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Carnage d’Auriol en 1981 : L’affaire est dans le « SAC »

Voici l’histoire d’un fait-divers tragique (dont l’enquête montra qu’il n’était pas si divers), plus connu sous le simple nom de tuerie d’Auriol mais que j’ai préféré rebaptiser « carnage d’Auriol ». Comprenez-moi, ici je n’ai pas de musique qui fait peur, pas de grosse voix grave comme dans « Faites entrer l’accusé », bref il fallait bien trouver quelque chose pour vous scotcher à l’écran !

Nous sommes le 19 juillet 1981, à Auriol, dans une coquette bastide provençale appartenant à Jacques Massié, policier de son état. Le maçon qui y effectue des travaux à cette période aperçoit de la fumée, comme si quelque chose brûlait. Lorsqu’il y pénètre avec la soeur du propriétaire, venue fêter un anniversaire, tout est renversé et personne n’est sur place alors que cinq personnes devraient s’y trouver : Jacques Massié, ses parents, son épouse Dominique, leur fils Alexandre âgé de huit ans, et enfin le beau-frère de Massié. Des tâches suspectes ainsi que des indices troublants comme des cordelettes, ou encore la chevalière gravée des initiales J.M, orientent rapidement vers la piste criminelle. Alors que la police est encore sur place à la recherche d’empreintes Jean-Claude Emery, un ami venu rendre visite, affirme aux enquêteurs que Massié est certainement la cible première. Il cite deux suspects : un instituteur habitant Rue de la République et un homme à l’oreille coupée travaillant à l’usine Chambourcy de Mazargues.

 

Le SAC (Service d’Action Civique), volet politique de l’affaire

Massié, Emery, ainsi que les deux suspects ont un point commun : ils appartiennent au SAC, ou Service d’Action Civique, association gaulliste créée en 1960 lors du retour aux affaires du Général. Ses membres sont chargés d’assurer la sécurité des personnalités du RPF, mais également le service d’ordre des manifestations ou le collage des affiches. Très polyvalents, les membres du Sac sont occasionnellement briseurs de grève et assurent plus largement toutes les basses œuvres du régime gaulliste. Largement composé d’anciens résistants, on sait bien que ces héros de 1940 ne sont pas tous des saints, comme le prouvera l’épuration sanglante qui suivit la guerre. Pourquoi ces hommes n’étaient-ils pas simplement au RPF, le parti gaulliste ? Un responsable résume ainsi : « le SAC c’était le bon dieu sans les curés ». Mais lorsque le « bon dieu » retourne sa veste au sujet de l’Algérie le SAC se vide d’une partie de ses membres originels dont certains formeront l’OAS. Forcée de recruter, la direction est moins regardante sur les nouveaux militants, et la pègre se retrouve de plus en plus souvent associée au mouvement qui compte également nombre de policiers : chacun se rend des services et y trouve son compte. Après la démission du Président De Gaulle en 1969, les anciens de l’OAS reviennent au Sac et tentent d’assainir le recrutement, ce qui ne sera pas suffisant pour faire oublier la réputation sulfureuse de l’association.

Jacques Massié est à la tête de la section marseillaise, et n’y compte pas que des amis, à commencer par son suppléant, Jean-Jacques Maria, qui rêve de lui ravir sa place. Du genre parano, Massié enregistre toutes ses conversations, fait des fiches sur tout et tout le monde, amasse des documents… Pire, il détourne de l’argent à son profit et se taille une bien mauvaise réputation au sein-même de son mouvement. Arrive 1981 et l’élection de Mitterrand, on annonce des communistes au gouvernement. Alors que la droite redoute de voir arriver les chars soviétiques, le SAC est aux abois et se prépare à une guerre civile. Aussi ridicules que puissent paraître ces craintes aujourd’hui, elles sont réelles à l’époque et expliquent la forte tension qui règne en France. Les rivaux de Massié le soupçonnent de vouloir passer à gauche et redoutent qu’il ne révèle les secrets les plus noirs du SAC. Une première tentative d’assassinat échoue, confirmant son statut d’homme à abattre.

Retour à notre enquête : le 20 juillet la police arrête donc Jean-Jacques Maria (le numéro 2), Jean-Bruno Finochietti (l’instituteur) et Lionel Collard (l’homme à l’oreille coupée).

 

Jean-Bruno, vous êtes le maillon faible !

Au SAC il y a les vrais durs comme Collard, ancien de la Légion Etrangère, tout comme Maria. Avec leurs imperméables stylés Gestapo et leurs airs de conspirateurs, ils aiment bien se la jouer barbouzes. Mais Jean-Bruno Finochietti est au contraire décrit comme un brave instituteur aimé de ses élèves, sûrement pas le type capable d’un enlèvement ou d’un assassinat. Il est certes fasciné par les opérations commando, les secrets d’Etat, il avouera plus tard qu’il se sentait à l’étroit dans sa vie d’instituteur, lui qui voulait être un homme d’action. Mais il n’en a pas la carrure, ce n’est pas un vrai méchant et c’est lui qui craquera le premier face aux enquêteurs qui l’interrogent dans les locaux de la PJ à l’Evêché. Il ne « balance » pas ses complices mais raconte en détails aux enquêteurs la nuit sanglante d’une manière pour le moins curieuse : son récit se présente sous forme de bande-dessinée. Avec d’abord un zoom sur son regard déterminé, puis une suite de dessins ponctués d’onomatopées, qui relatent jusqu’aux dialogues entre protagonistes. S’il persiste à couvrir les autres membres du commando, son dessin comporte des indices suffisamment évidents pour mettre les policiers sur la piste de trois autres individus rapidement interpellés, trois employés des PTT membres de la CGT et du SAC (curieux mélange !) : Didier Campana, Ange Poletti et Jean-François Massoni. L’un d’eux avoue le crime et donne l’emplacement des corps. Le raid macabre est désormais reconstitué, le crime apparaît au grand jour.

 

Une nuit d’horreur

Finochietti se souvient : « Collard devait s’occuper de tout. On devait le confier (Massié) à quelqu’un qui devait l’interroger sur ses documents. Il y avait un tel fantasme, une telle mythomanie autour des personnages. Collard a parlé de raison d’État. J’y ai cru. On a fonctionné comme dans les films. » Mais rien ne se passe comme prévu, Massié n’est pas chez lui lorsque le commando de bras cassés arrive sur place mais ils trouvent sa femme, son fils, son beau-fils et ses parents. Ils ligotent tout le monde et guettent l’arrivée de leur cible. Mais soudain l’épouse de Massié reconnaît Finochietti qui avait donné des leçons particulières au petit Alexandre Massié. Précisons que les cinq Prix Nobel dissimulaient leur visage derrière… un simple masque de chirurgien. Collard, leader de la bande, décide d’éliminer ces témoins gênants. On les fait alors descendre un par un de la chambre où ils se trouvent. Collard les attend au bas de l’escalier armé d’un tisonnier avec lequel il frappe chaque victime qui est ensuite étranglée et poignardée. Le petit Alexandre est endormi, Finochietti le porte et Collard lui fracasse le crâne, Finochietti le poignarde ensuite dans le coeur pour mettre fin à ses hurlements insoutenables. Les postiers partent enterrer les corps dans une ancienne mine de bauxite près du Luc, dans le Var. Vers deux heures du matin Jacques Massié arrive chez lui et tente de fuir à la vue des agresseurs qui le rattrapent et le poignardent avant de lui fracasser la tête sur un trottoir et d’aller se débarrasser du corps dans un bois.

 

Epilogue

Le procès confirmera que Maria est bien le commanditaire, il écope d’une peine de prison à perpétuité, tout comme Lionel Collard et Ange Poletti. Finochietti et Campana prennent vingt ans de prison et Massoni quinze ans. L’instituteur meurtrier dit aux jurés : « Rien ne peut justifier Auriol, nous n’avions pas à faire cette boucherie, je ne demande pas votre clémence. » Justice est faite, les meurtriers sont donc sous les verrous. Pardon ? Ah, on m’indique dans l’oreillette que les membres du commando sont tous en liberté à ce jour, en dehors de Maria décédé en 1996. Collard vivrait aujourd’hui en Roumanie, tandis que Poletti, Massoni et Finochietti vivraient en Corse et Campana à Marseille. Perpétuité qu’il disait… Pour la petite histoire signalons que Marina Massié, sœur du défunt Jacques Massié, s’est expliquée avec Finochietti lors d’un face-à-face surréaliste organisé dans la presse locale. Ce dernier, en larmes, a exprimé ses profonds remords, en particulier pour le petit Alexandre.

 

Pierre Schweitzer


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11 réactions à cet article    


  • Emmanuel Aguéra LeManu 22 juin 2012 15:07

    Souvenirs, souvenirs... Et dire que c’est de cette gangrène qu’est directement issue notre UMP nationale... Ah charmante droite ! Merci de la piqûre de rappel. Vous n’avez rien sur Le pen en Algérie ? Juste pour rappeler ce que les extrèmes sont par rapport à la modération... ici celle de l’UDR, dont se réclament aujourd’hui la « droite humaniste », entre autres oxymores...


    • Dzan 22 juin 2012 15:32

      De SAC et de Corde

      Les « gaullistes » aimaient bien les « résistants » comme Papon.

      Il y eut aussi, Boulin, Fontanet, De Broglie

      Ah cette brave Union des Mauvais Perdants !


      • non667 22 juin 2012 16:42

        heureusement il y a eu 1981 ,on a été sauvé de la droite !  smiley smiley smiley


        • non667 22 juin 2012 16:44

          j’oubliai 2012  ! on est sauvé ! rdv dans 5 ans ! smiley ! smiley


        • Radix Radix 24 juin 2012 18:53

          Bonjour

          "Il dirige la société Ricard qui, après avoir commercialisé de l’absinthe, un alcool prohibé, se respectabilise en vendant de l’anisette"

          Quand cette société commercialilisait l’absinthe celle-ci n’était pas interdite mais légale, à tel point que l’armée en fournissait une ration à ses troufions pour désinfecter l’eau.
          Quand elle a été interdite cette société s’est tournée vers l’anis pour continuer a exister.

          Donc nul besoin de se réhabiliter !

          Radix


        • Radix Radix 25 juin 2012 18:51

          Bonjour Le Sudiste

          J’ai lu l’article que vous citez et cela corrobore ce que j’avais appris.
          Le point de détail que j’ai relevé c’est qu’il est sous-entendu que l’absinthe était interdite à l’époque où cette société la commercialisait ce qui est faux.

          Il y a beaucoup de chose qui se sont passées à l’époque sous l’égide de la CIA notamment la création de FO et de l’Express avec des capitaux de la CIA.

          Radix


        • alain_àààé 22 juin 2012 18:13

          je suis heureux de pouvoir enfin m epenché un peu ma peine lorsqu on tuée ma belle soeur car elle travaillait pour nous les services de renseignements francais et avait infiltrée un trafic de prostituées et d autres femmes qui travaillent pour une parti avec le SAC. je ne donnerais pas de nom mais une piste sur une ordure qui a été plusieurs fois ministre dans des gouvernements de droite et aussi la liste des policiers qui étaient avec des barbouzes ayant une carte de policiens dont une partie de policiers on été soit viré ou muté.

          je remercie l auteur de cet article qui me replonge des années 70


          • cancrela 23 juin 2012 02:11

            @ l’auteur

            Je te trouve bien trop gentil avec le SAC. Les tortures en Algérie, c’est lui. Dès qu’un responsable FLN était pris par l’armée, il venait le chercher avec des documents pré signés pour les travailler dans certaines villas.
            Puis plus tard, cela a été les membres de l’OAS, leur famille qui ont eu à subir la question, tout cela avec l’aval de la grande Zorra.

            Cordialement


            • globulos nilasse 23 juin 2012 12:36

              glauque l’histoire. voila a quoi peut en arriver un montage de tête collectif. 


              • jean 23 juin 2012 19:41

                Ah la droite quelle cauchemard !


                • travelworld travelworld 29 juin 2012 18:17

                  Une belle bande d’ordures !!!!!!!

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