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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Au-delà » de Clint Eastwood

« Au-delà » de Clint Eastwood

Cette semaine sort dans les salles le dernier film de Clint Eastwood « Au delà ». Le réalisateur américain a choisi pour thème le surnaturel. A-t-il atteint son but  : nous convaincre qu’il y a une vie après la mort ? C’est ce que je vous propose de savoir...

Au-delà est l’histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu’elle soulève. George est un Américain d’origine modeste, affecté d’un "don" de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, journaliste française, est confrontée à une expérience de mort imminente, et en a été durablement bouleversée, quant à Marcus, un jeune garçon de Londres, il perd l’être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, son jumeau, et se met désespérément en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir et la même quête, si bien que leurs destinées vont finir par se croiser dans cette tentative qui les anime de répondre, autant que faire se peut, au mystère de l’Au-delà.

Nous aurions tant aimé nous enthousiasmer de l'audace de Clint à s'aventurer dans un nouvelle voie, mais voilà c'est raté, le film se perdant dans les dédales d'une quête ésotérique insuffisamment crédible et un narratif flou qui perd pied et finit, comme le tsunami, magnifiquement filmé au tout début, par noyer les personnages, leurs propos et, par voie de conséquence, le spectateur. Nous sommes loin de ces opus si réussis que furent Sur la route de Madison ou Gran Torino, où Clint, très à l'aise à traiter des sujets qui lui correspondaient, et pour lesquels il avait longuement mûri sa réflexion, nous avait offert des ouvrages cousus main et d'une grande force suggestive. Là, il semble bien qu'il se soit attaqué à gravir une montagne dont il ignorait les secrets et dont les sommets inaccessibles restent cachés dans les brumes. Oui, Eastwood a surestimé ses capacités et ne nous offre qu'un film long, ennuyeux, et aussi peu convaincant que possible. Tout le monde ne s'appelle pas Carl Dreyer, Ingmar Bergman ou Robert Bresson qui savaient, avec un art consommé de la suggestion, aborder les conflits de l'âme face aux questions primordiales : d'où venons-nous et où allons-nous ? Il faut, pour ce faire, user des moyens minimums, du plus grand dépouillement et de la plus extrême simplicité, afin de parvenir à exprimer le maximum de choses et atteindre l'essentiel. Le contraire des effets recherchés ici par le réalisateur qui emploie les techniques les plus pointues et les ressources les plus sophistiquées de la cinématographie. Oui, les thèmes qui touchent de près ou de loin au monde invisible et au surnaturel doivent être abordés avec infiniment de prudence, de façon à éviter d'argumenter dans le vide et de tenter de démontrer ce qui est indémontrable, en se limitant à approcher le mystère et à poser l'interrogation. Cela ne relève que de la foi ou de l'espérance intérieure, démarche totalement opposée à celle de Clint qui s'échine à réduire à quelques arguments pseudo-scientifiques une vie après la mort, supposée inscrite d'ores et déjà dans nos gênes. Dommage ! Il y a de sa part une tentation d'orgueil et une maladresse à employer les moyens les plus contraires à ce genre de sujet et à s'embourber dans un démonstratif qui va à l'encontre de ce que l'on veut démontrer.

Preuve en est que les personnages ne parviennent pas à être le moins du monde probants. Même Matt Damon, pourtant excellent acteur, et Cécile de France semblent se demander ce qu'ils ont à prouver et bavardent là où il serait infiniment préférable de se taire. C'est par l'image que le 7e Art se doit de convaincre, non par les mots qui eux relèvent de la littérature ou de l'art dramatique. Et c'est d'autant plus fâcheux, que Clint connait parfaitement l'art de la mise en scène, que son ouverture avec l'irruption du tsunami est parfaitement réussie, qu'il sait mieux que quiconque brosser des tableaux évocateurs et qu'il lui aurait été plus facile de convaincre s'il s'était contenté de suggérer au lieu de dogmatiser un tant soit peu sur ce qui n'est pas vérifiable. On ne peut néanmoins en vouloir à un homme aussi talentueux de se tromper. Ce film a le mérite de nous rassurer sur sa curiosité d'esprit, son souci de s'engager sur les pistes les plus hasardeuses, de sonder la mort avec les yeux d'un vivant et de fouiller avec sa caméra au-delà du dicible...


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23 réactions à cet article    


  • Ariane Walter Ariane Walter 21 janvier 2011 10:28

    Entièrement d(accord, Armelle. jamais vu un navet pareil.
    Seule la première scène, le tsunami, est superbe car elle traduit la violence de l’eau ce qui n’était pas le cas quand on voyait des films d’actualité. Là, la puissance de la vague est énorme.
    Seule puissance du film qui traîne, traîne avec des acteurs mal dirigés.
    je pense à cette pauvre Cécile de France qui a dû être tellement heureuse de tourner avec Clint !

    Et ce n’est pas du tout le sujet traité qui fait que l’on critique, c’est un sujet qui m’intéresse et qui, au demeurant, très admis.
    Enfin...
    J’ai adoré Gran Torino et tant d’autres....

    Bon. le prochain sera mieux !


    • ZEN ZEN 21 janvier 2011 10:48

      Merci de m’avoir fait faire une économie de quelques euros...
      Pourtant j’adore le grand Clint


      • Fergus Fergus 21 janvier 2011 10:49

        Bonjour, Armelle, et merci pour cet éclairage.

        Clint Eastwood n’a pas réalisé que des chefs d’oeuvre, loin de là, et si Gran Torino ou Sur la route de Madison sont d’excellents opus, d’autres films sont de purs navets, à l’image de La sanction.

        Personnellement, j’ai bien aimé deux films actuellement sur les écrans : Poupoupidou, polar (et réflexion sur l’humain) sur fond de paysages hivernaux jurassien, et Soud of Noise, un déjanté film musical par l’équipe qui avait réalisé l’extraordinaire court-métrage Six drummers for one appartment.


        • JL JL 21 janvier 2011 11:03

          Bonjour à tous. Egalement admirateur de Clint Eastwood et aussi de Cécile De France, je n’irai pas voir ce film : un mélange des genres, à mon avis. Le style dépouillé de Lars Von Trier aurait probablement mieux convenu au sujet.


          • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 21 janvier 2011 11:08

            @ Fergus

            J’ai très envie de voir Poupoupidou, dont j’ai lu de bonnes critiques, mais il ne passe pas encore dans ma région.


            • Alain Michel Robert Alain Michel Robert 21 janvier 2011 16:31

              Bon jour Armelle,

              Hier, Viko sur Av, a fait du film une critique positive et sensible du film. Ici.
              Je suis allé le voir hier après midi...
              Certes, ce que vous dites n’est pas tout à fait faux... cinématographiquement parlant. Tout dépend du point de vue où on se place. Mais, ma femme et moi-même, avons tout de même passé un très bon moment. Rien que pour la scène du tsunami au début, ça vaut le coup d’aller voir ça ! Avant, je m’étais souvent demandé comment une petite vague de 2m de haut avait pu faire autant de dégât... moi qui, dans ma jeunesse, avait surfé sur des vagues beaucoup plus hautes. Je manquais de perspective ! Cette scène m’a remis d’équerre !

              Pour ce qui est du film, on n’apprend pas grand chose de nouveau sur les NDE, mais il ne faut pas aller voir ce film pour apprendre quelque chose de nouveau sur le sujet, Viko nous avait prévenu. Et puis, de toutes façons, rien n’a vraiment été dit et écrit de plus sur la question depuis le livre de Van Eersel « La source noire ».

              Moi, j’ai aimé le film à cause de son rythme lent, avec les plans si typiques du Clint Eastwood qu’on aime, sensible, interrogeant sobrement le mystère de sa mort prochaine sans faire d’esbroufe. Pas de plans tonitruants sur l’après-vie, pas de « tunnel », pas « d’êtres de lumière », pas de grandes certitudes... juste une petite NDE du 1er stade (sur 5). Sobre, honnête, simple... un questionnement en suspend... pas de réponse... : « Je ne sais pas... » c’est tout ce que dira le médium quand l’enfant l’interrogera sur l’après vie.

              Sur le coup, on peut peut-être s’ennuyer si on refuse d’approcher le « vide » que ce film creuse inévitablement en nous. C’est possible. Mais « quelque chose » nous reste, après. Quelque chose de pauvre qu’on n’oublie pas parce ça s’est subrepticement déposé en nous... quelque part en nous, là où un certain silence demeure. Un rien... un vide, oui... mal filmé, mal dit, mal tout ce qu’on veut... mais là, présent derrière le bruit du monde... il faut l’entendre...

              Vraiment, j’aime ce Clint Eastwood tel qu’il chemine depuis quelques années vers son Tao à lui. Il se dépouille... et il nous le partage avec ce qu’il sait faire de mieux : du cinéma. D’autres tentent le même partage avec des mots, des musiques ou des peintures... ils ne disent pas ce qu’ils savent ou ce qu’ils font, ils disent ce qu’ils voient ou tente de voir.
              Cette inaliénable égalité de tout Homme devant le vide n’est jamais facile à partager... artistiquement et humainement parlant. Il faut cesser de se regarder... mourir à soi-même... un peu... quand même...

              Alors, rien que par respect pour ces tentatives sincères qui seront de toutes façons toujours lamentables (la sincérité est toujours lamentable), il faut aller voir le film... Ça n’est pas un film philosophique... c’est un film plus complet (dans le sens de complétude) : c’est le film d’un homme qui va mourir, qui le pressent, qui le pense, qui certainement à peur... et qui tente de nous le dire...


              • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 21 janvier 2011 17:42

                @ Alain Michel Robert

                Votre commentaire est très intéressant et d’une grande sensibilité et j’en ai pris connaissance avec plaisir. Comme vous, j’admire beaucoup Clint Eastwood et, sans doute, attendais-je trop du magnifique réalisateur de « Sur la route de Madison » et de « Gran Torino ». Dans « Au-delà », j’ai trouvé qu’il n’avait pas traité son sujet avec les moyens adéquates et qu’il s’était éloigné du mystère au lieu de s’en approcher. Mais c’est là mon point de vue, le vôtre est tout aussi valable et nos opinions différentes prouvent à quel point le 7e Art, comme les autres arts d’ailleurs, parle à chacun de nous de façon personnelle.


              • Alain Michel Robert Alain Michel Robert 21 janvier 2011 22:32

                Oui, Armelle... c’est sa subjectivité qui fait sa beauté et sa puissance de vérité. Avec l’art on se « pose » dans l’inconnu... ce qui est peut-être la seule façon de se poser vraiment.


              • Viko 22 janvier 2011 02:14

                « Sur le coup, on peut peut-être s’ennnuyer si on refuse d’approcher le »vide« que ce film creuse inévitablement en nous » 

                Bien dit l’artiste !!!  ;)

                D’ou le courage et l’humilité (dont je parle dans mon article) dont il faut faire preuve face à ces questions...



              • herbie 22 janvier 2011 21:26

                Oui, en effet, ce film ne nous aura pas appris grand chose sur les NDE mais j en suis sorti il y a 2 heures de cela avec une grande paix et je dois avouer que malgré certaines longueurs qui imprègnent ce film d’un vide subtile comme le souligne si bien Alain Michel, la sobriété du scénario m’a plutôt emballé alors que je suis plutôt orienté vers un cinéma plus musclé !
                Alors, ce ne sera peut-être pas pour moi le meilleur opus de Mr  Eastwood mais je n’ai pas du tout le sentiment d’avoir perdu mon temps avec « Au delà ». MERCI CLINT !!!!


              • L'enfoiré L’enfoiré 21 janvier 2011 17:09

                Bonjour Armelle et Alain,
                 Film d’espoir, lisais-je sur le billet de Viko.
                 Intéressant de lire vos appréciations antagonistes.
                 La vie après la mort était le sujet du Question à la une de mercredi dernier.
                 C’est dire comme cela titille certains.
                 


                • norbert gabriel norbert gabriel 21 janvier 2011 23:38

                  pas d’accord avec les avis négatifs, à part la fin qui est bâclée, et ratée, (ça n’apporte rien) nous étions quelques uns à avoir beaucoup aimé ce film, et pas une seconde d’ennui
                  Ce n’est pas une thèse, mais quelques questions que se posent des personnages qui ont été bousculés par la vie.
                  les jumeaux sont excellents, et les personnages cohérents, sauf cette dernière scène, qui aurait gagné à rester « ouverte » après la rencontre ;, mais bon c’est 3 minutes sur deux heures...


                  • norbert gabriel norbert gabriel 21 janvier 2011 23:43

                    «  »«  »A-t-il atteint son but : nous convaincre qu’il y a une vie après la mort ?«  »

                    mais je ne crois pas que c’était son but... en tout cas je ne l’ai pas perçu comme ça, et les 4 personnes qui étaient avec moi, non plus. (Et qui ne sont pas des adeptes ou des contestataires systématiques des questions un peu surnaturelles)


                    • vinvin 22 janvier 2011 00:19

                      Bien moi je n’ ai pas vu le film, mais j’ adore CLINT EASTWOOD qui est un excellent acteur, réalisateur, et metteur en scène, et j’ ai toujours adoré ses films, maintenant pour ce qui est de son film AU-DEALA, je ne comprend pas trop les critiques négatives....


                      Mais bon, faudrait peut-être voir le film avant de critiquer ?...

                      Maintenant si le sujet est la vie après la mort, moi je dis que : Quand on est mort, on est mort, et puis c’ est tout !


                      Cordialement.



                      VINVIN. 

                      • vinvin 22 janvier 2011 04:10

                        Enfin moi ce que j’ ai préféré comme films de CLINT, ce sont la série des INSPECTEUR HARRY, ainsi que LE BON, LA BRUTE, ET LE TRUAND, UN FRISSON DANS LA NUIT, LA ROUTE DE MADISON, ainsi que le film dans lequel il joue le rôle d’ un chanteur de country, ( mais j’ ai oublié le titre...).


                        Bref, cet acteur a une très grande carrière a son actif, avec des supers films !



                        Cordialement.



                        VINVIN. 

                        • L'enfoiré L’enfoiré 22 janvier 2011 15:39

                          Salut Vinvin,
                           Voici la bande annonce du film
                           La musique n’est pas mal. Le mystère y est.
                           Cela me rappelle par certains aspects « Incassable ».
                           Mais je me trompe peut-être, car je n’ai pas vu le film de Clint.


                        • vinvin 22 janvier 2011 17:00

                          Bonjour Guy.


                          Merci pour vos liens avec le film de CLINT, ainsi que le film incassable.

                          Moi non-plus je n’ ai pas vu aucun de ses deux films, (sauf les bandes annonces).

                          Il est donc difficile de faire une comparaison. Mais peut-être que certaines scènes aient une certaine ressemblance ?...

                          Difficile a analyser sur le fond !....


                          Cordialement.



                          VINVIN. 

                          • L'enfoiré L’enfoiré 22 janvier 2011 18:57

                            Armelle,
                             "Cécile de France semblent se demander ce qu’ils ont à prouver et bavardent là où il serait infiniment préférable de se taire"
                             Pourriez-vous expliquer cotre idée ?
                             J’ai vu l’interview de notre compatriote Cécile de France et elle était très enthousiaste.
                             Merci pour vos précisions.


                            • Armelle Barguillet Hauteloire Armelle Barguillet Hauteloire 22 janvier 2011 20:21

                              Bien que j’ai apprécié Cécile de France dans plusieurs films, elle m’a déçue dans celui-ci. Elle ne semble pas à son aise dans son personnage de journaliste revenue de ce qu’on appelle une « mort imminente ». Etait-elle impressionnée de tourner sous la direction de Clint Eastwood, lui a-t-il laissé une trop grande latitude d’interprétation, elle n’est pas convaincante. Et de plus ses dialogues ne sont pas étincelants.


                            • L'enfoiré L’enfoiré 22 janvier 2011 19:09

                              Si cela intéresse la vidéo sur le Question à la Une sur le sujet
                              ( à condition que cela soit visible en dehors de Belgique)


                              • Annie 22 janvier 2011 21:59

                                Je n’ai pas vu le film, et je n’ai pas vu Gran Torino. J’ai détesté Clint Eastwood comme acteur (particulièrement les Dirty Harry) avant d’être totalement emballée par les films qu’il a dirigés et qui m’ont forcée à réévaluer les films dans lesquels il avait tourné. Le metteur en scène de d’Iwo Jima, Mémoires de nos pères, Pale Rider comme celui de Play Misty for Me a le droit à l’erreur, comme tous les autres metteurs en scène de génie. Eastwood sera un jour considéré comme l’un des plus grands metteurs en scène américains, et un des acteurs le plus révéré par le public. 
                                Par contre le film Sur la route de Madison (et j’adore Meryl Streep) était un succès commercial, et un film guimauve, mais je lui pardonne.


                                • vinvin 23 janvier 2011 01:32

                                  Deux autres bons fils a voir de CLINT :



                                  HONKY-TONK-MAN ainsi que FIREFOX ! ( Pour ceux qui n’ ont pas encore vu ses films ou / et / ne les connaissent pas encore....).


                                  Cordialement.


                                  VINVIN.

                                  • gloups 23 janvier 2011 11:01

                                    Suite au commentaire d’Alain nous sommes allés voir ce film hier soir, avec ma femme et ma fille de 16 ans : nous avons tous beaucoup aimé, même si effectivement, il n’y a rien a y apprendre de nouveau sur le sujet traité. Mais la beauté de ce film est ailleurs, car il s’agit d’un très beau film !

                                    Ma fille me disait même, sans avoir lu l’article d’Armelle, ni les commentaires sur AV, qu’elle avait aimé ce rythme lent...
                                    J’ai aimé la façon sobre dont Clint Eastwood a traité le sujet, avec une grande finesse, délicatesse, sans imposer d’interprétations abruptes. Je ne me suis jamais senti « forcé » d’avaler une théorie quelconque sur ce sujet de l’au delà, mais j’ai pourtant été « pris », du début à la fin du film par la simplicité et l’authenticité de la quête de cet homme, qui me rejoint...

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