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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Jean Amadou, mine de rien, mine de rire

Jean Amadou, mine de rien, mine de rire

« Vous savez, les Français sont très très indulgents envers ce genre de procédé. Beaucoup plus indulgents que les Anglo-Saxons par exemple, parce que je pense qu’en France, finalement, entre les gars qui font sauter leurs contraventions, qui baladent leur petite amie dans les voitures de société, qui font des tas de petits trucs comme ça, ils se disent : oh, si j’étais à leur place [à la place des personnalités politiques impliquées dans des affaires judiciaires], peut-être que j’en ferais autant. Et c’est pour ça qu’on a cette indulgence. Et c’est ça qui est formidable chez nous, c’est qu’on n’a pas le puritanisme des Anglo-Saxons. » (Jean Amadou, le 6 janvier 2007 sur France 2).

Il y a dix ans, le 23 octobre 2011, disparaissait le grand humoriste Jean Amadou à 82 ans (né le 1er octobre 1929 à Lons-le-Saunier). Grand au moins par la taille (1 mètre 96). Il était pour moi un peu le grand-oncle qui venait au déjeuner familial le dimanche, il s’invitait régulièrement à la maison. C’était peut-être même le premier vrai invité par télévision interposée.

En effet, j’ai fait sa connaissance dans l’émission dominicale "C’est pas sérieux" qui était principalement animée par les deux lurons qu’étaient Jean Bertho et Jean Amadou, avec la participation aussi d’Anne-Marie Carrière. Sa voix grave, son sourire un peu timide, ses yeux réfléchis, Jean Amadou était le genre de personne posée, assurée et surtout rassurant, avec lui, on pouvait savoir où on allait. Amoureux de la langue française, il avait pourtant tout l’air d’un gentleman britannique, un peu pince-sans-rire. Mine de rien, mine de rire.

Pour moi, il faisait partie du monde, du moins, de mon monde, je l’avais toujours connu, ce monde, avec lui et sa disparition est de celle qui rappelle que le monde n’est jamais stable, qu’il évolue sans cesse, avec ses départs et aussi ses arrivées fracassantes, passionnantes. Jean Amadou, un meuble dans la vie politique, une institution, une référence.

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Il a toujours été très difficile de dire le métier de Jean Amadou. Certains se contenteraient de dire qu’il était "chansonnier", terme qu’il réfutait et qui ne lui correspondait pas du tout. Il expliquait qu’à l’origine, il était comédien. Sa grande taille et sa voix posée l’avaient fait naviguer vers la carrière de comédien, mais cela ne s’est pas passé très bien au début.

Lyonnais, il était monté à Paris pour faire du théâtre (il voulait aller à la Comédie-Française), mais quand il avait un rôle assez intéressant et assez long, les représentations ne duraient pas longtemps (une trentaine de fois), et quand il avait un très petit rôle, une ou deux répliques, la pièce était représentée pendant tout une année, si bien qu’il est resté longtemps dans sa loge où il écrivait un peu de texte et il est allé les soumettre au Théâtre de Dix-Heures à la fin des années 1950.

C’était le lieu des "chansonniers" les plus réputés, avec Jean Poiret, Michel Serrault, Maurice Horgues, Anne-Marie Carrière, Robert Lamoureux, Henri Tisot, Jacques Mailhot, un peu plus tard Thierry Le Luron, encore plus tard, Franck Dubosc, Élie Semoun, Dieudonné, etc. (le théâtre a été racheté en 1985 par Michel Galabru en 1985 pour promouvoir les jeunes comédiens). Engagé à l’essai pour trois mois, il y est resté quatorze ans !

Et ensuite, sa carrière l’a transformé en "saltimbanque" (il préférait cette qualification) et que j’appellerais humoriste politique, car s’il y a une chose qu’il avait, c’était l’esprit politique et nul doute qu’il aurait pu avoir la carrure des rudes hommes politiques des années 1970. Pour l’occasion de ce triste anniversaire de sa disparition, l’INA propose cette vidéo du dimanche 15 mai 1977 (dans l’émission "C’est pas sérieux") où Jean Amadou expliquait tous les trucs et ficelles des hommes politiques pour ne pas répondre aux questions qui fâchent. C’était un commentaire avisé du débat télévisé mémorable entre François Mitterrand (chef de l’opposition) et Raymond Barre (Premier Ministre) qui s’était tenu trois jours auparavant, le 12 mai 1977. Je ne peux pas techniquement mettre la vidéo ici mais on peut la voir à ce lien.

Ainsi, à partir du milieu des années 1960, Jean Amadou a multiplié pendant toute sa carrière les émissions d’humour politique, avec Maurice Horgues ("Ce soir, on s’égratine") et Philippe Bouvard ("Samedi soir"), qu’il a retrouvé dans les années 2000 ("Les Grosses Têtes" dont il était sociétaire de 2003 à 2010). Puis, déjà citée, dans l’émission "C’est pas sérieux" de 1976 à 1981 sur TF1 (émission qui fut arrêtée avec l’arrivée de la gauche au pouvoir). Jean Amadou a refait surface dès 1983 en cocréant le fameux "Bébette Show" avec Jean Roucas et Stéphane Collaro sur TF1 et il y a participé jusqu’en 1990. À noter d’ailleurs que François Mitterrand lui disait régulièrement qu’il adorait sa marionnette Kermitterrand ! Jean Amadou a participé aussi, de 1973 à 1990, à l’excellente émission d’humour politique animée le dimanche matin par Maurice Horgues sur France Inter, "L’Oreille en coin" aux côtés notamment de Jacques Mailhot, Françoise Morasso, Pierre Sarka, et de l’imitateur Yves Lecoq qui, capable d’imiter 188 voix, a fait le succès de l’émission rivale du Bébette Show, "Les Guignols de l’Info" de 1988 à 2018.

Humoriste politique, Jean Amadou n’a jamais caché ses sympathies pour la droite, et nourrissait une très grande culture de notre histoire politique, en particulier celle de la Troisième et Quatrième Républiques désormais peu connues de mes contemporains. Dans les quinze dernières années de sa vie, Jean Amadou faisait régulièrement une revue de presse politique au Théâtre des Deux-Ânes à Paris avec ses complices Jacques Mailhot et Jean Bertho. Une sorte de one-man-show (ou de several-men-show en fait) où il se faisait plaisir comme il a toujours su s’en épanouir, commenter l’actualité politique avec ses grincements de dents, ses formules chocs et son esprit satirique. Toute sa vie, il a publié des livres (une douzaine d’essais) chez Robert Laffont, où il dévoilait une plume aussi incisive que son verbe (dont "Que quoi je me mêle ?" en 1998 et "Je m’en souviendrai, de ce siècle" en 2000).

Pour faire un petit tour vidéo (ou plutôt audio) de Jean Amadou, je commencerai par ce petit sketch de sa réclamation au percepteur (je n’ai pas la date). Le texte prouve qu’il connaissait parfaitement les institutions, le vote de la loi de finances, la répartition du budget de l’État, etc. D’ailleurs, avec ce qu’il dit, il pourrait être possible de retrouver l’année du sketch.





Ensuite, un sketch avec Anne-Marie Carrière dont l’idée était de faire des interviews truquées en prenant des extraits de bandes-son de la voix réelle du supposé invité, ici Georges Marchais qui parle de ses méthodes amoureuses.





Je propose également un court extrait de l’émission de Laurent Ruquier "On n’est pas couché" du 6 janvier 2007. L’humoriste animateur a invité Jean Amadou pour évoquer la carrière d’Anne-Marie Carrière qui venait de mourir (le 29 décembre 2006). L’extrait est très intéressant car on y écoute aussi Valérie Pécresse et Éric Zemmour (chroniqueur attitré), tous les deux quinze ans plus jeunes (!), ainsi que Michel Polac qui a soldé un vieux compte qu’il avait avec Jean Amadou.





Enfin, voici deux émissions d’environ heure où Jean Amadou racontait sa carrière, sa vie. La première "Mémoire de radio" diffusée le 6 juillet 2003 (interviewée par Emmanuelle Dancourt) et la seconde "VIP" rediffusée par KTO le 7 avril 2012 (après sa mort), mais dont je n’ai pas la date d’enregistrement.









Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Garretto.
Jean Amadou.
Jean Bertho.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Combien valez-vous ?
Loft Story.
Abus d'autorité (1).
Abus d'autorité (2).
Maître Capello.
Piem.
Reiser.
50 ans après Charlie Hebdo.
Éric Zemmour.
Philippe Labro.
Romain Goupil.
Pierre Vidal-Naquet.
Dominique Jamet.
Olivier Duhamel.
Patrice Duhamel.
André Bercoff.
Jean-Louis Servan-Schreiber.
Alfred Sauvy.
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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7 réactions à cet article    


  • ZXSpect ZXSpect 23 octobre 18:50

    .
    .
    Sylvain, puis-je ajouter à votre article, une pépite que j’ai retrouvé dans mes archives... ce texte dédié à Marianne par Jean Amadou en 1977

    .
    A MARIANNE
    .
    « Oh ! Tu n’as pas eu une enfance très facile, tu avais un père autoritaire, militaire de surcroît, qui ne badinait pas avec la discipline. Il voyageait beaucoup, par monts et par vaux... du Québec libre à la mano in la mano... et quand il était à Paris, trop occupé pour veiller sur toi ! Alors, tu allais te faire cajoler par tes tontons.

    En as-tu des tontons !... Tonton Debré, un peu sévère, tonton Couve, et même des tontons qu’on t’interdisait de voir et qui, en cachette, te bourraient les poches de bonbons... Tonton Mitterrand et cousin Marchais. Sur le coup de tes onze ans, tu fis une grosse colère et ton papa se retira. Ton tuteur, tonton Pompidou, prit ton éducation en main. C’était un littéraire ; il t’apprit le Français et te parla d’Eluard. Et puis, tonton Pompidou mourut et tu eus un troisième père, un homme versé dans la Finance et qui, jusqu’alors, s’était occupé de tes intérêts. Très différent des deux premiers, plus explicatif, moins casanier... mais tu sortais seule le soir, et il arrive parfois qu’en revenant du bal, tu rencontres à la Grille du Coq ton troisième père qui revient de dîner chez des Français moyens...

    Tu as dix-neuf ans, c’est l’âge de toutes les folies et de toutes les illusions, l’âge de tous les rêves et de tous les espoirs... Tu as envie d’être amoureuse et tu ne sais pas encore très bien de qui ? Ce ne sont pas les prétendants qui te manquent et tu as encore jusqu’en 1978, l’âge de tes vingt ans, pour te choisir un fiancé. Le prendras-tu jeune, pour sa fougue ? Le prendras-tu plus âgé pour son expérience ? Avec tous les hommes qui te courtisent, fais la coquette, accepte les fleurs et les dîners... mais ne promets que du bout des lèvres, tant que tu n’auras pas choisi, du fond du cœur. Songes que tu es la cinquième de la famille et que tes soeurs aînées n’ont pas eu des destins faciles. Prends bien soin de toi, Marianne... et tu fêteras encore des dizaines d’anniversaires ! Rien n’est plus fragile dans le monde où nous vivons que les Républiques de dix-neuf ans...

    Jean AMADOU, 92-Neuilly.


    • Ce matin France Culture en grève, curieuse situation qui parle d’expérience. ….. ? Expérience qui mettrait en danger l’information !

      Quels que soient les choses , les intentions , la direction de radio France a scandaleusement affirmé son soutien à E Macron… ?


      • Clocel Clocel 24 octobre 07:50

        @SPQR audacieux complotiste chasseur de complot

        C’est pendant les grèves que Radio France diffuse ses meilleurs programmes.


      • Marengo 24 octobre 08:57

        Sujet sans intérêt.


        • ZXSpect ZXSpect 24 octobre 12:10

          .

          «  »

          Marengo 24 octobre 08:57

          Sujet sans intérêt.«  »

          .
          je vois au moins un intérêt dans l’article... celui d’avoir suscité ce commentaire pertinent smiley smiley

          • Jeekes Jeekes 24 octobre 16:53

            @ZXSpect
             
            J’suis plutôt d’accord avec toi, une fois n’est pas coutume.
             
            Ce commentaire est largement aussi pertinent que tes lamentables interventions de daube... C’est peut-être ça qui te défrise ?
             


          • ETTORE ETTORE 25 octobre 16:00

            desBah !

            Nous sommes sauvés !

            Tout le monde attend la montée des océans, qui vont submerger les côtes créant des migrations, et des famines....

            Eh bien non !

            Le seul Tsunami, bien réel, est le sieur Rakotonanobis, qui se paye le luxe d’avoir au moins 4 articles pas page affichées.

            Franchement le Giec, vous faites Chi....

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