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L’hommage du 34e Festival du cinéma américain de Deauville à Spike Lee

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Les hommages constituent toujours un temps fort de ce Festival du cinéma américain. L’hommage à Spike Lee, riche en émotions, pour le cinéaste et le public du CID, n’a pas dérogé à la règle. A travers lui, c’est aussi à un cinéma engagé que le Festival rendait hommage et qui sait, si ce n’est pas aussi là le témoignage du soutien implicite de Deauville à l’un des candidats à l’élection américaine, décidément très présente dans ce festival, Spike Lee arborant constamment un tee-shirt ou une casquette Obama ou précisant lors de la conférence de presse « On va s’occuper de ça le 4 novembre », évoquant la cause de la communauté noire américaine, lequel Spike Lee a d’ailleurs aussi profité de son passage à Deauville pour se rendre sur les tombes du cimetière américain d’Omaha Beach.

 

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Mais revenons au cinéma, et au film que Spike Lee présentait en Première, Miracle à Santa Anna, à l’origine un roman de James McBride (également auteur du scénario) qui se déroule en Italie durant la Seconde Guerre mondiale. Quatre soldats afro-américains s’y retrouvent derrière les lignes ennemies lorsque l’un d’eux risque sa vie pour sauver un jeune garçon italien.

Ce film de 2 h 40, très riche, est avant tout un hommage aux GI’s afro-américains de la Seconde Guerre mondiale, 1,1 million de soldats auxquels aucun film n’avait rendu hommage jusqu’alors. Evidemment, on établit tout de suite la similitude avec Indigènes dans lequel Rachid Bouchareb rendait hommage aux soldats d’Afrique du Nord venus libérer la France, avec lequel il a notamment en commun son humanité et cette solidarité qu’il met en exergue.

Malgré (et peut-être aussi à cause de) un dénouement particulièrement mélodramatique et prévisible, Spike Lee réussit son récit « mystique et lyrique de compassion », comme il aime le définir. Au milieu des batailles sanglantes, d’un massacre inhumain, celui de Santa Anna, une Eglise à côté de laquelle des civils ont été massacrés par les Allemands, Spike Lee nous emporte dans un tourbillon aussi dévastateur que salvateur : une histoire d’amitié, d’amour, d’aventure, de lâchetés, de courage, de trahisons, d’héroïsme, et évidemment comme souvent chez Spike Lee, le plus convaincant des plaidoyers pour la tolérance et contre le racisme. Loin des préjugés raciaux des Etats-Unis, ces quatre soldats se sentent en effet enfin eux-mêmes.

Au-delà de l’horreur ce qui transparaît c’est la profonde humanité, solidarité entre des personnes qui auraient pu se haïr : des personnes âgées et des enfants, des Américains, des Italiens et des Allemands. Dans le film de Spike Lee, il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre : juste des hommes parfois impliqués dans un conflit qui les dépasse ou les broie, qu’ils soient Allemands, Américains, Italiens, adultes ou enfants, Noirs ou Blancs.

L’histoire, habilement construite débute par le meurtre d’un homme dans un bureau de poste new-yorkais, par la découverte d’une statue italienne que détenait le meurtrier, puis par un flash-back expliquant comment cet homme en est arrivé là et détenait cette statue. Entre-temps, en Italie, à l’époque contemporaine, nous découvrons un homme bouleversé par cette nouvelle dont nous devinons que cette histoire n’est pas étrangère à la sienne.

Si la construction peut paraître artificielle, elle fonctionne néanmoins et puis surtout ce n’est pas là que réside l’intérêt et la richesse de ce film : c’est dans la caractérisation de ses quatre soldats, aussi différents que complémentaires (le doux « géant en chocolat » Sam Train, illettré et superstitieux qui va sauver le petit garçon avec lequel il apprendra à communiquer, le sergent-chef Aubrey Stamps, cultivé et déçu par le système américain, le sergent Bishop Cummings, l’opposé de Stamps, arnaqueur, tchatcheur et séducteur, et l’opérateur radio Hector Negron, le meurtrier de New York), mais aussi dans la profonde humanité de ses personnages.

Une histoire poignante dépourvue de manichéisme. Un vibrant hommage à ces soldats qui ont combattu au nom d’un pays qui les ignorait ou les méprisait pourtant. Un film lyrique dans le fond comme dans la forme.

De l’horreur surgit un miracle : celui de la solidarité, de l’humanité, celui aussi où photographie, sons, interprétation, scénario, contribuent à un film d’une grande intensité, d’une grande conviction, à nous faire croire aux miracles, que l’on peut survivre à de tels drames, que le racisme devienne un terme désuet, inusité, mais malheureusement à entendre certaines réflexions, ne seraient-ce que de spectateurs deauvillais, il reste encore beaucoup à accomplir et Spike Lee n’est pas au bout de ses peines et de son combat. Espérons que le résultat de l’élection américaine, le 4 novembre, contribuera également à le faire avancer…

Le contraste est évidemment saisissant avec la soirée qui succède au film, le Dîner des Deauvillais, sous les lambris du Salon des ambassadeurs du casino de Deauville, en présence du jury, d’un Edouard Baer plus joyeusement décalé que jamais, mais aussi de Spike Lee. Le maire fait le tour des tables avec un sourire contrit et contraint posant à chaque table la même question et n’écoutant la réponse à aucune. Mon regard un peu désarçonné par ces contrastes, ces émotions contradictoires où cinéma et réalité se font un écho parfois ironique, ce dont Deauville n’est jamais avare, se pose sur le nom de ma table, celui d’un cinéaste auquel la cérémonie d’ouverture était dédié, celui d’un de mes cinéastes favoris et, si certains croient aux miracles, j’avais soudain un souhait féroce de croire aux signes du destin. Et tandis que les voix se perdaient dans le brouhaha, dans la musique agréablement assourdissante, je souriais à l’immortel Sydney Pollack, à la magie du cinéma et des hasards et coïncidences de l’existence…

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Sortie en France : le 22 octobre 2008. Je vous le recommande. Je vous en reparlerai à cette occasion sur http://www.inthemoodforcinema.com .

A suivre sur « In the mood for Deauville » : mon bilan de la compétition (j’aurai vu neuf films sur dix), la critique et le résumé de la conférence de presse de Maria Bello, William Hurt et Arthur Cohn pour The Yellow Handkerchief et Dan in Real Life de Peter Hedges avec et en présence de Juliette Binoche…

 

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Cet article est extrait du blog "In the mood for Deauville" (http://inthemoodfordeauville.hautetfort.com) en direct du 34e Festival du cinéma américain de Deauville.


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