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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le centenaire flamboyant de Chu Teh-Chun

Le centenaire flamboyant de Chu Teh-Chun

« L’inspiration que j’ai suivie trouve son unique source dans la nature et son mode d’expression privilégié est le lyrisme. La création procède de la pure spontanéité : elle consiste, selon la maxime taoïste, à "laisser jaillir l’émotion intérieure". Il en résulte sur mes toiles un langage pictural où la couleur et le graphisme, sans jamais coïncider, concourent au même but : éveiller la lumière, les formes et le mouvement. » (Chu Teh-Chun, le 3 février 1999 à Paris).



L’artiste peintre franco-chinois Chu Teh-Chun, connu pour ses paysages abstraits et son abstraction lyrique, est né il y a 100 ans le 24 octobre 1920 à Baitou Zhen, dans la province de l’Anhui, en Chine, et est mort à 93 ans le 26 mars 2014 à Paris. Sa dépouille repose au Père-Lachaise. Il est le représentant éclatant du mélange étonnant de l’Orient et de l’Occident.

Il y a quelque temps, j’avais évoqué son œuvre qui m’avait particulièrement séduit par son caractère d’origines multiples : d’inspiration à la fois chinoise et européenne, ses toiles foisonnent de couleurs, de couleurs dynamiques, et font, en ce qui me concerne, sens et émotion. Un véritable festival de couleurs qui donnent à son œuvre une mesure d’une philosophie optimiste.

Un film documentaire inédit, consacré à Chu Teh-Chun à l’occasion de son centenaire, réalisé par Christophe Fonseca et produit par Les Films de l’Odyssée, a été projeté en avant-première ce jeudi 22 octobre 2020 à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, à Paris, et il sera également projeté le 5 novembre 2020 au MAMCO à Genève et le 10 novembre 2020 à l’Opéra de Shanghai.





Chu Teh-Chun s’est installé en France, à Paris, en 1955, a pris la nationalité française en 1980 et est même devenu académicien français, élu le 17 décembre 1997 à l’Académie des beaux-arts, comme son collègue et contemporain Zao Wou-Ki (élu le 4 décembre 2002). C’est dire si la France l’a accueilli avec honneurs et intérêts pour enrichir ce qu’on pourrait appeler "l’art français" et le faire rayonner dans le monde.

Ce fut le sculpteur Jean Cardot, qui vient de disparaître le 13 octobre 2020, qui avait reçu solennellement Chu Teh-Chun le 3 février 1999 sous la Coupole, avec ces premiers mots : « Chaque artiste est à lui seul un univers. Celui que fait apparaître votre œuvre offre une richesse inégalée dans l’art contemporain. ».

Et d’expliquer la mécanique de Chu Teh-Chun : « Tout au long de votre parcours, la figuration s’est intériorisée. Elle n’est pas éliminée, elle est devenue un contenu spirituel transmis de façon immédiate, hors des formes connues. Ce processus engendre un espace que Maurice Panier qualifie de "multidimensionnel". Jean-Clarence Lambert y voit "une poétique de l’espace naturel". Hubert Juin note : "Je me persuade que Chu Teh-Chun n’est nullement un peintre ‘abstrait’. Il ne peut du tout s’isoler de la saveur du monde". Et Pierre Cabanne déclare à sa suite : "Chu Teh-Chun a créé un pays où l’on n’arrive jamais sinon dans ses tableaux. Il a d’ailleurs hésité longtemps avant d’y entrer, puis il s’est décidé à le regarder, à l’écouter, avant de s’en imprégner et de le pénétrer de plus en plus profondément". (…) "Quand je travaille dans mon atelier", expliquiez-vous au cours d’une récente conversation, "il n’y a pas de distance entre la Nature et moi, nous ne faisons qu’un". Cette forme vivante à laquelle vous vous identifiez construit l’unité sans faille de votre œuvre. Nous voyons en vous un artiste dont la puissance créatrice a su dominer une expérience d’une rare amplitude. L’envergure de votre personnalité confère à notre Académie un rayonnement nouveau qui s’étend bien au-delà de nos frontières. ».

Parmi les inspirations d’autres peintres, deux furent majeures dans l’œuvre de Chu Teh-Chun. Celle de Nicolas de Staël qu’il a découvert lors de la rétrospective de 1955 au Musée d’art moderne de Paris. Chu Teh-Chun a dit dans une interview à la revue "Artist" de Taipei publiée en 1978 : « De Staël fut pour moi une grande révélation. Auparavant, j’étais un peintre objectif, mais à présent, je ne m’intéresse plus à cette façon de peindre, parce qu’après avoir commencé à étudier la peinture abstraite, j’ai ressenti profondément et avec évidence la liberté d’expression dont elle témoigne. ».

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L’autre grande inspiration fut Rembrandt, découvert lors de l’exposition en 1969 à Amsterdam pour commémorer le tricentenaire de Rembrandt. Voici ce que disait Jean Cardot de cette rencontre : « Là non plus, on ne saurait parler d’influence ni même de parenté. L’affinité est plus profonde : Rembrandt vous a frappé par la qualité, on serait tenté de dire, par la vérité inégalée de son œuvre, au-delà des époques et des styles. Il vous a incité à remonter toujours plus loin vers les sources de l’art. À mesure que vous avancez, le graphisme procède plus librement, selon des tracés plus souples et les courbes qui s’intègrent à la composition pour en accentuer les contrastes. ».

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Les experts Frédérick et Pauline Chanoit ont aussi évoqué cette inspiration : « Pour Chu Teh-Chun, Rembrandt exprime au travers de sa peinture les deux principes fondamentaux d’action et de réaction de la cosmologie chinoise : le yang, lumière et chaleur, et le yin, obscurité et humilité se combinant de manière complémentaire et contradictoire. ».

Depuis la disparition du grand maître, ses toiles ont enflammé le marché de l’art et les salles des enchères. Le dernier record date du 8 juillet 2020 où un polyptique à cinq panneaux de 1983-1984 a été adjugé par Sotheby’s à Hong Kong pour 12,9 millions d’euros (113 688 000 HKD, dollars de Hong Kong) ! Ce tableau intitulé "Les éléments confédérés" a été inspiré de la 9e Symphonie de Beethoven : « La musique, c’est aussi des couleurs, des tons au sens musical comme au sens pictural. ».

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Le 27 octobre 2020 à partir de 14 heures, à Paris, à Drouot Richelieu (salles 5 et 6), à l’occasion du centenaire de Chu Teh-Chun, une toile intitulée "23 septembre 1978" sera mise en vente par Magnin Wedry et est estimée entre 150 000 et 200 000 euros.

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Pour commémorer ce centenaire, une grande rétrospective de Chu Teh-Chun aura lieu à partir de mars 2021. Organisée par la Fondation Chu Teh-Chun, l’exposition intitulée "L’odyssée de Chu Teh-Chu" et constituée de plus de cent quarante œuvres déployées sur un parcours de 1 500 mètres carrés, sera itinérante, et partira du Musée national de Chine à Pékin pour se transporter en Asie, au Moyen-Orient, en Europe en aux États-Unis jusqu’en 2022. Elle était initialement prévue en avril 2020 mais fut déprogrammée à cause de la pandémie de covid-19. Son calendrier définitif sera accessible à partir de décembre 2020 sur le site de la fondation.

Voici encore quelques œuvres choisies, admirables, provenant du catalogue proposé par le site de la fondation.

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Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


(Toutes les toiles présentées ici sont de Chu Teh-Chun).


Pour aller plus loin :
Site de la Fondation Chu Teh-Chun.
Laisser jaillir l'émotion intérieure.
Chu Teh-Chun.
Rembrandt dans la modernité du Christ.
Jean-Michel Folon.
Alphonse Mucha.
Le peintre Raphaël.
Léonard de Vinci.
Zao Wou-Ki.
Pierre Soulages.
Auguste Renoir.

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3 réactions à cet article    


  • osis 25 octobre 05:39

    Le nécrophile a encore frappé.


    • berry 25 octobre 07:20

      @osis
      Il fait son job comme les médias officiels, il occupe le temps de cerveau disponible des citoyens avec des sujets sans importance pour éviter d’aborder les sujets qui fâchent.
      La corruption et les moeurs dépravées de la famille Biden par exemple :
      https://www.egaliteetreconciliation.fr/Une-video-de-Hunter-Biden-fumant-du-crack-en-se-faisant-masturber-sort-sur-Internet-61441.html
      (Hunter Biden, c’est le fiston qui touchait indûment des millions en siégeant au conseil d’administration de la société ukrainienne Burisma, grâce au piston de son papa.)


    • troletbuse troletbuse 25 octobre 07:39

      Chu Teh Chun : Onomatopée pour le bruit d’un petit train à vapeur

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