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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > L’écrivain Eric Holder est décédé, tchao bel ami !

L’écrivain Eric Holder est décédé, tchao bel ami !

Souvenirs souvenirs et grande tristesse avec la disparition si subite d’Eric Holder chez lui, j’ai décidé de lui rendre un hommage à ma façon, loin des communiqués de presse habituels. Témoignages personnels de mon amitié fraternel et sans faille envers Eric, depuis mon arrivée dans le Médoc, il y a douze ans et mon immense tristesse de sa perte à tout jamais.

Une fois n’est pas habituelle, après plus de 500 articles au Mague sous le pseudo de la Singette, je reprends la plume et signe en tant que Franck dit Bart. En effet, sous le poids de l’émotion, je rends un hommage appuyé à mon ami médocain Eric Holder. Je tiens à adresser de tout cœur mes plus sincères condoléances à Lola sa fille et ses deux fis et son compagnon, à Téo son fils et à la maman d’Eric. D’autant plus, que Delphine Montalant, la compagne d’Eric nous a quittés subitement moins de trois mois plus tôt. !

 

Eric Holder a rendu son tablier d’écrivain et d’homme sensible, en début de cette semaine. Son fils, Téo a annoncé son décès samedi.

J’ai attendu cette annonce pour à mon tour exprimer mon immense tristesse.

Mercredi midi 23 janvier 2019, avec ma compagne J’Djica nous devions déjeuner avec Eric au resto le plus fameux du Médoc, chez mes amis Gilles et Marika à Vendays Montalivet. Nous avions rendez-vous à 12 h. Ne voyant pas Eric venir, malgré son enthousiasme au téléphone le dimanche précédent lors de notre toute dernière conversation, je me suis rendu à sa maison située à environ 10 minutes du resto. Et là, je frappais à la porte de la cuisine, pièce d’entrée. Sans réponse, la porte n’étant pas fermée à clé, j’entrais et je découvris le corps d’Eric inanimé étendu, la tête à l’orée de l’âtre de la cheminée. Son corps était froid et raide. Je n’en crus pas mes yeux et constatais qu’Eric était décédé. J’appelais les secours qui arrivèrent rapidement et confirmèrent son décès. Ils recouvrirent le corps d’un drap blanc et firent sortir la chienne et les deux chats qui étaient affamés.

 

Les corps morts dans notre société sont présentés de façon aseptisée pour rendre la camarde propre et acceptable, au point parfois de les embaumer pour garder une vision idéale de la personne. On nous prend souvent pour des mômes qui jouent à se tuer et se relèvent immédiatement après. Clin d’œil pas tenté d’un vu à la télé où leurs héros ne meurent jamais. Quant en vrai on est livrés à la réalité morbide en direct, qui plus est auprès d’un ami très cher, c’est difficile à assumer et à supporter. L’image du visage d’Eric est restée gravé dans mon esprit et me hante toutes les nuits depuis ce jour fatidique. Je remercie à ce sujet de leur soutien, J’Djica (qui elle aussi fut présente au triste spectacle), mais aussi mes sincères remerciements à Jacques, Gilles et Marika, Laurence, Michel….

 

Au cours du repas, je comptais annoncer mon intention d’entreprendre un livre d’entretiens avec Eric, concernant son parcours d’écrivain et aborder tous les thèmes qui lui tenaient à cœur. Etant donné qu’on s’entendait très bien, que nous partagions certaines affinités et que je l’avais déjà à plusieurs reprises interviewé. De plus, nous sommes nés la même année et avons baigné dans le même bain culturel. Il nous arrivait même parfois lors de conversations d’entonner la même chanson, par exemple de Robert Charlebois, à l’évocation du prénom d’une femme à consonance latine. Nous avions été également longtemps motards et vécu en Seine et Marne (région parisienne). Tous ces points nous rapprochaient. Eric évoquait aussi souvent le Médoc, sa terre d’adoption comme un espace de western.

A ce propos, je l’avais croisé il y a quelques mois au marché de Monta sur le stand de Delphine et il m’avait avoué s’être inspiré de mon article consacré à Ava, le film superbe de Léa Mysius tourné en partie à Monta. Il avait apprécié mes allusions au western dans le Médoc. Tu parles Charles pour un écrivailleur d’opérette que je suis, quel retour étonnant de la part d’un écrivain confirmé dont en plus trois œuvres ont été adaptées au cinoche.

J’étais venu de Seine et Marne suite à une mutation (quelques années après Delphine et Eric), j’avais abouti de mon propre gré dans le trou perdu de la Pointe du Médoc, voulant fuir la vie trépidante et asphyxiante de Paname. Le plus étonnant est de savoir qu’il m’aurait été plus facile de rencontrer Eric à Paris où la vie éditoriale est plus florissante, que dans le Médoc. Et bien non. J’avais lu son roman « La correspondante » et c’était tout pour ainsi dire.

J’avais joint les éditeurs d’Eric et de Jean Vautrin, lui aussi installé en Gironde et avait eu l’honneur de les rencontrer et manger à leur table respective. Le courant était passé immédiatement entre nous. Et comme Eric habitait à 10 kilomètres de chez moi, il était devenu un voisin accessible et humble.

C’est tout naturellement du monde que j’ai lu son roman, « De loin on dirait une île » cette épopée, cette invitation au voyage à moto pour venir s’installer dans le Médoc et tout de go je lui ai consacré un premier article.

http://lemague.net/dyn/spip.php?article5427

Puis j’ai suivi et couvert toute son aventure littéraire médocaine, avec mes premières interviews d’Eric pour ma rubrique « Gens du Médoc ».

http://lemague.net/dyn/spip.php?article6534

Et de fil en aiguille, à cette époque Delphine et Eric organisaient en été des soirées à la Bouquinerie qu’ils avaient inaugurée en invitant des artistes, gens de lettres et en avant la zizique. Des soirées festives et très ouvertes à tous les courants de création, avec repas auberge espagnole où Eric se montrait toujours très attentif à ses hôtes.

La bouquinerie ou l’amour du partage des livres :

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article7122

 

Il exerçait avec Delphine cette faculté si rare de s’intéresser aux personnes. Jamais par curiosité, mais par esprit d’empathie humaine et fraternelle, que j’ai si rarement croisé autour de moi.

De fait, Eric était très abordable et ne se s’asseyait pas sur son statut d’écrivain pour en mettre plein la vue et saouler son auditoire (comme certains autres pédants et puants dont je tairai les noms).

Au cours de l’année, la maison d’Eric et Delphine était toujours ouvertes aux visiteurs. Un café chaud les attendait pour les réchauffer à la bonne franquette, dans l’esprit de la chanson d’Herbert Pagani artiste multiculturel, d’un mélange festif, aux origines à la fois juives berbère et italiennes.

 https://youtu.be/rKo9t84u_5Q

Eric avait la musette en bandoulière apprêtée pour reprendre la route sur les pas de Kerouac.

Je me suis toujours demandé, au sujet les personnes que j’aime si nous vieillirions ensemble ou pas où si un méchant crabe ou autre saloperie nous séparerait un jour. C’est encore plus troublant avec les personnes de sa génération, avec lesquelles on partage forcément une épopée historique et des valeurs communes.

Pierre Vassiliu, autre grand voyageur, à deux reprises a réécrit une chanson en la transposant à deux périodes de son existence. Il s’est aussi posé avec humeur humour et dérision la question de la vieillesse et ses petites bassesses.

 https://youtu.be/3YSap-HvyfU

 

Eric s’intéressait aux vrais gens simples qui nous ressemblent. Il a été l’ami du garde champêtre de Vendays Montalivet. Quand il était dans la débine et le manque de fric, il n’hésitait pas à se servir de ses mains pour travailler et se nourrir en devenant ouvrier agricole, au point d’en proposer un personnage dans « Bella Ciao ».

http://lemague.net/dyn/spip.php?article6534

J’avais proposé à Eric de l’accompagner à la rencontre débat, autour de l’ouvrage « Les raisins de la misère » d’Ixchel Delaporte journaliste à l’Huma, qui avait lieu le vendredi 18 janvier à Moulis (Médoc). Il était très intéressé de découvrir comment les châtelains saignaient les serfs ouvriers agricoles sur leur propriété et distillaient d’énormes richesses sur la misère sans les redistribuer à la région. Seulement, il voulait avoir lu le livre auparavant et aller l’acheter à la librairie Corinne de Soulac. Quelle noblesse d’esprit !

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article9658

Eric était un homme ouvert sur la condition humaine qui le nourrissait par ses personnages toujours proches de la réalité et qui nous touchaient par leur naturel sans fard.

Il habitait une maison où on avait jeté la clé, un peu comme dans la chanson de Maxime Le forestier, revue et corrigée par Idir et sa maison berbère.

 https://youtu.be/h0ad8Dop5GM

 

Eric était éclectique et ouvert dans tous ses choix culturels et littéraires.

Il n’y a qu’à écouter ses choix musicaux lorsqu’il nous ouvrait sa discothèque pour France Musique.

https://www.francemusique.fr/emissions/la-discotheque-de/la-discotheque-de-l-ecrivain-eric-holder-11940

Invitation au voyage en permanence à travers les pages de ses livres et de ceux de la Bouquinerie ou ses bibliothèques, Eric était un passeur de vie.

 

Sous la voûte étoilée du Médoc où le vent tempétueux a soufflé aujourd’hui et toute la nuit, il voyage désormais sous d’autres cieux où les cycles de la Raison ne sont plus de bon ton. A chacune et chacun sa propre interprétation des arcanes de la mort.

Qui sait, s’il n’a pas rejoint Delphine, sa bienaimée. Nous le serons peut-être un jour quand viendra notre moment de partir à notre tour. Mais…

« Ne chantez pas la Mort, c'est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu'il est dit
Les gens du show-business vous prédiront le bide
C'est un sujet tabou... Pour poète maudit
 » (Jean-Roger Caussimon)

 

Ne comptez pas non plus sur moi pour me vautrer dans le morbide, moi qui hait la mort par-dessus tout, cette faucheuse de l’amitié qui laisse les médocains endeuillés par la perte de leur écrivain, si humain et joyeux amoureux des mots et des vrais gens.

Merci Eric Holder pour ton œuvre, ta chaleur humaine, ton amitié sans faille et nos moments mémorables à jouer avec les mots comme des papous dans la tête.

Je te considérais comme le frère que j’aurai tant voulu avoir

Tu nous survivras tous par ton œuvre littéraire si riche. Merci éclectique Eric !

Tchao et bon voyage, bel ami !

 

Pour entendre la voix chaleureuse d’Eric chez lui dans sa maison avec Delphine, un reportage en trois parties leur a été consacré en leur lieu de vie, des livres et de création.

 

 


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3 réactions à cet article    


  • nono le simplet nono le simplet 28 janvier 13:07

    bel hommage

    on vit toujours quand le cœur des amis parle de nous 


    • S.B. S.B. 28 janvier 13:14

      J’ai tellement aimé Mademoiselle Chambon, un livre à quelques mètres de moi au moment où j’écris ces mots. 


      • pepe 29 janvier 08:17

        bel hommage

        aussi ma generation envie terriblement la votre, avoir pu profiter d une retraite, ma generation va mourir excusez l expression triviale, mais la merde au cul, bah c est comme ca

        bien a vous

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