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« Edmond » d’Alexis Michalik en règne triomphal au Palais Royal

Alexis Michalik est un auteur et metteur en scène comblé. En ce soir de décembre 2021, la belle salle du Palais Royal était remplie par un public intergénérationnel, comportant entre autres de nombreux jeunes et des scolaires.

Sa renommée attire toujours autant de monde alors qu' ''Edmond'' a débuté en septembre 2016, récolté 5 Molières en 2017 dont celui du Meilleur spectacle du Théâtre privé, jusqu'à faire l'objet d'un film hilarant adapté par lui-même en janvier 2019.

 

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EDMOND
© Alejandro Guerrero

  

Après ''Le Porteur d’Histoire'' et ''Le Cercle des Illusionnistes'', l'engouement reste total. Artiste doué du nouveau théâtre français, A. Michalik sait raconter les histoires en ''dépoussiérant'' les classiques et, ne supportant pas le moindre ennui au théâtre, il traite ce dernier sur un mode vif, tourbillonnant, n'en déplaise malgré tout à certains qui s'essoufflent à le suivre.

Ses pièces sont cinématographiques, les récits s'emboîtent, s'enchevêtrent dans des décors qui changent à vitesse grand « V », les comédiens se travestissent en permanence ayant plusieurs rôles car aucun d'eux ne doit rester longtemps sans jouer sur le plateau.

Avec ''Edmond'', l’auteur revient avec douze comédiens pour raconter la triomphale et mythique première de Cyrano de Bergerac.  

Une fois installés les spectateurs, conviés à un voyeurisme latent, assistent tout d'abord à un long prologue fort original. Sur la scène, les acteurs se préparent. Ils se sentent à l'aise chez eux, ils s'échauffent, déambulent, s'étirent, donnent un sucre au chien accueilli sur les planches.

 

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EDMOND
© Alejandro Guerrero

  

Bref, ils sont dans les coulisses de leur propre théâtre puisqu' ''Edmond'' est la genèse d'une pièce qui va se créer sous nos propres yeux. C'est un régal de plonger dans l’univers de la création d’une œuvre et de voir ainsi les comédiens s'apprêter à jouer des acteurs en train de monter une pièce qui deviendra ''Cyrano''.

Lorsque le rideau se lèvera, le chien « Flaco » aura disparu de l’équipe présente ce soir-là. D’ailleurs à ce sujet, la distribution n'est plus la même qu'à ses débuts. Dans le rôle-titre, Guillaume Sentou avait reçu le Molière de la révélation masculine en 2017.  

Aujourd'hui Edmond est interprété par Benjamin Wangermee. Il incarne à merveille le dramaturge d'une trentaine d'années en proie au doute, en mal d'inspiration et tiraillé par la nécessité de nourrir femme et enfants.

En désespoir de cause, il propose au talentueux acteur alors en vogue Constant Coquelin une pièce héroïque, en alexandrins, mais n'en a que le titre. A lui d'imaginer en l'espace de trois semaines, délai imposé par Coquelin, une comédie digne du point départ qu'il a proposé sans grande conviction, un personnage avec un grand...nez. Cocasse ! Amusé bien que perplexe, Coquelin accepte le défi et encourage Edmond à créer un personnage à sa mesure.

 

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EDMOND
© Alejandro Guerrero

  

Coquelin est interprété par le truculent Jacques Bourgaux. En 2016, c'était Pierre Forest, lequel avait reçu le Molière du Comédien dans un second rôle. La troupe sur l'affiche actuelle se compose de vingt-six comédiens qui jouent en alternance.  

Edmond s'arrache les cheveux, en mal d'inventivité. Ce sont les histoires de coeur de son meilleur ami Leonidas (Lionel Erdogan) pour une habilleuse Jeanne (Sonia Bendhaou) qui vont être prophétiques.

Son ami ne sait comment exprimer son élan amoureux et implore Edmond de l'aider à le formuler en faisant appel à son talent d'écrivain romantique pour séduire la belle. Cette réalité vécue sera le levain de la future pièce d'Edmond Rostand.

Eurêka ! Leonardo deviendra Christian qui aimera Roxane et lui, l'homme de lettres, plein d'esprit, restera dans l'ombre, affublé d'un nez disproportionné et lui soufflera les mots tendres qui touchent un coeur épris.

 

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EDMOND
© Alejandro Guerrero

  

Cette réalité en train de se dérouler sous nos yeux devient source d'inspiration, se transpose dans l'écriture de la comédie et entraînera de nombreux quiproquos où s'entremêlent réalité et jeu théâtral.  

Sa propre femme Rosemonde (Juliette Lamboley), pourtant bienveillante et compréhensive, se montrera jalouse des vers passionnés et enflammés adressés à Roxane, la jeune femme aimée alors qu’une actrice de l'époque, très capricieuse, remettra des scènes en question compliquant d’autant les répétitions. Bien sûr, le poète essuiera des revers mais soutenu par Coquelin et la prestigieuse Sarah Bernhardt (Valérie Vogt), il parviendra à créer Cyrano de Bergerac.

A la fin d' ''Edmond'', Coquelin jouera avec panache le valeureux gascon lors de la générale, le 28 décembre 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Sarah Bernhardt, jouant ce soir-là à la Renaissance, se précipitera pour pouvoir assister à l'acte V.

Rostand, anxieux, craint un fiasco, ce sera un triomphe d'une portée inconcevable aujourd'hui, des applaudissements à n'en plus finir.

 

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EDMOND
© Theothea.com

  

Les décors rapidement escamotés et des jeux de lumière simples nous plongent dans des ambiances et divers lieux en quelques secondes, les costumes virevoltent, de nombreux personnages interviennent à l’instar de Feydeau et Courteline ainsi qu'un Ravel anachronique ou des producteurs corses irrésistibles de drôlerie en ajouts hautement fantaisistes…  

Les répliques fusent dans tous les sens, le rythme est effréné, la mise en scène peut paraître un tantinet brouillonne, il faut se laisser embarquer et ne pas lâcher les rênes du navire car çà tangue beaucoup et on peut se noyer.

Mais quel plaisir du jeu, quelle inventivité, et sur scène, la bande de comédiens fait mouche grâce à une énergie intarissable qui emporte les spectateurs dans son sillage ; cette troupe est fédérée autour d'une comédie qui met en exergue le dramaturge affrontant les affres de l'écriture et le montage théâtral. 

Car si on connaît bien Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, restant en arrière-plan, est effectivement la plume qui se cache derrière le charisme du grand personnage. Quel formidable tremplin pour créer un lien entre la vie et l'art, la réalité soumise à l'écriture qui engendrera un chef d'œuvre qui va le dépasser !

 

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EDMOND
© Theothea.com

  

Et peut-être que, à tout Seigneur tout honneur, l'auteur et le metteur en scène Alexis Michalik pourrait s'identifier « quelque part » à ce dramaturge qui a enfanté une comédie flamboyante au nombre incalculable de représentations.

  

   
photos 1 à 4 © Alejandro Guerrero
photos 5 à 7 © Theothea.com

    
EDMOND - **** Cat'S / Theothea.com - de & mise en scène Alexis Michalik - avec en alternance : Alice AllWright, Ary Gabison, Augustin Ruhabura, Benjamin Wangermée, Catherine Arondel, Christian Mulot, Christine Bonnard, Christophe Canard, Cyril Descours, Éric Mariotto, Eriq Ebouaney, Franck Vincent, Gall Gaspard, Jacques Bourgaux, Jeanne Guittet, Juliette Lamboley, Lionel Erdogan, Nathan Dunglas, Nora Giret, Pierre Bénézit, Raphaële Volkoff, Régis Vallée, Sandra Dorset, Sonia Bendhaou, Valérie Baurens et Vincent Viotti - Théâtre du Palais Royal
  

 

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EDMOND
© Theothea.com

 


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1 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 21 janvier 11:49

    Bonjour, Theothea

    Excellente pièce. Excellent film. Je recommande vivement les deux !

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