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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « La Mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand

« La Mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand

Lu « la mauvaise vie » de Frédéric Mitterrand.

A l’âge où, malgré soi, s’imposent les premiers bilans, Frédéric Mitterrand fait le point sur son existence. Non pas son existence professionnelle, connue de tous. Mais la principale, celle que la plupart ignore.

Il ne le fait pas à la mode traditionnelle des biographes ou des mémorialistes qui recensent, par ordre chronologique, les faits et les dates, en prenant soin de ne rien oublier. Son parti-pris est différent : en 11 chapitres, il évoque autant d’épisodes caractéristiques d’une vie qui est, selon lui, ratée.

C’est peu dire que Frédéric Mitterrand se met à nu. Il se livre avec une exigence de transparence totale. Un désir de vérité absolu.

A mon sens, ce livre est d’abord un livre sur la séparation.

Séparation des êtres, quand il évoque ses amours de jeunesse impossibles. Cette frustration du désir, douloureuse.

Séparation du monde, quand il se voit contraint à taire, si tôt, ce qu’il est : « le glissement vers la clandestinité, l’état d’alerte permanente, s’amorcent ».

La séparation, dès lors, comme un mode de vie quand, pour assouvir ses désirs sans craindre les reproches ou les regrets, il multiplie les amours éphémères et tarifées dans les chambres interlopes de Bangkok ou Djakarta.

Il n’est probablement pas innocent, d’ailleurs, que le livre s’ouvre sur cette adoption de l’enfant marocain. Le voilà, à son tour, l’auteur d’un déracinement. Comme si, même pour construire son propre bonheur, il devait oeuvrer à la séparation d’autres êtres.

Pas innocent, non plus, que le livre se ferme sur les obsèques d’un ancien amant. Il était dit que ce livre serait celui de l’accomplissement impossible.

Mais la déchirure la plus vive, celle qui l’anime et le ronge en permanence, réside finalement en son for intérieur : c’est celle qui sépare ce qu’il est de ce qu’il voudrait être. Le drame de la femme qu’il aime mais qu’il sait ne pas pouvoir honorer. Cette vie qui l’oblige et dont il aimerait tant se détacher. La voilà, « la mauvaise vie ».

Et puis, il y a le style. Une capacité à restituer la mélancolie et le regret, à inspecter le tréfonds des âmes avec élégance. Le malheur, aussi, peut se vivre avec grâce et honnêteté.

C’est un livre de confessions qui sort du lot. Pour beaucoup, l’écriture est une thérapie qui soigne le mal-être. Pour Mitterrand, c’est un style qui sublime le malheur.


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