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Pique-Nique

 

Ce sera sans andouille…

 

 

« Pique-nique douille c'est toi l'andouille ». Il y a loin de la comptine d'enfance à ce fameux pique-nique qui enchante ou hante les vacances, selon que l'on en soit un adepte inconditionnel ou un réfractaire subissant bon gré mal gré la chose. Je vous laisse deviner dans quelle catégorie je me place à moins que mon propos porte trop nettement mon opinion pour vous laisser dans l'expectative.

Le fameux repas champêtre, mobile, itinérant ne peut s'improviser. Il exige méthode et équipement à moins que vous ne soyez un amoureux du sandwich et du fruit, glissé au fond du sac à dos, en espérant les retrouver sans qu'ils aient eu à subir une scène de ménage avec la gourde. Là, se pose inévitablement la fameuse question de la forme du dit sandwich. Les aficionados du triangulaire semblant désormais tenir la pole position, surtout parmi ceux qui aiment laisser des reliefs en plastique dans la nature afin de célébrer leur passage.

Repoussons la querelle de la boisson. Considérons comme nul et non avenu le choix de la canette ou de la bouteille même si ces deux options sont fréquemment assorties du fameux délestage après usage. Les gougnafiers devraient, pour le plus grand bien de la nature, se tourner exclusivement vers la restauration rapide sans user de l'option « Drive ! » qui achève sa course dans les fossés.

La gourde ou la bouteille réutilisable seront les réceptacles idéaux pour une boisson qui dans pareil cas ne saurait être que de l'eau. Sa fraîcheur n'est nullement un impératif, bien au contraire, trop froid, elle serait traîtresse pour le marcheur. Ce sont les mets roboratifs qui doivent alimenter votre réflexion. La charcuterie à ce propos, pour commode qu'elle puisse être, divise désormais tout en agitant le spectre de la crise de goutte, il est bon de lui tourner le dos, afin de pouvoir partir d'un bon pied.

La salade composée est à ce titre, la vedette incontestable, le plat principal voire unique. Constituée de sucres lents à votre guise, agrémentée de légumes ou de fruits, d'œufs durs ou de thon, de cornichons ou d'olives, de persil ou de basilic, elle vous offre une vaste gamme de possibles, qui au fil des répétitions risque de vous lasser quelque peu. Il convient de ne pas perdre de vue qu'au-delà de casser la croûte, se faire plaisir doit demeurer une préoccupation non négligeable.

Écartons sans pitié les salades décomposées de l'industrie en-gros-alimentaire qui non seulement font le désespoir du palais et des analyses sanguines en faisant également le plein des bas-côtés une fois consommé leur insipide contenu. Que de telles horreurs puissent être transportées pour un repas proche de la nature, dépassent l'entendement.

Le fromage a toute sa place à la condition qu'il ne soit pas en parts individuelles, une hérésie de plus pour la grande distribution. Vache, chèvre ou brebis, au lait cru, entier ou pasteurisé, fermier ou bien industriel, il doit vous conserver la jambe altière et l'haleine fraîche. Choisissez donc des animaux habitués à gambader, leur exemple vous sera utile.

Le fruit est le souci majeur pour le pique-nique estival. Il convient de moduler votre envie du fruit de saison avec sa dimension pratique. La fraise ou la cerise, aussi délicieuses soient-elles, ne supportent pas le sac à dos, ni le transport chahuté. La banane reste une valeur sûre en dépit d'un coût carbone déplorable et d'une peau sur laquelle vous risquez de glisser.

La glace, en dépit d'une notoriété toute estivale au point qu'elle fasse partie désormais de la panoplie du touriste dans une rue marchande, n'a pas sa place dans le pique-nique. Il conviendra de différer cette envie irrésistible pour ne pas voir votre panier repas fondre au soleil. Le pique-nique suppose quelques sacrifices et c'est sans doute celui-là le plus cruel pour nombre d'entre vous.

J'ai hâtivement évoqué le panier repas. Il y a bien-sûr plusieurs écoles. La glacière tient la corde et le frais en dépit d'un encombrement qui fixe sa limite au coffre de la voiture. Ce choix suppose d'associer le parking, la table de pique-nique en bois, l'ombre bienfaisante. Une gageure dans bien des endroits. Le panier repas est fort seyant je vous le concède mais fort mal pratique pour les randonnées pédestres. L'osier quoique rejet au pied des saules, est incompatible avec la marche.

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Le sac à dos, pour idéal qu'il soit, n'est pas sans inconvénients. Il n'est pas isotherme tout en devant se mettre en quatre pour contenir l'indispensable au-delà du sus dit repas envisagé. Il doit être confortable, léger et vous épargner la transpiration dorsale, celle qui finit par faire froid dans le dos. Il suppose également un partage équitable entre les différents convives au risque de provoquer des fâcheries.

Reste à déterminer les conditions matérielles de ce fameux repas. La table en bois avec ses bancs intégrés est prisée quand on prend de l'âge. Sa rareté en maints endroits fait d'elle un objet disputé. Ceux qui veulent s'épargner le risque de passer à côté, se chargent de fauteuils et d'une table, tous pliants. Cela suppose un véhicule à la grande contenance. Les plus nombreux se satisferont du sol : herbe, sable, rochers, la gamme est vaste.

Les plus précieux ajouteront la nappe, si possible à carreaux, pour ne pas entrer en concurrence déloyale avec les fourmis. Pour tous, les moustiques constitueront un inconvénient contre lequel il faut renoncer à lutter tout comme les conditions climatiques qui demeurent aléatoires, imprévisibles et parfois rédhibitoires.

À contre-pente.


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2 réactions à cet article    


  • Philippulus Séraphin Lampion 11 juin 10:48
    « Alors sa femme atteignit un paquet ficelé d’où elle fit sortir un morceau de veau froid. Elle le découpa proprement par tranches minces et fermes, et tous deux se mirent à manger.
    « Si nous en faisions autant », dit la comtesse. On y consentit et elle déballa les provisions préparées pour les deux ménages. C’était, dans un de ces vases allongés dont le couvercle porte un lièvre en faïence, pour indiquer qu’un lièvre en pâté gît au-dessous une charcuterie succulente, où de blanches rivières de lard traversaient la chair brune du gibier, mêlée à d’autres viandes hachées fin. Un beau carré de gruyère, apporté dans un journal, gardait imprimé « faits divers » sur sa pâte onctueuse.
    Les deux bonnes sœurs développèrent un rond de saucisson qui sentait l’ail ; et Cornudet, plongeant les deux mains en même temps dans les vastes poches de son paletot sac, tira de l’une quatre œufs durs et de l’autre le croûton d’un pain. Il détacha la coque, la jeta sous ses pieds dans la paille et se mit à mordre à même les œufs, faisant tomber sur sa vaste barbe des parcelles de jaune clair qui semblaient, là-dedans, des étoiles. »
    Maupassant  Boule de Suif.

    • juluch juluch 11 juin 21:08

      Pour un pique nique peinard faut de l’organisation.....la couvrante au sol, assiettes cartons, gobelets, flotte, sandwich fait maison, sopalin, sel, poivre..bref comme tout bon bivouac !!

      A table !!

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