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Ce qu’on peut pas entendre

Off d'Avignon

Ce qu'on ne peut pas dire, les jours impairs à 16h41

Ce qu'on ne doit pas penser, les jours pairs à 16h40 de et par François Joxe Compagnie le Chantier-Théâtre

Quoi quoi, à 21h56 les jours pairs, à 20h21 les jours pairs, mise en scène François Joxe, avec Isabelle Hétier et Jean Grimaud

Les ateliers d'Amphoux jusqu'au 27 juillet

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Ce qu’on ne peut pas dire

François Joxe nous donne à voir et à entendre quelques propositions sur la vie qui sont comme une sorte de philosophie personnelle. Il donne trois spectacles, deux chaque jour. Il est seul en scène dans la petite salle voûté l'après-midi où il alterne deux textes de sa plume et de sa voix.

Il nous raconte qu'il n'est pas le personnage attendu, qu'il remplace, qu'il rend service, qu'il attend sa femme, son épouse et qu'il va nous quitter, dans cinquante minutes, pas d'inquiétude...

Ce qu'on ne peut pas dire nous parle un peu de tout, les hommes, les femmes, la croissance, l'embouteillage de la terre, les banquiers... Il croyait, comme tout un chacun que le talent donnait le succès, il s'est rendu compte qu'il fallait plutôt de l’entregent, le sens des contacts, le sens de la communication... On compte sur la croissance pour résoudre les problèmes, du chômage notamment, mais la croissance ne sera jamais que celle des banquiers, c'est la décroissance qu'il nous faut. Passant en revue toute sorte de choses qui vont mal, François Joxe finit par un remerciement à toutes les belles choses de la terre qu'on vit, qu'on voit et dont on ne parle pas, comme on n'a rien à dire sur les trains qui arrivent à l'heure. Ce qu'on ne peut pas dire nous dit avec des mots simples une indignation, une révolte humaine de bon aloi.

Il y a aussi des passages qu'on a du mal à entendre, qui heurtent. Surtout dans Ce qu'on ne doit pas penser. Ces spectacles traitent au fond de la question de la pensée unique, mais aussi des rails de l'anti-pensée unique qui sont parfois un air du temps. On ne peut pas penser les relations homme-femme autrement qu'en terme de domination masculine, de femme victime et homme bourreau. Ce dernier versant de la domination masculine étant le plus souvent un peu caché. On ne va pas accabler la moitié de l'humanité, tout de même, qui n'a rien fait pour être de sexe masculin, pas plus que leur compagne et amour ont agi pour être une femme. Mais on n'en est pas loin, nous dit François Joxe, et nous sommes en danger de voir l'érection coupable. Si entre deux femmes j'en préfère une et lui souris, je pourrais être soupçonné de harcèlement par celle à qui je montre du désir, et de discrimination par celle que je ne regarde pas assez. Plutôt que ce féminisme punitif qui est une fausse route, comme l'a écrit il y a une dizaine d'années Elizabeth Badinter, il nous faudrait un féminisme partagé. Dit crûment comme le fait François Joxe, c'est difficile à entendre. Il faudrait commencer à reconnaître que ce discours victimiste à propos des femmes, bien qu'il soit le plus et même le seul tenu publiquement n'est plus vraiment cru, énerve un grand nombre de femmes et d'hommes qui pour l'instant ne se font pas entendre (parce qu'il contient ou suggère une condamnation identitaire des hommes).

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Quoi quoi

Quoiquoi est plus tendre avec l'humanité que nous sommes. C'est l'histoire d'un couple à travers les âges de la vie. Ils s'aiment et ils ont du mal, comme tout un chacun. L'homme et la femme n'ont pas les mêmes préoccupations, ils n'ont pas envie de parler des mêmes choses, ils ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde, sur le même rythme. L'homme veut bien éplucher, si elle le lui demande, mais il faut qu'elle le lui demande, il a fait d'autres choses, auxquelles elle n'a pas bien fait attention... Et le silence ? Elle ne le supporte pas, lui un peu plus. Ils font des efforts, chacun de leur côté. Jeunes, leur désir était fort et le temps passant, la nouveauté s'enfuit, le dur désir de durer est difficile à tenir. Au terme de leur vie, les choses ne sont pas si mal, tout compte fait. Ils en sont au bilan d'une vie honorable. On sent que tout au long de leur vie, ils ont parlé de leurs différences, ils en ont parlé avec franchise et bienveillance. Elle fait une prière aux étoiles, à ses parents disparus trop tôt, qui lui ont confié la vie qu'elle a confiée à son tour à ses enfants. Il demande pardon ne n'avoir pas su être plus facilement heureux... Nous laissons des traces fugitives comme la barque qui passe sur l'eau.

Le spectacle est porté par des comédiens excellents, tout en douceur et justesse, dans une mise en scène et un rapport au public simple et sobre.


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