• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Camus l’homme révolté, enrobé dans la révolte artiste

Camus l’homme révolté, enrobé dans la révolte artiste

A l'occasion de l'année sainte Albert Camus, le Monde réédite un hors-série (HS :18H, septembre, novembre 2013) sur ce philosophe de « la révolte et de la liberté », où Bernard-Henri Lévy, en l'an de grâce 2010, lui taillait un portrait en « philosophe artiste », ainsi, par la même occasion, qu'en jeune ancien nouveau philosophe. Pourtant, malgré ses engagements constants, Camus ne cherchait ni l'action politique ni l'enseignement philosophique.

Camus n'a jamais cherché que la vérité, celle qui, depuis qu'elle n'a plus de statut « existentiel » ni de visage, c'est-à-dire, depuis qu'elle est existentiellement niée par la violence des logique de propagande, n'a d'autre alternative que de se réfugier à l'abri d'une raison « publique » manipulée par l'intérêt privé, dans son refus des alternatives réductrices « de résultat ».

Mais la part obscure, plus ignorée encore aujourd'hui qu'hier, si dérangeante et inadmissible pour le néo-puritanisme de gauche gouvernant nos esprits d'une main de fer, Camus ne s'en est jamais caché, il en a même fait son arme favorite de combat. Part obscure, évidemment liée à la vérité traquée, comme « barbarie », et réfugiée sans abri des « temps nouveaux ».

Les hommes et les femmes de gauche dont il rêvait tout haut qu'ils se lèvent, c'était par l'esprit qu'il osa croire qu'ils pouvaient encore le faire, ce qui est absolument sacrilège et « collabo », pour une gauche qui ne sortira jamais du marxisme, puisqu'elle en est un pur produit. Camus dut réfléchir longtemps avant de « lancer » l'Homme Révolté, comme l'un plus grand défi à « l'époque », qu'il ne voulait cependant, en aucun cas, trahir, qu'il aimait et revendiquait.

Mais l'Homme Révolté n'est toujours pas lu, ni surtout pris en compte par ceux à qui il avait été adressé. Si on prétend s'intéresser à Camus, et encore plus l'aimer, et s'il n'y a qu'un seul livre de lui à lire jusqu'au bout, c'est celui-là et aucun autre. Voilà une vérité « tranchée »...par Camus lui-même, dans un sens direct et indirect. L'Homme révolté est toujours relégué dans l 'obscurité des maudits, comme si leur démarche aspirait à cette obscurité « infernale ».

« (…) les décisions que j'ai dû prendre, et qui, pour moi, comptaient le plus – celle d'écrire l'Homme Révolté par exemple – ont été des décisions solitaires et difficiles. Ce qui a suivi aussi. » (Essais, la Pléiade, 1965, p. 1904, Le pari de nos générations, interview, 1957).

Quiconque a un minimum de « respect » pour Camus, et « Dieu » sait si cette « chose » devait compter pour lui, ne peut pas, s'il veut vraiment lui rendre « hommage », en cette année sainte, ne pas lire cette œuvre majeure, et pas seulement de son siècle, alors que tout est encore fait pour en dissuader tout homme de gauche « qui se respecte », au « double sens », autoritaire comme au libertaire. Il y a là plus qu'un devoir de mémoire, il y a un appel qu'il serait plus que « déraisonnable » de taire plus longtemps : il y a, comme il y eu de son vivant, une sorte d'exécution sommaire intellectuelle (« ce qui a suivi »).

Camus cherchait la vérité plus que tout le reste, passionnément ET raisonnablement.

« (…) Je n'ai pu me résoudre à cracher, comme tant d'autres, sur le mot d'honneur. (…) je sais instinctivement que l'honneur est comme la pitié, cette vertu déraisonnable qui vient prendre le relais de la justice et de la raison devenues impuissante. » (Interview citée plus haut, p.1900)

Voilà exactement ce que pensait celui que Sartre (comme le rappelle honnêtement BHL), son « ami », traitait de « petit voyou d'Alger, très marrant, très truand » (HS18, cité plus haut).

Cette vérité dispersée, à laquelle Camus aspirait « naïvement », aujourd'hui plus encore qu'hier (un siècle et demi de nihilismes), n'a pas encore fait son « come back » ou son « coming out », comme disent les nouveaux précieux ridicules. Dispersée à coup de bombes à fragmentation, d'analytiques pluralités écartelantes autant qu'étincelantes, utilisent tous les paradoxes sociologiques de la modernité freudiste, pour renverser toute situation d'unité première, comme tout accord entre hommes et femmes, les subvertir et les convertir en des icônes quadrillées d'eux-mêmes, dans une caricature de plus en plus grimaçante, intellectuellement fascisante.

« Je me sens d'abord solidaire de l'homme de tous les jours. Demain le monde peut éclater en morceaux. Dans cette menace suspendue sur nos têtes, il y a une leçon de vérité. (…) Et la seule certitude qui nous reste est celle de la douleur nue, comme à tous, et qui mêle ses racines à celle d'un espoir entêté. » (cité plus haut, p.1899)

***

Comme James Dean, le révolté sans cause, Camus est un produit « jeune » mort jeune. Il est pourtant celui qui déclara, (outre ses sentiments pour sa mère, et par là, il rejoint Kerouac) avant sa mort, qu'il n'était « pas sûr d'être moderne. » (Dernière interview d'Albert Camus, La pléiade, 1965, Essais p. 1927), Il est à parier que si des Tee-short « dérivés » sortaient, ils ne porteraient pas cette phrase sur leur cœur de cible.

Il faut laisser la philosophie aux propagandistes modernes des idées. L'art de Camus consista essentiellement à ne pas être philosophe, non dans une philosophie nouvelle de l'art.

« Dans l'oeuvre d'art (…) à quelle valeur êtes vous le plus sensible ? » demandait t-on à Camus en 1959 (Essais, la Pléiade, p.1922). La réponse est toujours la même, laconique : « La vérité. Et les valeurs de l'art qui les reflètent. » La vérité dit Camus, pas les vérités ou la vérité philosophique, c'est absolument clair.

Dans le cas de Camus, et pour introduire une réflexion « légère » à la suite de la lecture d'un BHL cherchant à reconstruire un couple idéal-type Sartre-Camus permettant une quadrature du cercle par le bas (matérialiste), dire, avec l'indifférence qui sied : on a affaire là à une sorte de bilan et d'étude de marché très raisonnable et somme toute très vendeuse. Camus marche, il suffit de réorienter l'opinion vers le produit existentialiste « moderne », dont il s'écarta pourtant assez rapidement, pour faire éclater les scores et rassembler toute une modernité intellectuelle consensuelle, mais en mal de repères.

Quelques remarques cependant pour ceux qui ne se satisfont pas de la messe médiatique en cours, qui ne fait que prolonger un peu plus, mais plus « raisonnablement », ce qui a été fabriqué dans l'opinion, dès le départ, mais qu'il faut mettre à jour pour désamorcer complètement ce héros naïf, un peu trop intelligent, sur le fond, et peut-être, heureusement, un peu trop « jeune ». Des remarques senties, pas des remarques argumentées comme un plan de vente : quand on est camusien de cœur, il est trop tard pour passer à l'ennemi : la raison a des raisons...

Ces légères remarques ne proviennent pas d'une humeur passagère ou autre, mais d'un approfondissement pur et simple de l'Homme Révolté, ouvrage qui n'a d'ailleurs pas échappé à BHL. Un BHL très « renversant » finalement. Mais qui dans son « imitation » moderne de Jésus Christ, trahit lui-même un matérialisme très néo-spiritualiste. L'Homme Révolté ne lui a pas échappé, mais il veille très religieusement, en bon philosophe pour classe terminale, à ce que rien ne s'en échappe. L'exercice de style a le grand mérite de la clarté. Notre approfondissement « essentialiste », non argumenté, intuitif, obscur, aura aussi le mérite d'une « clarté » au moins déclarée. Déclaration possible, aujourd'hui, grâce à la « ruse » de Camus. Si nous nous en sortons, et rien n'est moins sûr, nous serons de cette échappée, ni plus ni moins. L'oeuvre de Camus est un ouvrage au clair, tout autour de l'obscur.

***

Il arrive que le barbare naturaliste soit plus proche de Dieu que le théologien humaniste de gauche.

Emmanuel Mounier, figure d'une certaine résistance, aussi, dans son « Affrontement chrétien », rejoint Camus-Nietzsche.

Le problème a été, est et restera celui de la Nature, à laquelle aucun « droit naturel » ne sera plus jamais reconnu. Interdiction donc de recouvrer quelque intégrité que ce soit, par principe.

Déjà, Dieu l'avait dévastée dans son principe, avant que l'Histoire ne l'agenouille, au nom de la liberté humaine « créatrice ». Il fallait finir le travail de cette jouissance du mal.

Ainsi, tout défenseur de la Nature tombera toujours sous cette double malédiction divine, et ne peut être considéré que comme un traître métaphysique à l'Homme, ce pourceau et cette hyène « dénaturés », le plus souvent, mais pas dans le sens que l'on croit.

Il ne peut pas y avoir de « concept » plus « tragique » que de considérer la Nature comme bonne, à cause de cette ancienne malédiction, même et surtout, modernisée. Cette « naïveté » est la source la plus tragique de vérité. Source condamnée.

Cependant les mauvais naïfs demeurent ceux qui considèrent la nature comme une « absurdité » majeure, responsable de tout, une pure injustice en soi, sans voir le rôle humain, dans ses « scandales ». Leur naïveté est la source des plus grandes barbaries d'une l'Histoire amnésique réécrite, non pour le pouvoir même, mais pour le profit que l'on tire de cette naïveté-même. Cette contre-nature est l'origine de toute contre-initiation. « Camus, qui ne se consolait pas qu'il n'y ait « plus de Delphes où se faire initier ». (HS18, p. 16)

L'acceptation raisonnable et raisonnée de Camus de la Nature, comme celle d'Emerson, par exemple, qu'admirait Nietzsche, est fondée sur une acceptation « pure et simple », non séparatiste, non analytique (ni catholique ni protestante), de « ce qui est », au départ, par delà le bien et le mal.

Mais la Nature n'est pas complète si elle n'est pas achevée et parachevée, et donc orientée et élevée par la Culture, qui est sa destination « méditerranéenne » éternelle, malgré toute valeur « nordique », dont elle rejoint, d'ailleurs, les aspects positifs, en profondeur.

Ce que la pensée pense, quand elle est légitime, c'est l'impensé et l'impensable, sinon elle n'est que mécanisme, c'est à dire le non-fabriqué par la main ou la pensée de l'Homme, justement. Deux outils de son esclavage, dès qu'il renie les sources essentielles de son humanité solaire.

Il y a un curieux paradoxe inexcusable à présenter et représenter ce « pouvoir » humaniste social, négateur et exterminateur de toute Nature, comme une transcendance humaine, alors que son geste descend sous la barbarie naturelle la plus « ordinaire ».

Qui veut faire l'ange fait la bête, remarqua il y a déjà quelques temps, un observateur révolté du système, avisé de la « situation », puisqu'il est considéré comme l'un des pères du fameux « existentialisme », et qui avait peut-être senti « intuitivement », au sens spirituel du terme, que la Raison et le Bien suprême allaient un jour transformer le « parc humain » en élevage industriel, ce contre quoi Camus se battit jusqu'au bout.

A la question de savoir ce que les critiques avaient négligé de son œuvre, Camus répondit (Dernière interview, p.1925) :

« – La part obscure, ce qu'il y a d'aveugle et d'instinctif en moi. La critique française s'intéresse d'abord aux idées. (….) »

La critique française ne changera pas : l'idée est un produit « contrôlé ». La part obscure dont prétend parler BHL, dans son affaire de couple philosophique infernal, n'est pas une part obscure : elle n'a que la trop voyeuriste banalité d'un boulevard intellectuel survolté par le vertige de son propre néant humain, au sens camusien du terme. En ce sens objectif, elle rejoint malheureusement Sartre, dans son « amitié » avec « le jeune maître » à penser, celui qui affirmait dans le désert :

« (…) Je ne parle pour personne : j'ai trop à faire pour trouver mon propre langage. Je ne guide personne : je ne sais pas, ou je sais mal où je vais. Je ne vis pas sur un trépied : je marche du même pas que tous dans les rues du temps. » (Pléiade, p.1925)

Ce même Camus, qui affirmait aussi que l'un des aspects les plus incompris de son œuvre était aussi l'humour. Nous dirions plus : l'humour noir, sa seule faiblesse « surréaliste » peut-être !


Moyenne des avis sur cet article :  2.33/5   (6 votes)




Réagissez à l'article

6 réactions à cet article    


  • Ouallonsnous ? 14 octobre 2013 19:11

    Merci à l’auteur s’il souhaite que l’on considère son article d’aller chercher ses sources autre part que chez les BHL et autres propagandistes mainstream de la « pensée » unique !


    • Darkhaiker Darkhaiker 14 octobre 2013 21:36

      Cet article n’a pas été fait dans le but d’être considéré : la considération ne fait pas l’intelligence, en général elle la défait, plutôt. Il est bon que la considération ne soit pas trop proche du respect (un peu comme la respectabilité pour le respect), au risque de le salir.


      Mais dans celui d’essayer d’amener un débat autour de deux ou trois réalités que les gens de « considération » se plaisent et se complaisent à nier.


      Ce qui est intéressant ce n’est pas la personne de BHL, aussi respectable qu’une autre, en soi, mais ce qu’il dit, et derrière ce qu’il dit, ceux qui lui soufflent son texte, toujours les mêmes depuis un demi siècle.


      Mais là encore, ceux-là n’ont d’intérêt que par leur position sur une ou deux vérité. Le reste n’est que politique, sans intérêt, quand il s’agit de culture, au sens traditionnel : le pouvoir d’un groupe ne fera jamais une seule vérité véritablement humaine.


      Le pouvoir d’un groupe n’engendre qu’une opinion sociologique.


      Comme disait Ferré : « Quand on pense en rond, on a les idées courbes. » Le mérite de Camus fut de rester solidaire, malgré la distance de l’idéologie. De ne jamais se séparer des principes.


      Cordialement.


    • rocla+ rocla+ 15 octobre 2013 09:19

      je marche du même pas que tous dans les rues du temps 


      je marche du même pas que tous dans les rues du temps ....

      • Darkhaiker Darkhaiker 15 octobre 2013 10:42


        « A mon avis, les solitaires sont aujourd’hui dans les partis totalitaires. » (Dernière interview d’Albert Camus)


        • Claus D. Claus D. 15 octobre 2013 22:31

          J’ajoute un petit commentaire à la dernière partie de l’article, les « légères remarques ».

           

          C’est bien en tant que barbare non-instruit, ou si peu, que je suis venu sur ce site, revendiquant la figure de Camus dont je suis pourtant seulement en train de lire « L’Homme Révolté ». Une intuition grandissante de vivre au milieu d’une grande et funeste machination (dont l’intellectualisme occidental séculaire en est le principal responsable) montant en moi jusqu’à n’en plus pouvoir. L’intervention de Darkhaiker sonna alors comme un éclat subit, enfin, de vérité « vraie », qui sonne juste, comme en musique. Ceci n’est pas dit dans le but de « graisser la patte » à l’auteur, qui fait lui-même remarquer plus haut qu’il n’est pas là dans un objectif de « considération », mais simplement pour souligner mon vœu de pouvoir le voir et le savoir compris d’un nombre le plus important possible de personnes, et en particulier de personnes de ma génération, « jeunes adultes », qui, malgré les rires naturels ou forcés et les faux-semblants, sommes tous si « désespérés » aujourd’hui. Pourquoi ? Car nous sommes nombreux désormais à comprendre à-demi que « nous » (les hommes) avons vraiment fait une grosse « bêtise ».

           

          Le mérite de l’auteur, au-delà d’éclairer et de défendre fidèlement la pensée d’un grand homme du siècle passé, est de permettre à quiconque veut bien l’entendre d’accoucher de lui-même pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre, historiquement, dans nos sociétés en voie de dissolution. « Le problème a été, est, et restera celui de la Nature […] ». Rien que cela suffit à ne pas pouvoir suspecter l’auteur de « paranoïa conspirationniste », de trahison ou de misanthropie. Personnellement, cela me suffit à lever les boucliers que l’on se sent si souvent obligés de brandir, dans un monde de guerre économique et de méfiance humaine quasi-permanente, pour écouter, non religieusement, mais avec le cœur et l’esprit. Darkhaiker ne cache rien, et fournit clairement les clés pour qui veut comprendre. Ensuite, chacun est libre de travailler. Cela rejoint d’ailleurs une phrase de Camus : « une seule certitude suffit à celui qui cherche ».

           

          Pour finir, je pense que son travail, dans la lignée de Camus, est d’une grande dignité puisqu’il se situe, malgré un style qu’une lecture trop rapide pourra trouver  hermétique (j’en fus la première fois), « spontanément du côté des trahis » (Camus), c’est-à-dire de la majorité. Tous ceux qui regrettent, parfois naïvement, une quiétude sociale ou une nature du passé, sont en grande partie dans leur bon droit, même s’ils ne comprennent pas pourquoi. Et pour cause : les choses sont complexes et tout est fait, sur la scène intellectuelle et ailleurs, pour brouiller cette lisibilité. Je rajoute une référence, non-issue de la philosophie cette fois (fut-elle non-philosophique) : le biologiste Paul Shepard. Celui-ci, fort érudit également, montre comment la naïveté du regard de l’homme sur la Nature, qui préside à son immaturité psychologique, donc à sa peur, donc à la teneur de ses religions et de ses sciences, provient du fait très concret de sa sédentarisation. Alors, l’homme a commencé son renversement « occidental » de point-de-vue, ne se situant plus au-milieu d’un grand tout qui le dépasse, mais qui ne lui est pas hostile, mais au contraire contre un nature appauvrie (toujours la même puisque plus de déplacements), réorganisée à son image (appauvrissant encore en retour l’image qu’elle offre à son œil, à son cœur et à son cerveau), et forcément source de tourments pour des monocultures au rythme biologique de plus en plus artificiel. Au-delà de tout intellectualisme, la simple contemplation d’une nature sauvage, là où elle existe encore, est donc au moins aussi bénéfique que le travail intellectuel de décryptage du monde. Les choses les plus compliquées à voir sont aussi les plus simples.


          • Darkhaiker Darkhaiker 16 octobre 2013 18:27

            Claus,


            Merci pour votre intervention et votre soutien. Non parce qu’elle prend fait et cause pour un auteur ou un article, je ne suis partisan ni de la promotion ni de l’auto-promotion, mais parce qu’il y a réellement une cause à défendre dans ce monde indéfendable, que vous pointez parfaitement bien, hors superstitions idéologiques. Merci donc pour votre manière d’Appel en faveur de cette cause évidemment commune, dont l’urgence n’est à démontrer que pour des esprits anesthésiés ou non conscients, formatés par les subtiles techniques modernes du conditionnement.


            Cause qui n’a rien de neuf – ce que les nouvelles générations (comme ce fut le cas pour bien d’autres) doivent découvrir : les années post-Résistance furent un matrice formidable, dont on continue encore à étouffer l’Oeuf. De très jeunes résistants, d’ailleurs, donnèrent leur vie le plus « naïvement » du monde, non pas pour la croyance et la mise en scène d’un monde « libéré », mais pour sa réalisation effective, simple à identifier quand on a fait une fois l’expérience de des vraies vérités.


            Le respect commence par la vérité, pas par autre chose, ni par un raisonnement, qu’il s’agisse de nature ou d’humanité. Cependant ce qu’en dit Paul Shepard fait écho au constat généralisé de notre nihilisme profond, et montre qu’il n’a y a pas de barrière disciplinaire devant la vérité, que chaque facette de sa perception est un miroir, non pour le narcissisme, mais pour la reconnaissance rationnelle de ce qui est et doit être, et de ce qui n’est pas,et ne peut pas être.


            Camus a analysé en profondeur les causes et les conséquences du nihilisme, déjà pointé par Nietzsche, comme « mal », non pas de son siècle, mais aussi d’une partie du précédent. Pour nous, engagés dans le siècle 21, et qui voyons déjà les figures mondialisées d’un post-nihilisme plus totalitaire encore que ce qui fut imaginé avant lui, notamment avec l’appui et la trahison de la technique « scientifique » au service d’un arbitraire pseudo-économiste, plus impitoyable que les fascismes anciens, déjà « mortellement » pointé par Pasolini, comme un fascisme de consommation mondialisé.


            Contrairement à ce que disait Condorcet, il n’y a pas ceux qui raisonnent et ceux qui croient : croire sans aucune raison n’a pas plus de vérité que raisonner sans croire en rien. Il n’y a pas des maîtres et des esclaves hégéliens, il y a une humanité pieds et poings liés à un seul système automatisé de dépendance et d’addiction, par le besoin et le désir dénaturés et démesurés scénarisés, avec ses illusions, en haut de la pyramide écrasante, et en bas, quand on ne rêve que de sommet. Le monde n’est pas plus unifié que divisé. S’il y a ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas, ça ne fait pas une division : il faudrait que les deux côtés soient « également » valides. Il n’y a pas de validité dans l’illusion, comme on l’apprend le temps d’une vie humaine, mais trop tard.


            Il n’y a pas de respect sans un minimum d’intelligence, que toute religion politique s’évertue à tuer froidement, logiquement, par ses libidineuses leçons de « réalisme ». A partir de cette intelligence « sociale », il faut reconstruire un monde en ruines. Il y a un terrorisme intellectuel et moral à combattre. Cependant, cette construction ne peut pas avoir de programme, ce qui serait faire passer les moyens avant la fin. Elle commence par « les choses les plus simples », comme vous dites, Claus, à commencer par la liberté de penser ce que l’on veut, et d’être ce que l’on est, donc de refuser d’être ce que l’on ne veut pas être, comme, à une époque, certains refusèrent d’être nazis.


            Pour ce que vous dites du nomadisme, il n’est que de voir comment, aujourd’hui, une gauche prétendument socialiste traite les Roms, bien à l’abri de la loi, oubliant qu’il y a peu encore, des gens étaient envoyés dans des camps de la mort, par cette même loi française, ce qui montre que la loi n’est rien sans la justice et que celle-ci non plus, n’est rien, sans l’humanité. Non l’humanitaire mais la dignité humaine, qui n’a rien de juridique, comme tout le monde sait, dès qu’elle est niée en nous.


            Il n’est que de voir ces jeunes filles roms, stérilisées de force dans leur pays, pour comprendre les rapports globaux nomades-sédentaires, dans une histoire européenne qui ne finit pas de se répéter et de reprendre ses boucs émissaires en otages, dès que les choses (« les affaires ») tournent mal. La stérilisation de ces jeunes filles, comme ailleurs, par d’autres, en Afrique, par exemple, démontre et résume toute notre position devant la Nature, et l’horreur, dans et à laquelle nous la réduisons. Et nous-mêmes avec : la nature est aussi la nature humaine, dont toute une gauche bien-pensante croit encore bon de décréter la mort, pour l’édification du bon peuple, après celle de Dieu. Il y a là des responsabilités qu’il faudra assumer face à l’effondrement des valeurs qui nous attend. Qui dira qu’il « ne savait pas » ? Nous savons tous, d’une connaissance non officielle, disait Camus.


            Un minimum d’exigences de base restent à respecter, quoi qu’il arrive, quoi qu’il en soit. Exigences posées par Camus et d’autres, (Meunier, Weil, Orwell, Huxley, Bernanos, notamment – la liste est ouverte – ) relativement au XXème siècle, ses charniers, ses idéologies et ses mensonges. Sans ce minimum incontournable, le désespoir et le crash total est assuré pour un siècle qui s’annonce pire que le précédent, par son cynisme « scientifique » global et la mondialisation de sa propagande discrètement unifiée par la terreur économique.


            Comme ce fut le cas pour Gandhi ou Luther King, Mandela ou même De Gaulle, à un autre niveau, (ceci n’est pas une provocation, mais un fait, connu de tous, concernant précisément la Résistance) et tous les anonymes d’origines diverses, et bien française, une révolution de la conscience doit avoir lieu, à partir des vraies valeurs de notre « civilisation », par delà même des valeurs citoyennes, trop souvent manipulée, contre les consciences, à des fins politiques. A ce sujet précisément, on peut noter et saluer une initiative : la réactivation récente et significative du Conseil National de la Résistance, la saluer au moins pour le principe, ce qui est le plus important, en attendant ses actes futurs. Appel des Résistants aux jeunes générations (2004)


            Merci donc à vous, Claus, de vous jeter, à mon côté, dans ce combat pour l’honneur, sans illusion sur l’ennemi, mais lucide sur les valeurs.


Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON









Palmarès



Partenaires