bavais sur AV, parfois des suites indigestes de commentaires.
              J’ai vu un perroquet qui rapportait ce qu’il avait lu sur les articles de l’AFP, Le Figaro et autres merdias subventionnés pour enfumer leurs lecteurs, enfin tous les merdias dont il est bon de ne pas rapporter ici leurs bobards.
              L’affaire Contineau que je n’ai pas suivi, d’après ton opinion, est pire que l’affaire Epstein. Ah bon, une affaire purement française est moins importante qu’une affaire de corruption à l’échelle mondiale. Qui te dis qu’il n’y a pas d’enfants dans cette entreprise. Il y avait des mineur(e)s pourtant. Et toute vie mérite la même considération.
              Comme tu peux voir, je tutoie souvent des commentateurs avec qui je suis en accord mais pour toi je te tutoie vu que tu es venu m’insulter et je t’emmerde ;


            • jakem jakem 10 février 06:52

              @ahtupic
              Vous êtes un analyste hors pair et vous méritez largement la distinction que je vous ai décernée !

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