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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « La Visite de la Vieille Dame » revancharde au Vieux-Colombier

« La Visite de la Vieille Dame » revancharde au Vieux-Colombier

Qui penserait que la vraie motivation d’une vieille dame puisse être, au soir de sa vie, la volonté de vengeance, nourrie, sans relâche, depuis que jeune fille de 17 ans, elle dut quitter le havre de ses amours, congédiée enceinte, à la fois par son fiancé et toute la communauté du bourg ?

C’est ainsi qu’à 62 ans, revenant sur les lieux de sa répudiation, Claire Zahanassian arrive, au toupet, en gare de Güllen, accueillie par l’ensemble des notabilités comme une véritable impératrice annonciatrice de temps meilleurs pour le village en pleine récession.

Ceci dit, c’est en jouant délibérément cartes sur table, que Claire (Danièle Lebrun) d’emblée posera les termes de l’enjeu, à prendre ou à laisser :

Le don d’un « milliard » à se partager a parité entre les institutions et la population, serait le prix pour « acheter » la Justice et par voie de conséquence la tête d’Alfred (Samuel Labarthe) qu’elle avait tant aimé… au point de vouloir le faire trucider quarante cinq années plus tard.

Cela, néanmoins, n’empêchera point les deux anciens amants de revisiter les lieux du bonheur de leur jeunesse, en s’épanchant sur la nostalgie de ces moments heureux.

Par ailleurs, telle une main de fer dans un gant de velours, la vieille Dame est aussi venue avec l’idée de célébrer ses énièmes noces nuptiales, avec son prétendant du moment, qui garantiront ainsi une couleur festive, en toile de fond, à l’assassinat programmé de l’homme qui, jadis, a brisé ses rêves.

La trame conductrice de cette tragi-comédie repose principalement sur l’évolution par étapes du revirement psychologique des concitoyens, d’abord totalement voués à la cause d’Alfred pour ensuite rejeter celle-ci radicalement en fin de processus vénal.

Cette stratégie des alliances, se modifiant au prorata des intérêts collectifs et individuels à moyen terme, se constituera en paradigme de la fable de Friedrich Dürrenmatt que la mise en scène de Christophe Lidon préférera, elle, assimiler à un conte.

Évacuant ainsi la problématique de l’éthique au profit d’un esthétisme imaginaire, cette création au Vieux-Colombier ne convainc qu’à moitié, en l’occurrence celle par laquelle le jeu des acteurs se marie au sein d’un expressionnisme emphatique en prise avec l’absurdité comportementale.

En revanche l’intensité dramatique n’étant pas relayée par une ambition civique et sociale, les tensions émotionnelles et vitales se dissolvent nécessairement dans une tonalité d’indifférenciation.

Ce parti pris d’amoralité appliqué en prisme scénographique par Christophe Lidon permet aux comédiens du Français ( y compris les nouveaux pensionnaires Didier Sandre & Pauline Méreuze ) d’étalonner leurs jeux sans arrière-pensée inhibitrice de mauvaise conscience mais ôtent quelque peu l’impact d’identification du spectateur en neutralisant tout processus, pourtant sain, d’antipathie.

photos © Cosimo Mirco Magliocca / collection Comédie-Française

LA VISITE DE LA VIEILLE DAME - **.. Theothea.com - de Friedrich Dürrenmatt - mise en scène Christophe Lidon - avec Yves GASC, Simon EINE, Gérard GIROUDON, Michel FAVORY, Christian BLANC, Céline SAMIE, Christian GONON, Danièle LEBRUN, Samuel LABARTHE, Noam MORGENSZTERN, Didier SANDRE, Pauline MÉREUZE, Fabrice COLSON & Xavier DELCOURT - Théâtre du Vieux-Colombier

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2 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 10 mars 2014 10:37

    Bonjour à tous.

    Je ne sais pas ce que vaut la mise en scène, mais cette pièce de Durrenmatt est un bijou d’intelligence et d’acuité humaine, à l’image de toute l’œuvre de l’auteur (La panne, Le juge et son bourreau, etc.)

    Quant à Danielle Lebrun, c’est l’une des meilleures actrices françaises.


    • Theothea.com Theothea.com 10 mars 2014 14:00
      En réponse à Fergus :

      1) Bien sûr, entièrement d’accord avec vous pour Danièle Lebrun !
      2) Etait-ce vraiment pertinent de faire une mise en scène sous forme de « conte » plutôt que de traiter la pièce de Durrenmatt en « fable » ? 
      Cette question reste ouverte ! 

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