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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La pensée d’Edward W. Said : principe de vérité et conscience (...)

La pensée d’Edward W. Said : principe de vérité et conscience morale

Le 24 septembre 2003, meurt Edward W. Said d’une leucémie. Avec lui s’éteint une voix admirable, de celles qu’immortalise l’histoire.

[...] L’Orient et l’Occident

Ne peuvent plus être séparés.

Heureusement entre ces deux mondes

Se bercer, je le veux bien [...]

Goethe, Le Divan.

Trad. H. Lichtenberger.

Né en 1935 à Jérusalem, une partie de sa vie se déroule en Egypte, puis au Liban, avant que sa famille ne s’installe aux Etats-Unis, son père ayant la nationalité américaine. Il devient professeur de littérature comparée à la Columbia University de New York ; son œuvre traverse l’Atlantique, notamment grâce à L’orientalisme, ouvrage qui fait date et que les éditions du Seuil rééditent en 2005. C’est dire si, en ces temps de bouleversements, de déséquilibres gravissimes, cette voix méritait de s’adresser aux consciences.

Said, si on a salué ses travaux, pour autant ne bénéficie pas d’une bonne presse auprès de certains. Sa subjectivité - si palestinienne, par là prétendument sujette à entretenir des ressentiments - prête à des allégations qui entendent infirmer ses raisonnements. Stérile opposition, en réalité. Ceci, quand il est aisé de voir qu’il ne passe jamais à côté de la réalité, de l’histoire, des questions cruciales soulevées par l’existence dangereuse des clivages culturels. En effet, le principe dressant le particulier face à l’universel est, en ce qui le concerne, nul et non avenu. La souffrance et la misère sont traitées dans leur caractère largement universel, fort requérant d’éthique. Ne s’acoquinant avec aucun pouvoir, il est, tout compte fait, comme il définit lui-même la figure de l’intellectuel : « quelqu’un qui engage et qui risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse, quel qu’en soit le prix, les formules faciles, les idées toute faites, les confirmations complaisantes [...] » (Des intellectuels et du pouvoir, Seuil, 1996).

Le manque de scrupule des discours, du reste la complaisance de certains intellectuels, on en conviendrait, sont à la force les alliés de toujours, en tout cas particulièrement consultés. Or, la parole de Said, par son franc-parler, procède comme un réquisitoire. Elle s’élève tel un rempart face aux fabriques de thèses et toutes formes de préjugés. Face à un orientalisme nullement disposé à voir faire sa psychanalyse, elle montre qu’elle n’est prête à céder en rien à l’imposture. C’est alors qu’on invoquera l’expérience d’un homme guère réjouissante. Et qu’on passera sous silence la réserve où sa parole puise ses certitudes - soit, son indéfectible foi en l’homme.

Evoquer aujourd’hui Edward W. Said équivaut à rappeler aussitôt des sujets comme l’orientalisme, le postcolonialisme, l’identité, le choc des cultures - complexes car susceptibles d’entraîner vers des débats plutôt subjectivistes. Son nom décidément incarne une des voix arabes les plus écoutées en Occident, de celles qui entendent récuser nombre de mythes. D’ailleurs, l’idée de son livre, L’orientalisme, (1978 pour la version anglaise, 1980 pour la traduction française), est venue lorsqu’il a constaté combien en Amérique l’image de l’Arabe et du musulman était dénaturée. Cet état de choses, comme on le sait, n’est pas sans être catastrophique sur les rapports interhumains, lors même que les vieux démons du racisme et du mépris de l’autre sont maintenus en vie. Sur le plan littéraire, cela passe essentiellement par une esthétique de l’excès : l’Orient est schématisé, voire représenté à travers les traits grossis de la cruauté. Il est soumis aux paradigmes d’un ethnocentrisme fort étroit. Une simplification d’autant plus dangereuse que sciemment commise : les enjeux, visiblement, recommandent d’exacerber les différences. En partageant les habitants de la planète en cultures, en histoires, en traditions, en sociétés, en races, on signifie du coup l’importance des uns et la nullité des autres. On signifie le civisme et l’humanité des uns, l’incivisme et le peu d’humanité des autres. La réalité humaine, elle, dans cet ordre des choses, si elle n’est pas ouvertement décriée, se trouve gravement méprisée. Hélas, de la sorte, toute idée de communicabilité proscrite, l’affrontement manifestement n’est pas sans être recherché.

Aux idéologues gagnés au seul Occident, Said reproche de nier et/ou de méconnaître l’apport de l’Orient à la civilisation contemporaine. De fait, leur acharnement est tel qu’on les voit condamner cet autre, cet Orient musulman, à une régression inéluctable, refusant de considérer l’esprit dans son aspect éminemment humain. Les charges pesant contre cet Orient ne sont certes pas négligeables : elles sont élevées à la hauteur des déferlantes intégristes/terroristes qui prennent d’assaut l’espace politique dans certains pays arabo-musulmans. Les déterminations historico-géographiques, leurs analyses, les relèguent au second plan, quand elles ne les réfutent carrément. L’on campe sur des positions sectaires. Et l’on dérive, par conséquent, dans l’ordre de l’invective et de la mystification.

Le lien discours idéologique/domination des peuples est à ce point étroit que Said leur (les idéologues) impute une responsabilité capitale. D’aucuns estiment n’avoir avec l’Orient musulman d’autres rapports que ceux de la civilisation face à la barbarie. Aussi, si cette question des déséquilibres et des stratégies communicationnelles aura rarement laissé insensibles les intellectuels du monde épris de justice, Said, dont la spécialité est le comparatisme, aura-t-il cet avantage évident de la poser dans sa globale polyvalence : artistique, littéraire, politique, historique, culturelle, linguistique, etc. Mais contrairement à certains, quand bien même ses idées l’obligent à descendre dans l’arène, il refuse la surenchère, trace d’entrée de jeu son cadre. Il le veut d’autant plus affranchi que conforme à la raison. Il entend être un héritier et un continuateur des Lumières, y inscrivant tant sa défense du vrai que la rigueur de ses jugements.

Bernard Lewis condamne le monde arabo-musulman à une décadence irréversible, du fait de ce prétexte : il juge endémiques les secousses par lesquelles la pensée intégriste se manifeste. Son ouvrage, Les Assassins, est de ceux qui répètent à l’envi que la violence est l’âme même de l’islam. Des intellectuels engagent ainsi les cultures et les hommes dans des surenchères que d’aucuns, sans un rien de pertinence, qualifient de « choc des civilisations ». En fait, c’est là un refus de communion qui, s’il dénonce l’emprise très forte du communautarisme, ne relève pas moins de l’individuel, du psychologique, par là reste fort dépassable. Edward W. Said rétorque à ces critiques qu’il faudrait voir là plutôt une crise qui oppose l’esprit des Lumières à la pensée radicale, invoquant à juste titre ce contexte pour le moins tendu du Moyen Age européen. Il met en garde en tout cas contre toute uniformisation de l’image du monde arabo-musulman, toute réduction à ses traits les plus inconsistants. L’on sait que de ce contexte européen, médiéval, tendu, de surcroît obscurantiste, ont résulté l’esprit laïque et le repli de toutes les orthodoxies. Ainsi, d’ailleurs, que le rappelle Miguel Cruz Hernandez dans son monumental ouvrage Histoire de la pensée en terre d’Islam (Desjonquères, p. 854), quand il s’écarte nettement d’une façon simpliste - réductrice et dangereuse en outre - de tirer des conclusions : « [...]. Supposer que la culture arabe ou, plus généralement, islamique, serait par principe différente de l’ « occidentale », serait une erreur matérielle et méthodologique ».

Or, les Lumières aujourd’hui sont vidées de l’esprit originel qui est le leur - et cela n’est pas pour arranger la pensée, ni encore pour garantir son autonomie. A l’origine, il faut citer, entre autres, les médias et leur mise sous tutelle. Enjeux et intérêts représentent depuis déjà belle lurette la visée principale, sinon la seule visée du libéralisme, tandis que celui-ci était né des Lumières et que l’humain fut son horizon, voire son souci immuable et constant. Or la perte de l’humain, et son abandon, ne sont pas sans signifier l’exacerbation des différences. Et partant, la dissipation de toute communicabilité.

Said reste intraitable, s’agissant du concept de domination : les territoires conquis, insiste-t-il, le sont autant du point de vue géographique et économique que du point de vue culturel et idéologique. Sinon plus du culturel et de l’idéologique, tant ceux-ci constituent le ciment qui crédibilise et fait durer. Aussi trouve-t-il plus sensé aujourd’hui d’appréhender la question sans devoir séparer l’esthético-culturel et le réel, y compris en matière d’analyse artistique et littéraire. Ce lien, l’Occident a pris l’habitude de l’oublier, à la suite d’Emmanuel Kant. Le fait est que l’on ravale l’autre dans une sphère inférieure, dès l’instant que l’esprit de division est à l’œuvre. Certes, il est malaisé aujourd’hui d’éviter cette dissociation, mais des motifs éthiques et moraux le réclament.

La virulence de Said à l’encontre de l’orientalisme est évidente. Il est loin pourtant de le condamner de façon systématique. Bien des figures bénéficient de ses louanges - certains plus que d’autres, il va sans dire. Les orientalistes sont de deux sortes : ceux dont les discours font de l’Orient un simple objet de discussion, et ceux qui cherchent à mieux le connaître, qui en font un interlocuteur à part entière. Ernest Renan, bien qu’irréductible et farouche critique de l’islam, n’en a pas moins entretenu une correspondance avec Jamel Eddine Al-Afghani (1839-1897), dont La Revue des deux mondes conserve les traces. T. E. Lawrence et Louis Massignon, également, dont la relation au monde arabe dépasse le cadre de la simple sympathie. Pourtant, note-t-il, l’un comme l’autre ont servi les desseins impériaux de leurs pays respectifs. Ils laissent néanmoins de vibrants témoignages de leurs dialogues avec l’Orient, qui ont trouvé une bonne écoute de part et d’autre de la Méditerranée.

Said rend hommage à ces « expériences partagées et associées qui ont modelé » plus d’un regard. Il fait montre d’indépendance d’esprit et l’aptitude à faire la part des choses. Celui des orientalistes qui inspire le plus de respect reste incontestablement Jacques Berque, dont il admire la formation et les travaux remarquables. Il note chez lui de l’exigence. Ses examens et ses analyses sont aussi rigoureux que constamment affinés. Sa méthodologie, il l’élabore pour répondre à la seule matière étudiée - non pour marquer un attachement doctrinaire. Ce qui distingue Jacques Berque des autres orientalistes consiste en cette remarquable maîtrise des sciences humaines, qui lui permet d’apporter à son travail d’incessants correctifs. Bref, il n’est pas près, Jacques Berque, selon lui, de camper dans des considérations, reprises à loisir par certains, qui constituent le lieu de la simplification outrageuse.

Cet intellectuel, Said, doit son engagement à un complexe ancien - fort structurant de sa personnalité et fondateur nul doute de sa moralité. Les éléments biographiques, historiques et familiaux mettent en lumière un père exigeant et une mère davantage protectrice. L’affection éprouvée vis-à-vis de chacun des parents est par voie de conséquence disproportionnée. Visiblement contrastée, en fait, elle préjuge d’un souci chez l’enfant Said de synchroniser ses pendules. L’autorité paternelle impulse en lui une formidable exigence : se surpasser. Il y a là véritablement un rapport de force dont il doit pouvoir venir à bout par l’effort personnel, par la connaissance de soi et du monde.

Ceci, évidemment, sans dire que ce fut pour lui le seul défi à relever. N’oublions pas qu’il fut très marqué par l’inqualifiable misère des réfugiés palestiniens que ses nombreux déplacements lui faisaient rencontrer.

Trouver un terrain d’entente aux désaccords va du coup revêtir quant à lui l’allure d’une quête libertaire. Liée étroitement à une soif d’apprendre, cette quête le conduit très tôt à vouloir renverser la situation - tout au moins, à la transformer. Vouloir rendre les rapports plutôt équitables va donner un aspect humaniste autant que vital à ses démarches. On voit là comment et par quel site s’articule la pensée politique de Said. C’est une entreprise de réhabilitation, procédant tant du niveau individuel que collectif. Elle se déroule dans la confrontation, et en tout cas la considération de l’autre. En dépendent le retour de l’image de soi et l’élaboration d’un savoir exemplaire. Les travaux de Said affichent une disposition à faire de réelles concessions : la distance est chez lui réduite, et la peur reculée, dès lors que la connaissance émane des sources de la bonne foi. Dès lors que l’autre est perçu à l’aune de la suprême justice, soit celle qui, dans l’absolue intimité, rend honteux tout égocentrisme. La démarche est certes subjective, elle peut certes contredire l’esprit de partage dont Said est en fait un défenseur et un promoteur. Mais l’individu n’en pare pas moins ainsi à son anéantissement.

Dans le langage de Said ressort une notion qui a nom de « conscience morale et politique », qui interpelle ce qui reste de lumière dans le cœur des hommes. La responsabilité est personnelle, et non moins collective, qui accompagne ses perspectives. Elle gouverne sa pensée, lui intimant certes de donner corps à une parole par laquelle il peut se repositionner, à laquelle du reste l’autre saura prêter une oreille. Et de fait, au grand dam des murs haut érigés, il saura se faire entendre. Sa parole se veut être le signifiant qui pallie l’objet manquant. Intransigeante et cependant merveilleuse : elle ne désarme devant nul faux-semblant. L’enjeu, si tant est qu’il y ait enjeu, consiste dans la seule libération. Quoi de plus simple, et plus légitime.

En définitive, il faut se garder de penser que la critique de Said serait justifiée autrement que par le principe chez lui inviolable du rapprochement des peuples et des cultures. Nuance donc à souligner particulièrement, tant elle rappelle que le débat est de l’ordre de l’humain, non des enclaves. Et si un seul mot pouvait caractériser le souci de cet homme : vérité.

Lire

Quelques ouvrages d’Edward W. Said

Des intellectuels et du pouvoir
, Le Seuil, 1996

L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Le Seuil, 1997, 1980 et 2005

Culture et impérialisme, Fayard/Le Monde diplomatique, 2000

A contre-voie, Le Serpent à plume, 2002


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15 réactions à cet article    


  • PPFfff (---.---.159.156) 5 septembre 2006 14:15

    C’est fou ce qu’on peut rien dire en 50 lignes.
    Encore un penseur du rien.


    • André Fasbendair André Fasbendair 5 septembre 2006 18:17

      holala c’est trop long ... ... légèrement pompeux cornichon, ... et pas trop dans l’actualité ... mais bon, ... je suis pas arrivé à la fin, ... smiley


      • Spirou (---.---.201.52) 5 septembre 2006 19:30

        La pensée d’Edward W ou l’aveuglement idéologique Je crois que vous n’avez pas lu « L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Le Seuil, 1997, » avec assez de distance critique (recherche totalement partiale ne respectant même pas les normes fondamentales d’un travail de maitrise, sans parler de ces formidables erreurs factuels indigne d’un étudiant en deuxième année d’histoire)

        Dans son « best-seller », Said dénie aux orientalistes occidentaux la capacité de comprendre l’Orient(enfin du proche-orient arabe puisqu’on se rend compte au fil des pages que l’orientalisme se résume à cette seule aire géo-culturel...) au nom d’un déterminisme culturel. Involontairement (?), il peint un portrait de l’Occcident dont les traits ressemblent étrangement à ce qu’ils reprochent aux orientalistes......

        Pouvez-vous rédiger un article sur Edward said et l’influence du tiers-mondisme dans les universités françaises ?

        En revanche, votre article est très intéressant en tant que document.


        • Jean-Marc (---.---.180.203) 5 septembre 2006 21:01

          Edward Said est en France un secret bien caché. Les médias traditionnels français parlent très peu de celui qui est un intellectuel célébré à travers le monde. Rarement une oeuvre académique et universitaire aura eu un tel impact sur le monde, par sa profondeur et son humanisme.

          Le commentaire qui parle d’erreurs factuelles est ridicule. Qu’il nous en cite une seule. Le livre a été traduit en cinquante langues. Et les spécialistes US des études orientales ont considéré qu’il était le livre le plus important de ces cinquante dernières années. (étude de Yale publiée en 2003)


          • Mohammed-Salah ZELICHE M-S. ZELICHE 5 septembre 2006 23:10

            @ Jean Marc

            Merci pour la précision que vous apportez. L’oeuvre d’Edward W. Said en effet est en soi une réponse suffisante à ses détracteurs - ceux d’aujourd’hui comme ceux d’hier.


          • Spirou (---.---.207.19) 5 septembre 2006 23:35

            « Qu’est-ce que les Lumières ? La sortie de l’homme de sa minorité dont il est lui-même responsable. Minorité, c’est-à-dire incapacité de se servir de son entendement (pouvoir de penser) sans la direction d’autrui, minorité dont il est lui-même responsable (faute) puisque la cause en réside non dans un défaut de l’entendement mais dans un manque de décision et de courage de s’en servir sans la direction d’autrui. Sapere aude ! (Ose penser) Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières. » Emmanuel Kant


          • La Taverne des Poètes 5 septembre 2006 22:46

            Vous êtes conscient que vous écrivez sur Internet là ? Bon courage pour les lecteurs !

            Je ne connaissais de Mohammed Dib (que vous citez dans votre cv) que le recueil « Ombre gardienne » que j’ai dans ma bibliothèque. Et oui je sais : quelle inculture ! Mais tout le monde n’est pas chercheur en littérature. (ça c’est top sur un cv !) Merci de nous avoir fait découvrir Edward W. Said.


            • (---.---.245.193) 5 septembre 2006 23:05

              Merci Poète, de nous révéler notre crétinerie. Mais nous nous rassurons cependant : Vous êtes aussi sur internet ! Bienvenue au club ! smiley


            • Mohammed-Salah ZELICHE M-S. ZELICHE 5 septembre 2006 23:47

              @u Poète

              Que se passe-t-il La taverne des poètes ? Pourquoi top ? Pourquoi pas top ? Le savez-vous : Je connais presque tout le monde ici - y compris vous ... et vos articles, qui ne tendez pas moins à être top. Mais bon, moi je préfère vous dire que vos positions ont si souvent été les miennes. Mais vous ne le savez pas... Salut Poète.


            • Spirou (---.---.207.19) 5 septembre 2006 23:03

              « Le commentaire qui parle d’erreurs factuelles est ridicule. Qu’il nous en cite une seule. Le livre a été traduit en cinquante langues. Et les spécialistes US des études orientales ont considéré qu’il était le livre le plus important de ces cinquante dernières années. (étude de Yale publiée en 2003) »

              Je dirais simplement que Edward Said n’est plus que célébré en France. En revanche, son « best-seller », a été boudée en France à sa sortie car un certain nombre d’islamologue français ont considéré à juste titre qu’il s’agissait d’un pamphlet plutôt qu’une étude universitaire sérieuse.

              Je crois que l’ânerie la plus flagrante se situe( p.59 version anglaise à chercher dans la version française) où il croit que les armées musulmanes ont conquis la Turquie(xi siècle) avant l’Afrique du Nord (vii siècle).

              Commme l’auteur de cet article a cité des vers de Goethe et que Said en a cité d’autres dans son célèbre ouvrage, je ne peux m’empêcher de relever une de ses grossières erreurs de traductions. En effet, le niveau d’allemand de Said est semblable à celui de son niveau d’arabe classique.... Par exemple, (p.167) il traduit « Gottes ist der Orient ! Gottes ist der Okzident ! » par Dieu est à l’Orient . Dieu est à l’Occident" Je vous laisse le soin de corriger.

              Personnellement, la lecture de son livre m’a fait bondir lorsqu’il date l’orientalisme du xviii siècle et qu’il situe ses principaux centres en France et en Grande-Bretagne et qu’il minimise l’apport allemand alors que ce dernier est fondamental

              Et je ne parle pas de son conditionnement idéologique de l’époque qui l’empêche de parler de critiquer les orientalistes russes(enfin soviétiquepourtant ce sont eux les plus grossiers et les plus méprisants sur l’islam à lire les théses de TOLSTOV sur mahomet)

              Si vous voulez une critique érudite de l’orientalisme, je vous conseille les écrits de Tiwabi et Khatibi sans oublier l’oeuvre de Najib al-Aqiqi.

              Nb : Le titre en lui même est une erreur.


              • (---.---.180.203) 6 septembre 2006 11:04

                « il date l’orientalisme du xviii siècle et qu’il situe ses principaux centres en France et en Grande-Bretagne et qu’il minimise l’apport allemand alors que ce dernier est fondamental »

                Vous n’avez pas compris l’objet principal du livre. Il ne s’agit pas pour lui de faire une anthologie de l’orientalisme, mais de voir comment l’orientalisme a été mis à profit depuis 1798 par les empires français et britanniques dans leur conquêtes de l’Orient. D’où l’absence de l’Allemagne.


                • Spirou (---.---.207.19) 6 septembre 2006 15:07

                  « Vous n’avez pas compris l’objet principal du livre. Il ne s’agit pas pour lui de faire une anthologie de l’orientalisme, mais de voir comment l’orientalisme a été mis à profit depuis 1798 par les empires français et britanniques dans leur conquêtes de l’Orient. D’où l’absence de l’Allemagne »

                  C’est votre point de vue pourtant les citations d’edward said sont claires dès le départ : Edward Said affirme ’l’orientalisme provient des rapports de particulière intimité vécus par la Grande-Bretagne et la France et l’Orient, "(p.4 version anglaise)

                  encore plus explicite mais se contredisant au niveau chronologique puisqu’il voit une continuité de l’orientalisme depuis l’époque d’Homère (sic) !!!! « but but especially from the Enlightenment to the present.(...) »every European, in what he could say about the Orient, was a racist, an imperialist, and almost totally ethnocentric p.204

                  - Quid de l’essentialisme chez Edward W. Said ?

                  Autre citation d’ignardise manifeste sur le sujet : « (...)je crois aussi que les démarches capitales dans l’érudition orientaliste ont été perfectionnées par les Allemands[...]. L’oeuvre de l’érudition allemande a été de raffiner et de perfectionner des techniques s’appliquant à des textes, à des mythes, à des idées, et à des langues recueillis presque littéralement en Orient par l’Angleterre et la France impériale » (p.17-18 dans la version anglaise)

                  Comment peut-on discuter de l’orientalisme en ignorant l’histoire de cette discipline ?


                  • Mohammed-Salah ZELICHE M-S. ZELICHE 6 septembre 2006 18:36

                    Permettez-moi de vous dire ceci :

                    Vous ne démontrez rien de pertinent ni sur le plan historique ni sur le plan analytique. Encore moins sur le plan méthodologique. En revanche, on remarque dans vos propos une intention de porter atteinte à la figure (fort symbolique, nul doute) de l’intellectuel qu’est Said. Ce que vous ne savez pas faire. Car, lors même qu’on use de termes comme « ignardise », « aveuglement idéologique », et qu’on dit de quelqu’un dont l’oeuvre est respectée mondialement, qu’il n’est pas capable de commettre un travail de 2è année d’histoire, on apporte la preuve même de son manque de disponibilité à discuter/dialoguer - sereinement. Or notre propos est le dialogue. Vous devriez donc, et cela est tout à fait dans l’ordre des choses, dépasser vos préjugés, à la rigueur dépasser votre exaspération - avant de reprocher avec une telle légèreté à un humaniste de cette envergure de n’être pas assez rigoureux.

                    Vous dites : « Comment peut-on discuter de l’orientalisme en ignorant l’histoire de cette discipline ? »

                    Cette question, Monsieur, par laquelle vous feignez de vous indigner/étonner, si j’étais méchant je vous l’aurais posée dès votre premier post. Car vous dérivez, laissez le fond du problème, recherchez visiblement la polémique. Vos bribes, glanées par-ci par-là dans le texte de Said, n’ont de consistance que celle que vous voulez leur prêter.

                    J’aimerais pour répondre à vos allégations vous opposer l’avis de cet éminent chercheur, Tzvetan Todorov, à qui il serait difficile de reprocher une quelconque méconnaissance des textes, qui a préfacé l’édition de 1980 :

                    « Le champ eût été trop vaste s’il avait fallu l’embrasser dans son entier. Said en a donc choisi un seul segment mais qui est particulièrement intéressant, significatif, riche : il a opté pour l’autre extérieur plutôt qu’intérieur (à la différence d’un Hans Mayer qui a consacré son Aussenseiter aux femmes, homosexuels et juifs dans notre société) ; de tous les extérieurs il en a choisi un : l’Oriental, et il s’est même concentré sur l’une de ses versions, l’homme du Proche et du Moyen-Orient, musulman et arabe ; de tous les discours il n’a retenu que les plus révélateurs, ceux tenus en France, en Angleterre et aux Etats-Unis ; et il s’est limité à une seule époque (mais elle est évidemment essentielle) : le dix-neuvième et le vingtième siècle. Ce sont là des restrictions importantes, et pourtant elles ne diminuent pas vraiment la portée de son analyse : il est facile de voir au prix de quels ajustements elle pourrait s’appliquer à d’autres temps, à d’autres espaces. C’est même cette spécificité du discours de Said qui en assure, paradoxalement, la généralité. » (L’Orientalisme, préface de Tzvetan TODOROV à l’édition de 1980, pp. 7-8)

                    J’espère que ce passage pourra apporter suffisamment d’éclairage.


                  • Spirou (---.---.227.160) 6 septembre 2006 20:23

                    « qu’on dit de quelqu’un dont l’oeuvre est respectée mondialement, qu’il n’est pas capable de commettre un travail de 2è année d’histoire, on apporte la preuve même de son manque de disponibilité à discuter/dialoguer - sereinement »

                    Je crois que vous déformez mes propos.

                    J’ai dit le 5 septembre 2006 à 19H30 « sans parler de ces formidables erreurs factuels indigne d’un étudiant en deuxième année d’histoire »

                    J’ai dit dans le même post « recherche totalement partiale ne respectant même pas les normes fondamentales d’un travail de maitrise »(Il s’agit bien de la même phrase mais l’une des critiques portent sur le fond(erreurs factuelles indigneetc et l’autre sur la forme(normes fondamentales etc)

                    Rappel un étudiant en deuxième année n’a pas la méthodologie nécessaire pour effectuer un travail de maîtrise. En revanche, il dispose déjà de certaines connaissances élémentaires.

                    Sur le fond j’ai donné un exemple :« Je crois que l’ânerie la plus flagrante se situe( p.59 version anglaise à chercher dans la version française) où il croit que les armées musulmanes ont conquis la Turquie(xi siècle) avant l’Afrique du Nord (vii siècle). »

                    Pensez-vous qu’un étudiant en deuxième année d’histoire est capable d’affirmer une telle CHOSE ?(mais j’aurais pu citer une autre bourde cf p.17 sur la domination de la méditerranée orientale ou lorsqu’il affirme p.35 que l’Egypte fut annexé par l’Angleterre)

                    Pensez-vous qu’un germanophone ayant deux ans d’allemand soit incapable de repérer un génétif dans une phrase ?

                    Il atteint encore un sommet lorsqu’il affirme« (...)aucun des grands périodiques consacrés aux études arabes n’est publié actuellement dans le monde arabe » Pourtant, il aurait pu en citer trois majeurs : la revue de l’académie arabe(Syrie), revue d’histoire maghrébine (Tunisie), al-Abbath(Liban).


                    • aeros (---.---.29.169) 8 septembre 2006 23:03

                      encore un enculeur de mouche... vite mon advil !

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