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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Daddy est mort… Retour à Sarcelles » de Insa Sané

« Daddy est mort… Retour à Sarcelles » de Insa Sané

Insa Sané est un rappeur, pas du genre racketeur juste bon à jouer les hâbleurs sans projet majeur mais un vrai conteur qui nous lance, en traqueur, sur les pas d’un post-ado vengeur.

Dès les premières lignes l’évidence nous claque à la gueule façon ronflement d’un fusil à pompe ; nous sommes bien dans un polar. Un récit de flic et voyou qui baladent leur vie le long de la première moitié du livre, qui nous monte en pression comme une 1664 sous La chaleur de Harlem.

A ma droite, Daddy. Orphelin et sauvageon rangé des bagnoles qui s’en va ranger crampons de latex et coup de poing américain par la grâce d’une Emma au ventre rebondi –

"… un mélange d’inquiétude, de joie infinie et d’on ne sait quoi d’angoissant. Paraît que c’est ça, l’amour."


Hélas, 3 fois hélas, le futur géniteur voit débouler dans sa vie une génitrice ex bolide de location de luxe qui ne roule plus que sur les trottoirs miteux de la ville aux mirages. Coke et schnouf, dope et daube ont mis à l’état d’épave l’ancienne star fuckeuse des nuits parisiennes – "… une salopérie de carrosse changé en citrouille avant même que les douze coups de minuit n’aient sonné."
En deux temps trois mouvements, pour cinq cent d’émoluments, la daronne pochtronne livre à son gamin dégouté les honteux secrets d’une gestation que même Mister Bean n’aurait réussi à rendre drôle. La mère, non, la génitrice a ainsi, en toute connaissance, envoyé le gamin turbulent au stade rédemption vers son enfer –

"sa mère pouvait bien s’essuyer la conscience avec les biftons. Elle l’avait empoissonné, l’enfant était mort déjà. Déjà mort."

A ma gauche, Tonton Black Jacket. Flic besogneux qui grimpe les échelons judiciaires à la force du poignet – "… à cause du salaire de bleu de Monsieur, Madame occupait des jobs à la noix… Parait qu’il n’y a pas de sous-métiers" –.
L’ascenseur que prennent certains est plombé par son franc parlé, son refus des concessions pour assurer son ascension. Il a trimé, le Isaac Sylvestre, avec sa Pauline à lui Arrimée, avant de débarquer, consécration, au 36 quai des Orfèvres. Graal de la flicaille.

"Il frappa à la porte…
… qui s’ouvrit d’elle-même. Elle semblait avoir été fracturée. Et, bien entendu, pas de trace de Pinocchio. La chambre était sale – ça c’était normal – et en bordel – ça aussi, c’était normal… non dans le genre vraiment suspect, il y avait cette tasse de café renversée sur la moquette, que Pinocchio n’avait même pas pris soin de ramasser. Attends frérot, on peut aimer vivre dans le foutoir, n’empêche que personne n’a envie de marcher pieds nus dans la porcelaine au petit matin ! Tonton promena son regard partout, et c’est en inspectant plus longuement la pièce qu’il découvrit…"

Autour de ces Junior et Sénior , dans la cour d’une vie qui s’ouvre sur un avenir plein de promesses, gravite une multitude d’énergumènes plus ou moins sympathiques :

Youba, petit délinquant en mode canard face à une donzelle croisée dans le métro –

"Il ne se voyait pas non plus expliquer à la daronne que tout ce cirque, c’était parce qu’il avait croisé le chemin d’un parfaite inconnue sur les marches du métro. Une fille dont il ignorait jusqu’au prénom !"

Zulu, distributeur de bourre-piffes, chômeur et mytho mais potentiel miraculé par le love –

"Quand tu regardes bien, cousin, entre ciel et goudron, c’est le temps qui nous assassine. L’horloge fait sa ronde, rien ne se passe à part que nos nuques se brisent, à force d’attendre que quelque chose d’insolite tombe du ciel"

L’Ogre "…qui se tapait au breakfast le petit dealer de quartier, au déjeuner le grossiste secrètement propriétaire du pavetard d’en face, au dîner le big caïd et sa bande de tueurs affranchis" –,
Pinocchio, le Gros, Minus, JP… flics de choc adeptes du chèque au chic 36 Quai des Orfèvres.
Sans oublier le Pasteur , ancien mac sans envergure au cœur détruit par un tour de fournaise qui l’a recraché en Big Boss

"Ce mec, c’était d’abord une tronche. Une tronche qui avait très bien pu lui valoir une place de choix dans le clip Thriller de Michael Jackson. Il avait un visage à deux faces, l’une complètement carbonisée, l’autre lisse comme de la peau de bébé. Mais il ne fallait pas se méprendre : c’était la face sombre qui était aux commandes de cette canaille."

Dans un aller-retour incessant entre Panam et Sarcelles, Insa SANE noue les fils des vies de sa troupe. Sur une bande son éclectique qui marque le début de chaque chapitre, l’auteur slammeur se joue des mots qui deviennent phrase-jouets entre ses doigts

"l’amour, je le dis, ça ne s’invente pas. Ça nous butine alors q’on est tout juste un bourgeon innocent. Ça nous chope par la poitrine, et on ne s’en défait pas. Condamné à l’exil à dix mille lieues de toutes orme d’orgueil, on bazarde nos rutilantes carapaces dans la boue…"

En milieu de parcours, une surprise, un point de rupture qui lance le polar après lente montée en tension par la mise en place des pièces du puzzle. En fin de parcours, un nœud qui se dénoue de fort belle manière et un mystère bien camouflé jusqu’au bout.

En adepte de rap, j’accepte ce concept d’écriture livre-slam. En gourmand des mots j’intercepte avec émois les préceptes de ce maitre de la punch-line.
Mais très vite, tel un goinfre qui aurait abusé de chocopops, je sens le trop plein. Trop de circonvolutions, trop de phrases pour la phase et voilà que je me déphase. J’acquiesce quand l’auteur veut donner de la densité à tous ses personnages, pour qu’ils ne soient pas que caricatures banlieusardes, mais mon rythme s’affaisse quand, dans trop de descriptions, dans une foultitude de détails, l’auteur me perd.
Trop souvent, un tonnerre, surement de Yaoundé, ponctue ma frustration devant cette recherche systématique de l’effet, de la phrase qui tue.
L’envie de hurler " bip bip, gardes-en pour le prochain livre ! " pour que l’auteur choisisse sa voie entre fresque social, qui demande de la zénitude dans la lecture, et pure polar qui commande action, pression et dynamisme.
Mon livre est barbouillé au stabilo jaune, que de puch-lines pour mon mur Facebook en réserve.
Mes trajets se sont plus à prendre le train avec ce joli conte coup de poing que je recommande vivement aux lecteurs de polars, aux amateurs de poésie et autres jongleurs de mots.

 


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Daddy est mort... retour à Sarcelles

Insa SANE

Éditeur : Sarbacane - Collection EXPRIM
Parution : novembre 2010

 


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1 réactions à cet article    


  • stetienne stetienne 11 avril 2014 11:57

    tain c est nul je prefere encore chantal goya

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