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Angel-A, de Luc Besson, s’est brûlé les ailes aux feux de la médiatisation

De ce film, je n’avais vu que la bande-annonce, qui ressemblait à une pâle copie d’un film qui figure aux premières places de mon panthéon cinématographique, à savoir La Fille sur le pont. Agacée, déjà. Au sujet de ce film, je n’avais entendu que quelques propos sibyllins de son réalisateur et de son acteur principal, aussi énigmatiques, paranoïaques et peu diserts que s’ils partageaient un ombrageux secret d’Etat. De ce film, je savais donc qui était le réalisateur et qui l’acteur principal. De ce film, de son sujet, je savais par l’acteur et le réalisateur susnommés qu’il s’agissait « de la rencontre d’un homme (André) et d’une femme (Angel-A) », « d’un homme qui apprend à s’aimer ». Vaste programme. Lelouch ou Leconte. Je ne savais plus trop. De ce film, je savais qu’il était auréolé d’un pseudo-mystère sur son contenu, mystère désamorcé par un titre ô combien explicatif. Je savais donc qu’on méprisait la perspicacité du spectateur apparemment incapable de comprendre au bout d’une heure ce que l’affiche lui annonçait d’emblée. Ce film, je savais qu’il était destiné à ce qu’on dise à Besson qu’il avait donné à Jamel son premier rôle à la Coluche dans Tchao Pantin, (quand un comique passe à la tragédie, c’est inéluctable, à moins qu’il ne soit comparé à Bourvil...) et à Jamel qu’il avait une chance inouïe de tourner avec Besson.

Faisant abstraction de mes répréhensibles préjugés, prenant mon courage à deux mains, je me suis donc aventurée dans les salles obscures pour aller à la rencontre de cet Ange (l-A, si vous y tenez) aux airs de déjà-vu. Il m’a fallu attendre une bonne heure pourtant, une heure pour m’habituer aux onomatopées ânonnées ou vociférées par Rie Rasmussen. Puis, j’ai essayé d’oublier... que Besson réalisait surtout, qu’il réalisait son dernier film, annoncé par son créateur comme le plus abouti. J’y ai alors découvert un univers. Un univers prometteur. Les balbutiements d’un cinéaste, les premiers témoignages de sa singularité. Des références cinématographiques pléthoriques et excessives : une phrase et une scène et une esthétique empruntées à La fille sur le Pont. Film imité, jamais égalé. La poésie, la magie en moins, donc. Des emprunts et références multiples aux Ailes du désir de Wenders aussi. Paris sublimé comme dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain encore, la virtuosité stylistique de Jeunet en moins. Erreurs de jeunesse, après tout. On s’inspire toujours de ses prédécesseurs. Un film rempli de bonnes intentions. Montrer, souligner la beauté de la capitale. Nous dire qu’il faut s’aimer pour être libre. Un film dont le réalisateur pourrait être au cinéma ce que Marc Lévy est à la littérature. D’une naïveté parfois salutaire. Pas forcément de l’art, c’est une autre histoire...

Ce jeune réalisateur est un peu narcissique, pendant deux heures il se fait une déclaration d’amour. Il nous parle de dualité. De noir et blanc. De grandeur et de petitesse. D’apparence trompeuse. De son apparence trompeuse. C’est normal, on parle toujours de soi, surtout au début. Les dialogues titubent parfois, le scénario vacille. Il se relève, c’est le principal. C’est l’hésitation des premiers pas. Puis, après l’ultime et principal vacillement, celui mémorable du dernier plan, je me suis réveillée, je suis redescendue sur Terre. Je me suis souvenue que ce n’était pas là le premier film d’un jeune cinéaste, mais le dernier revendiqué d’un réalisateur confirmé. Un réalisateur, guidé par son orgueil, et sa passion sûrement aussi, on ne peut pas le nier, qui semble répondre aux critiques, les devancer, leur dire fièrement, crânement, que désormais il l’est, libre. L’éloge de sa liberté. Finalement, ce film n’était-il pas surtout destiné à ceux qu’il a empêchés de le voir ?

Je n’ai pas adoré, pas détesté, j’aurais aimé être moins nuancée, être emportée, exaltée. Probablement l’aurais-je été si j’avais simplement vu le premier film naïf et prometteur rempli d’erreurs de jeunesse et de bonnes intentions d’un cinéaste en devenir appelé Besson... et non, c’est le film fièrement auto-proclamé comme l’aboutissement d’une filmographie. Ah, au fait, ce jeune cinéaste a eu la bonne idée de donner à Jamel son rôle à la Tchao Pantin... Vraiment remarquable, en revanche.

Et si on refaisait la publicité, en disant qu’il s’agit là d’un film sur un ange, d’un jeune réalisateur au nom inconnu ? Probablement l’envisagerais-je différemment... Je ne l’aurais pas détesté, non plus, probablement l’aurais-je davantage apprécié, peut-être même vous l’aurais-je recommandé, pour sa louable naïveté. Certainement même aurais-je attendu son second film avec impatience et curiosité. A trop jouer avec les médias, Angel-A risque bien malheureusement de s’y être brûlé les ailes et de rater son envol : à vous de juger...

(sortie : le 21 décembre, durée : 1H30)

Sandra.M


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1 réactions à cet article    


  • Fredérique (---.---.184.31) 30 décembre 2005 10:00

    « Un film dont le réalisateur pourrait être au cinéma ce que Marc Lévy est à la littérature. »

    Ca, ça ne me ferait pas plaisir du tout... mais alors, pas du tout. Marc Lévy n’est pas un écrivain, mais un auteur de romans faciles (comme, hélas, la plupart de nos auteurs de best sellers)où il faut chercher un rapport avec la littérature. Il est vrai que je ne suis pas objective : je ne parviens pas à aller au bout de ses bouquins tellement je trouve cela nian-nian. Alors, Besson, là, il devrait faire preuve de plus d’ambition ; vous avez raison.

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