L’éclipse de la Lune
Ça ne tourne plus rond.

Qui met de temps à autre les pieds dans une cour d'école constate ô combien à quel point les jeux et activités ludiques de nos chers bambins évoluent. Il est fini le temps des billes et de l'élastique tout comme celui de la balle au prisonnier. C'est du moins les dernières observations que j'ai pu faire même si des spécialistes des sciences de l'éducation prétendent le contraire.
Accordons-leur que la marelle a encore ses adeptes et que le ballon en dépit des querelles sur les jeux genrés attire bien plus les garçons. Mais le dire c'est risquer d'être étripé alors faites comme si je n'avais rien écrit à ce propos. Reconnaissons cependant que la nature du revêtement de la cour joue son rôle et de fait favorise certaines activités en rendant impossible d'autres.
Le matériel mis à disposition par l'équipe éducative force un peu la main à des enfants qui savent toujours mettre à profit ce qu'on leur propose en ayant toujours cette merveilleuse faculté d'en détourner le projet initial pour faire preuve un peu d'imagination. C'est bien du reste ce qu'on attend des activités ludiques : qu'elle libère l'esprit d'initiative, tout le contraire des produits formatés qui se vendent par ailleurs. La mode joue naturellement son rôle avec des phases que l'on pourrait qualifier de lunaires. Il n'est jamais possible d'anticiper le jeu qui va faire soudain son apparition ni de prévoir quand il disparaîtra sans laisser d'adresse. Tout ceci échappe à la science de la divination ou de la prévision. Les enfants n'en font qu'à leur tête pour peu que l'on ne les équipe pas d'écrans pour tuer le temps et leur inventivité.
Des jeux connaissent donc des éclipses et c'était justement le point de départ de ma recherche, me demandant pourquoi je ne voyais plus d'enfants jouer à la Lune. C'est alors que sollicitant monsieur google, je découvris à mon grand étonnement que le jeu de la Lune n'était pas celui de mon enfance d'après la toile qui doit faire référence en ce domaine. Une entité mystérieuse m'annonce que la Lune désigne « deux joueurs qui doivent se taper dans les mains avant de venir le rejoindre (on ne nous dit pas qui ?). Les autres joueurs essaient de frapper ces deux joueurs à l'aide d'un foulard, le plus grand nombre de fois possible, avant qu'ils n'aient trouvé refuge auprès de la Lune. » Vous pouvez constater que c'est assez obscur.
La même source d'information me précise alors que le jeu que je pensais être sottement celui de la Lune se nomme précisément « La clef de St-Georges » dans les écoles catholiques et « le renard qui passe » dans les autres. Cette fois l'explication est plus conforme à mes souvenirs : « Les enfants s’assoient en rond. Un enfant est désigné pour être le renard et faire le tour de la ronde sur l’extérieur. Il a une « clé » à la main et chante. Pendant son tour, il dépose la clé discrètement derrière un de ses camarades. À ce moment-là, tout le monde regarde si l’objet est derrière lui. L’élève qui a trouvé le mouchoir ou la clé se lève et court derrière le renard, qui doit venir s’asseoir à la place laissée vide par son camarade avant de se faire toucher par son poursuivant. Si le renard est touché, il se place au centre de la ronde et attend qu’un autre renard prenne sa place ».
Me voilà rassuré, on trouve encore trace de ce jeu qui connaît cependant une éclipse de longue durée dans les écoles. Doit-on y voir le refus de certains parents d'envisager que leurs enfants, vêtus souvent aux derniers cris de la mode, usent le fond de leur culotte à un exercice aussi ridicule et parfois salissant. Quant au mouchoir, il a disparu depuis belle lurette des ustensiles dont on peut disposer aisément.
Il fallait vraiment être dans la Lune depuis trop longtemps pour ne pas avoir songé que cette activité non seulement est passée de mode mais provoquerait une levée de boucliers parmi les géniteurs et génitrices des générations en âge d'être scolarisées. Il est même possible de penser que ces derniers n'ont même jamais joué à la Lune à l'école préférant de très loin alors collectionner les Pokémon et autres images Panini afin de les initier au capitalisme.
Pour fermer la ronde j'ai une pensée émue pour les jeux en phase de mort clinique : le béret, chat perché, un deux trois soleil, la tomate, les gendarmes et voleurs, Colin-Maillard, l'épervier et nos osselets obsolètes.
25 réactions à cet article
Ajouter une réaction
Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page
Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.
FAIRE UN DON
















