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HAYAO MIYAZAKI, un regard posé sur le monde

HAYAO MIYAZAKI, un regard posé sur le monde

 

De l’imagination du dessinateur, producteur et réalisateur Hayao Miyazaki, co-fondateur du célèbre studio Ghibli, naissent châteaux enchantés, esprits de la forêt, cochons volants… Mondes et univers des plus étonnants s’offrent à l’œil du spectateur qui, invité au voyage, se laisse guider vers des contrées lointaines, des espaces inexplorés. Les films d’animation d’Hayao Miyazaki, de Mon Voisin Totoro à Le Vent se lève, ont depuis toujours su séduire public et critiques. Que se cache-t-il donc derrière cette danse des formes et des couleurs savamment orchestrée par le maître japonais ? Sans aucun doute la singularité d’un regard sur le monde. Partons à la rencontre de ce créateur au coup de crayon inimitable.

 

Rencontre avec la culture japonaise

 

"Dieu est mort" paraît-il... Mais pour le réalisateur Hayao Miyazaki, les divinités semblent encore avoir leur mot à dire. Au sein du film Princesse Mononoké sorti en 1997, dieux et esprits de la forêt, mènent une lutte sans merci avec les humains qui, avides de richesses, aimeraient s’approprier la montagne sacrée. Créatures et monstres, en quête de repos, s’offrent quant à eux aux réjouissances et aux plaisirs des sources chaudes dans Le Voyage de Chihiro sorti en 2001. Comment alors ne pas penser au shintoïsme japonais ? Entre animisme et polythéisme, cette religion insuffle vie au monde qui nous entoure. Soleil, rivières, arbres sont autant de kamis qu’il convient de prier, de respecter si l’on ne veut s’exposer au malheur et à malédiction. À travers tout le Japon, des toriis, portails de bois généralement de couleur vermillon, marquent d’un trait élégant l’entrée de domaines sacrés où vivent des esprits éminents. Les contes et mythes de Miyazaki nous ouvrent alors les portes d’une culture et d’une tradition millénaire qui, sous le crayon du dessinateur, prennent des contours frais, renouvelés.

 

Nature et Culture

 

Pour l’Homme moderne, la séparation entre culture et nature semble des plus « naturelles », bien qu’elle soit remise en question par bon nombre de penseurs. L’anthropologie nous montre ainsi que la grande partie de l’humanité n’a pas opéré de façon tranchée cette distinction, n’a pas fait le choix de la différenciation. Les œuvres de Miyazaki, illustrant de façon magistrale le combat fratricide entre sociétés et forêts, mettent en lumière l’incontournable contradiction. Mais si cette discrimination entre nature et culture n’est plus pertinente, cela voudrait-il dire que la nature se bat contre la nature ? Que la culture serait en guerre contre elle-même ? Que l’Homme s’opposerait à l’Homme ? Les personnages charismatiques que sont Nausicaä de Nausicaä de la vallée du vent, ou Ashitaka de Princesse Mononoké, symbolisent de façon marquante ce désir de réconciliation entre les deux mondes. L’œuvre de Miyazaki est marqué du sceau de la pertinence : tout en proposant un spectacle visuel haut en couleur, elle sait cerner avec justesse les défis qui s’offrent aujourd’hui à nos civilisations.

 

 

Au-delà du bien et du mal

 

Le sempiternel affrontement entre les gentils et les méchants n’a pas lieu d’être chez Miyazaki. La réalité n’a plus à se séparer en deux pôles qui ne sauraient exister qu’en opposition l’un à l’autre. Le réalisateur japonais, percevant le monde dans toute sa complexité, fait s’entremêler enfer et paradis dans ses personnages. Quel regard poser sur Jirō Horikoshi, ingénieur en aéronautique chez Mitsubishi et créateur du célèbre « Zero » ? L’histoire condamne par principe, l’artiste questionne. Derrière la machine de guerre se cache une existence, un destin. Dans Le Vent se lève sorti en 2013, le réalisateur nuance donc les points de vue de l’histoire et dépeint la passion d’un jeune créateur d’avions dans le Japon des années 1920-1930. Cette manie chez Miyazaki de voir dans le réel plus qu’il ne donne à voir ne pourrait-elle pas trouver son origine dans l’ambigüité même du bouddhisme japonais ? Dans le sûtra du cœur (Hannya Shingyō), texte central dans la tradition Zen il est dit : « la forme n’est autre que la vacuité, la vacuité n’est autre que la forme ». Dans l’œuvre de Miyazaki bien et mal se côtoient, mais ne s’affrontent plus.

 

Miyazaki, c’est avant tout un regard qui se pose sur le monde. Un regard plein de clairvoyance qui, par le biais de l’animation, nous offre matière à divertissement mais aussi à réflexion. Si vous souhaitez rencontrer l’univers de ce créateur de génie, trois œuvres s’imposent :

  • Princesse Mononoké
  • Le Voyage de Chihiro
  • Mon Voisin Totoro

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2 réactions à cet article    


  • Montdragon Montdragon 18 septembre 22:46
    De la poésie un véritable univers une attraction vers un monde non (((pollué))) par le salmigondis démocrate une plongée directe vers une planète Japon qui prend ses sources dans une Europe, dont l’Italie pour Porco Rosso et le Château dans le Ciel, vivante et industrieuse.
    Quia tué tout cela ?

    Merci Miyazaki.

    • MKT 19 septembre 10:39

      @Montdragon

      Oui vous avez raison.
      C’est étonnant comme les artistes japonais peuvent s’inspirer et même intégrer une culture qui est très différente de la leur.
      Alors que nous serions bien en difficulté de faire de même.
      J’en veux pour preuve le chef d’orchestre Seiji Osawa ou de nombreux pianistes.
      Dans le domaine du Manga il y a eu Taniguishi.

      Une culture très étonnante, mais en même temps une grande dureté (la ballade de Narayama).

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