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Accueil du site > Culture & Loisirs > Un vingt-deux septembre au diable vous partîtes...

Un vingt-deux septembre au diable vous partîtes...

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Le début de l'automne évoque traditionnellement le déclin, la perte, une certaine nostalgie du passé...

Pour Brassens, le 22 septembre est associé à une rupture amoureuse dans une célèbre chanson intitulée "Un vingt-deux septembre".

"Un vingt-deux septembre au diable vous partîtes..."

L'expression est savoureuse car elle ne traduit pas vraiment un désarroi, une tristesse : elle exprime au contraire une certaine désinvolture, comme si le poète avait souhaité le départ de la belle... ou comme si, le temps étant passé, la rupture semblait moins amère.

Et pourtant, chaque année, cette date était ponctuée par des pleurs : 

"Et, depuis, chaque année, à la date susdite,
Je mouillais mon mouchoir en souvenir de vous..."

Les thèmes du souvenir et du temps qui passe sont ainsi entremêlés dès le début de la chanson : l'alternance des temps, passé simple, imparfait, présent suggère bien cette fuite du temps, ainsi que les adverbes de temps qui scandent le texte : "aujourd'hui, jadis, à présent."

Le présent marque un changement total souligné par cette image : "Or, nous y revoilà, mais je reste de pierre" et par une expression brutale et triviale :

"Plus une seule larme à me mettre aux paupières 
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

Et le poète revient pourtant sur la force de cet amour qui lui faisait accomplir des prouesses :

"Jadis, ouvrant mes bras comme une paire d'ailes,
Je montais jusqu'au ciel pour suivre l'hirondelle
Et me rompais les os en souvenir de vous..."

On perçoit un élan, un enthousiasme avec l'image de l'hirondelle...

Mais cet élan a disparu et on trouve comme souvent dans les chansons de Brassens, une référence littéraire et mythologique :

"Le complexe d'Icare à présent m'abandonne,
L'hirondelle en partant ne fera plus l'automne :
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

On aime aussi ce renversement du dicton "Une hirondelle [arrivant] ne fait pas le printemps", qui signifie qu'un seul signe ou indice ne constitue pas une preuve.

Brassens n'oublie pas d'évoquer de nombreux thèmes associés à l'automne : le départ des hirondelles mais aussi les feuilles mortes, le deuil :

"On ne reverra plus au temps des feuilles mortes,
Cette âme en peine qui me ressemble et qui porte
Le deuil de chaque feuille en souvenir de vous...
Que le brave Prévert et ses escargots veuillent
Bien se passer de moi pour enterrer les feuilles."

Sans oublier la référence littéraire aux poèmes de Prévert...

On retrouve le thème des pleurs et des souvenirs tristes dans la strophe suivante :

"Pieusement noué d'un bout de vos dentelles,
J'avais, sur ma fenêtre, un bouquet d'immortelles
Que j'arrosais de pleurs en souvenir de vous..."

Les "immortelles" que Brassens arrose de pleurs semblaient, pourtant, être là pour signifier un amour éternel.

Mais la suite vient à nouveau former un contraste saisissant avec cette déclaration d'un amour sans fin :

"Je m'en vais les offrir au premier mort qui passe,
Les regrets éternels à présent me dépassent :
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

Brassens n'oublie pas de jouer malicieusement sur le sens du verbe "passer", ce verbe signifiant aussi par euphémisme "mourir".

L'amour s'en est allé, et c'est une rupture qui semble définitive, comme le suggère l'emploi du futur dans la strophe suivante :

"Désormais, le petit bout de coeur qui me reste
Ne traversera plus l'équinoxe funeste
En battant la breloque en souvenir de vous..."

Finis la tristesse et le désarroi...

Et Brassens de reprendre les clichés traditionnels de la poésie amoureuse et galante, avec ces images précieuses mêlées à un vocabulaire familier... c'est là tout le talent de Brassens de mélanger les genres !

"Il a craché sa flamme et ses cendres s'éteignent,
A peine y pourrait-on rôtir quatre châtaignes :
Le vingt-deux de septembre, aujourd'hui, je m'en fous."

 

Et, le poème s'achève sur ce vers :

 

"Et c'est triste de n'être plus triste sans vous"

 

 Ainsi, cette chanson exprime, malgré tout, la nostalgie d’un bonheur passé et … l’indifférence nouvelle.

Quelle richesse dans ce texte, que de références littéraires, quelle culture et quelle bonhomie aussi !

Brassens nous livre ici un véritable poème de facture classique en alexandrins, un poème où se mêlent jeux de langage, culture, humour, tendresse...

 

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2020/09/un-vingt-deux-septembre-au-diable-vous-partites.html

 

Vidéo :

 


Moyenne des avis sur cet article :  1.73/5   (11 votes)




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26 réactions à cet article    


  • Jjanloup Jjanloup 22 septembre 16:05

    En ayant vu la date, depuis ce matin ce poème, cette chanson me revient en boucle !

    Un nouveau plaisir que me procure Brassens....


    • xana 22 septembre 17:58

      @l’auteur

      Quand vous vous « ’inspirez » de G. Brassens, ça me rappelle dans Cyrano (de Rostand) : « j’ai cru voir sur la rose monter une longue limace »...

      Beuark.


    • rosemar rosemar 22 septembre 19:13

      @Jjanloup

      MERCI pour ce message !


    • reptile cyrus 22 septembre 19:22

      @xana

      Il y a beaucoup de gens dont la facilité de parler ne vient que de l’impuissance de se taire.

      E.rostand


    • eau-pression eau-pression 22 septembre 16:34

      L’indifférence nouvelle ...

      Tenez, professeure, comment peut-on éviter la double négation de « pas indifférente » ? Et au fait, l’avez-vous été ?

      Parce que dans le dernier vers, Brassens vous demande : est-ce possible d’être aussi froide ?

      Et pas trop exigeante, avec ça. Un petit comparatif avec Aragon aurait été bienvenu. Et d’ailleurs, pourquoi Brassens et les autres interprètes ne chantent-ils pas la dernière strophe ?


      Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
      Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
      Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
      Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
      Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs
      Il n’y a pas d’amour heureux
      Mais c’est notre amour à tous les deux


      • Jeekes Jeekes 22 septembre 19:57

        @ENOLA Gué
         
        ’’QUI ?’’
         
         
        Qui, mais il a dit qui ?
         
        Oh la vache, l’anti-c’est-mîîîte !
         
        Vite le crif, la licra, toussa... Bougez-vous un peu bordel... 
         


      • eau-pression eau-pression 23 septembre 09:30

        @ENOLA Gué

        T’es toujours là ?

        On trouve plus ta devinette sur #U42. Je voulais participer.

        Tu sais quoi ? Grâce au télétravail, une IA a réussi à prendre le contrôle d’Alphabet. C’est un moustique qui me l’a dit cette nuit. Quand je pense que certains veulent éradiquer cette espèce ...

        Avant de comprendre, je l’ai écrasé. L’a pas eu le temps de me dire l’avatar de l’Ialpha chez Mite (Meet ?)

        On est mal, non ? L’avait un peu raison de nous dire de fermer notre gueule, le Fufu. Carlo, collabo !

        On peut tout dire, on est cramés à la Molay ...


      • Jeekes Jeekes 22 septembre 17:19

        ’’L’expression est savoureuse car elle ne traduit pas vraiment un désarroi, une tristesse : elle exprime au contraire une certaine désinvolture’’

         

        C’est normal.

        Puisque quand il pense à Fernande... il bande ! 

         

        Bon, y’a aussi eu :

         

        Marinette

        Jeanne

        Celle de la claire fontaine

        Celle de l’orage

        La passante

        Celle qu’il n’a pas demandé en mariage

        Celles qu’ont été à l’ombre de leur mari

        Celle qui laissait trop de pierres dans les lentilles

        Bécassine

        Margot

        L’hôtesse qui sans façon

        Sabine

        Germaine

        La poupée qui fait maman quand on la touche

        Cendrillon

        La fille à cent sous

        La nymphomane

        La tondue

        La traitresse

        Mireille

        Hélène

        Pénélope

        Celles qui s’emmerdent en baisant

        Marquise

        Une jolie fleur

        Eve

        La Vénus qu’a un gros cul

        Padilla del Flor

        J’en oublie volontairement quelques unes, faut bien que marie-rose se sorte les doigts si elle veut gagner sa croûte.

         

        Déjà que si elle nous pond un n’artik pour chacune de celles-là, misère on n’a pas fini de se faire chier !

         

         


        • rosemar rosemar 22 septembre 22:58

          @Jeekes

          Je vois que Monsieur connaît bien Brassens : vous devriez apprécier que l’on évoque ses poèmes, ses chansons... 


        • Docteur Faustroll Docteur Faustroll 22 septembre 17:20

          Les dissections de Rosemar sont à l’analyses de textes ce que la médecine légale est à la biologie : une sorte d’autopsie.


          • Aristide Aristide 23 septembre 09:47

            @Docteur Faustroll

            Vous avez raison, mais on peut lui accorder que c’est elle qui déterre le corps.


          • Samson Samson 22 septembre 18:54

            Bonjour Rosemar

            Calendrier parfaitement synchronisé : depuis hier, et même si on se demande où avait bien pu passer l’été, nous sommes bel et bien en automne !

            Et une chanson de Brassens pour l’illustrer me paraît d’excellent aloi, tant la virtuosité du poète a su faire honneur, tant à toutes subtilités et impertinences propres au lexique français qu’à la mémoire des poètes qui l’ont précédé (Ballade des dames du temps jadis, Gastibelza, ...). Je me régale à chaque fois, et pas qu’à l’écoute de ses chansons les plus connues.

            Portez-vous bien et veillez bien sur vous, en vous présentant mes respectueuses salutations ! smiley


            • rosemar rosemar 22 septembre 23:00

              @Samson

              Une façon de célébrer le début de l’automne, avec Brassens, en plus ! Cette chanson est un régal ! 

              Bonne soirée


            • troletbuse troletbuse 23 septembre 09:26

              Rosemor, vous avez trouvé une mine pour vos articles et vous allez, comme Rototo, nous inonder d’articles insignifiants qui servent bien la désinformation permanente.

              Plutôt que célébrer l’automne, vous fereiz mieux de célébrer la dictature qui tombe sur la France, l’UE et une partie du monde. Au lieu d’analyser cette chanson de Brassens, il aurait été plus judicieux de parler de ce chant que beaucoup des anciens connaissent :

              Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines
              Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne.

              Mais comme vous êtes sourde !


              • rosemar rosemar 23 septembre 12:05

                @troletbuse

                Mais c’est vous qui êtes sourd à la poésie, la culture, la beauté...


              • troletbuse troletbuse 24 septembre 13:13

                @rosemar
                Ni sourd et surtout ni aveugle comme vous.


              • eau-pression eau-pression 23 septembre 09:34

                Bon, je vois que Rosemar ne répond qu’aux bons élèves, qu’ont pas eu peur de lui mettre la main aux fesses.

                Mais, crénom, et ma question sur l’indifférence ? Vous me laissez dans ma cancritude, prof de mauvaise foi !

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