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Le vieux manteau

 

Légende Celte

 

Lorsque les Celtes vivaient au grand jour avec leurs croyances, avant que les Romains ne leur impose par le glaive leur vision du monde, il advint cette curieuse histoire. En ce temps lointain, les lutins et les elfes, les légendes et les rêves ne se fracassaient pas aux exigences de la raison. Les animaux faisaient société au même titre que ceux qui allaient debout. Nul ne s'étonnait alors que les bêtes puissent parler ou bien intervenir dans les affaires des humains.

En ce temps-là vivait un jeune berger Ancastos dont le prénom signifiait « sans malice ». D'humeur aimable, toujours disposé à rendre service, il gardait ses vaches sur les berges de la Bionne, rivière sacrée puisque son nom rendait hommage au dieu taureau : le responsable de la fertilité des sols et mari de la déesse-mère Magna Mater.

On ne pouvait rêver meilleure prédisposition mais Ancastos n’en avait cure. Il gardait ses bêtes, éloignait les loups du troupeau, préparait le fromage et avait une vie réglée et sans histoire. Rien ne le prédisposait à un destin fabuleux. Orphelin au plus jeune âge, il avait trouvé refuge dans ce grand domaine où l’on lui avait confié la garde du troupeau. Il s’en contentait, jouait de la flûte et s’inventait de belles histoires.

Ainsi serait sa vie tant qu’il ne trouverait pas épouse et quelques terres à travailler si les dieux étaient avec lui. Il croyait en sa bonne étoile car à chaque fois qu’il jouait de sa flûte, tous les animaux de la forêt voisine, venaient l’écouter tout en lui montrant une immense déférence.

Ce jour-là, il surveillait son troupeau qui paissait paisiblement. Il avait joué quelques agréables airs pour une troupe de rouges-gorges qui s’était posée juste devant lui. Soudain, il entendit, non loin de lui, un appel, un bruit sourd et caverneux venu de la rivière voisine. Ancastos cessa de jouer, les vaches de brouter, les rouges-gorges de siffler leurs joyeux trilles.

Il entendit alors très distinctement un appel au secours. Il se leva, se précipita vers la berge. Coincé dans un taillis épais, un brave taurillon réclamait assistance. L’animal parlait, ce qui ne surprit par Ancastos. Nous étions encore en l'époque bénie des divinités de la nature qui accordaient le droit à l'expression à tous les êtres vivants.

La bête, épuisée et en grand péril, réclamait assistance pour sortir de ce mauvais pas. Le taureau avait simplement besoin d'une poignée de céréales afin de recouvrer assez de force pour s'extirper de ce piège. Ancastos qui n’avait sur lui qu’un épi de blé, glané dans les champs voisins, lui offrit ce modeste présent. Le taureau s'en contenta, puisant dans ces quelques graines l’énergie nécessaire pour se sortir de ce mauvais pas.

Cet apport énergétique redonna des ailes à ce taureau ailé. Il remit les sabots sur le pré et, dans l’instant, à la grande surprise du berger, saillit la plus belle des vaches du troupeau qui je tiens à le préciser, était tout à fait consentante. Son affaire faite, fort satisfait d'avoir ainsi honoré l'appel de sa nature, il revint vers l’homme sans malice en lui affirmant qu’il tenait à le remercier.

Le berger, un sourire en coin, pensa naïvement que le taurillon se moquait de lui à moins qu'il n’évoquât une nouvelle envie naturelle. L’homme était compatissant de nature et estimait qu’il n’y avait pas de mal à se faire du bien. La bête comprit, elle aussi, les pensées de son sauveur et lui conseilla d’attendre le fruit de sa saillie avant que de porter un tel jugement offensant.

Cette remarque mystérieuse plongea Ancastos dans un abîme de perplexité. Mais il n’eut guère le temps de se creuser la tête, une troupe de cavaliers fit son apparition dans le lointain. Le taureau de s’écrier : « Brave berger, passe sur mon poitrail ton vieux manteau, que je quitte mon apparence actuelle. Ces gens sont à ma recherche et je ne veux pas qu’ils me trouvent ! »

Le berger, plus à une surprise près, fit ce que l’animal lui avait mandé et lui remit ce gariot qu'il avait hérité de son défunt père. Dans l’instant, le taureau se transforma en un vieil homme, voûté par les années. Il n’en aurait pas cru ses sens si le vieillard n’était porteur de son vêtement. Les cavaliers passèrent sans un regard pour ces deux-là et filèrent en direction de la Loire.

Le vieillard prit sentencieusement la parole : « Je suis un Pùca. Par deux fois, tu m’as sauvé la vie. Tu en seras doublement remercié. Je te prie de te rendre au moulin, près de la Bionne. Tu trouveras quelque chose pour toi ! » Et, tout aussi mystérieusement qu’il était apparu, le vieillard se volatilisa, laissant cette fois place nette.

Ancastos rentra ses bêtes avant de se diriger, à la tombée de la nuit, jusqu’au moulin. Il n’y trouva rien ni personne et s’endormit sans plus se soucier de la curieuse prédiction. Au petit matin, il remarqua à ses pieds un gros sac de farine, d’une finesse extraordinaire. Il ne chercha pas à comprendre et s’en retourna à l’étable chercher ses bêtes.

La chose se reproduisit ainsi de nombreuses nuits. Ancastos dormait à la belle étoile et se réveillait matin, riche d’un nouveau sac de farine. Sa fortune aurait pu être faite s’il avait voulu changer de condition. Il n’était cependant pas soucieux prospérité, une ambition de nature à faire le malheur autour de soi. Chaque jour, il faisait don du sac à qui en avait besoin et demeurait ce berger sans malice ni cupidité qui était aimé de tous.

Des plus cupides, espèce qu'on croise aisément parmi les humains, intrigués et avides, décidèrent de le suivre pour connaître le secret de cette manne mystérieuse. Ancastos, comme à son habitude, se coucha contre un taillis à quelques pas du moulin et s’endormit. Les curieux se cachèrent et attendirent. Ils virent alors un vieillard mettre en marche le moulin, sortir de sa poche un épi de blé et le placer sous la meule. Il en récolta un énorme sac de farine qu’il posa au pied du dormeur.

Les guetteurs sortirent alors de leur cachette et emportèrent le sac. Au matin, le berger se réveilla. Il n’y avait plus de sac mais à la place, il retrouva son vieux manteau. Il comprit que ce devait en être terminé de ce miracle et s’en retourna à son travail sans plus s’en soucier. Il n’était pas homme à se mettre martel en tête.

Les voleurs furent bien attrapés. Quand ils ouvrirent le sac, la farine était remplie de charançons et parfaitement impropre à la consommation. Le lendemain soir ils voulurent à nouveau se poster près du dormeur de la rivière. Ils en furent pour leur frais : le berger ne vint pas et pire encore pour eux : au milieu de la nuit, un vieux bouc noir se précipita vers eux, leur lécha les mains. Au petit matin, ils s’étaient tous transformés en rats et demeurèrent ainsi le reste de leur âge.

Le berger oublia une fois encore toutes ces péripéties. La vache qui avait été honorée par le taurillon vêla à son terme. Elle donna la vie à un joli veau bien vivant qui portait fièrement deux cornes étincelantes ! Il le nomma dans l’instant, Kernounnos, ce qui signifie : corne d’or. Un vieillard passa sur le chemin, Ancastos le reconnut et le salua. L’homme vint à lui et lui recommanda de préserver son veau d’or de la concupiscence des hommes.

Ancastos, averti par l’aventure des sacs de farine, pensa qu’il convenait de mettre à l’abri des regards les cornes de son veau. Il les couvrit de boue et renouvela la chose chaque fois que c’était nécessaire. C’est ainsi qu’il continua sa vie paisible de pâtre sans adorer l’or mais en ayant une affection toute particulière pour Kernounnos. Quand Ancastos venait à manquer de quelque chose, il couvrait les cornes de son vieux manteau et le Púca, le Taureau ailé revenait vers lui sous l’apparence du vieillard. Ils discutaient toute la nuit. Au petit matin, là où le visiteur s'était assoupi à ses côtés, le berger découvrait à sa place des mets et des objets simples qui suffisaient à son bonheur.

Le berger devenu un homme, décida de prendre femme. Elle était aussi sage que lui. Il annonça un soir au Púca ce bel événement. Au matin, le vieillard disparut en lui laissant un petit gobelet en or. Ancastos comprit ainsi que ses enfants auraient une vie heureuse et qu’ils ne manqueraient de rien, sans toutefois jamais posséder plus qu’il ne leur en fallait. Le berger n’oubliant jamais de dissimuler aux yeux de tous la véritable nature de ses cornes.

Quand Kernounnos, le taureau, vint à mourir, les enfants du berger coupèrent délicatement les cornes et se satisfirent de l'abondance issue de ce merveilleux trésor. Leur père avait cessé depuis longtemps de garder les bêtes mais continuait de venir en bord de Bionne pour passer des nuits entières à converser avec un étrange vieillard revêtu de l'éternel gariot que lui avait remis le berger.

À contre-jour


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5 réactions à cet article    


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 23 février 11:20

    C’est la traversée du dessert..



      • mosel 23 février 18:36

        quoi de plus merveilleux que de rever a cette belle histoire


        • juluch juluch 23 février 21:38

          Une belle histoire que voilà !!!


          • exocet exocet 23 février 21:56

            Bonjour, Cenabum

            merci pour ce conte... il nous donne à tous l’optimisme dont nous avons bien besoin en ces temps difficiles... smiley

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