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« Les Fourberies de Scapin » C’est le pied !… de grue à La Comédie Française

Au commencement, il y avait, bien entendu, le verbe de Scapin mais surtout se profilait d’emblée le sac, les coups et le bâton !…

Il faudrait donc que tout soit en place, dès l’entrée en scène, pour qu’à l’heure annoncée la messe puisse être dite et que, par conséquent, Géronte soit la victime désignée à la vindicte de la parole vengeresse passant à l’acte.

 

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Les Fourberies de Scapin
© Christophe Raynaud de Lage

  

La scénographie de Ruf devrait épouser cette conception radicale du sac à ballotter et à cogner contre les containers entre les salves de coups à répéter jusqu’à épuisement du ressentiment que le célèbre valet nourrit à l’égard du vieillard malfaisant.

Il faudrait veiller à ce que la grue du port de marchandises soit bien lestée sur son pied surélevant, telle une tour de garde en position défensive, sa flèche destinée à faire tournoyer, tout à l’heure, l’exécrable père d’Octave, dans les airs marins jusqu’à lui briser les côtes.

Mais néanmoins, ne doutons pas qu’un sac puisse en cacher un autre lors de ces incursions sous la trappe de l’avant-scène alors qu’ensuite, soulevé par l’énorme poulie en bout de chaîne, celui-ci remonte et réapparaît aux yeux médusés du public sans doute « convaincu » que Didier Sandre s’y trouve toujours confiné à l’intérieur et, de fait, bloqué par les liens le maintenant apte à recevoir cette averse de coups de bâtons ne pouvant être réservée qu’à un scélérat de la pire espèce.

La grue se mettra alors en branle, sans limite à sa valse à multiples temps, lapidant, à travers sa danse hystérique de derviche tourneur, le corps meurtri et sanguinolent du délit, c’est-à-dire celui d’oser penser que la toute puissance parentale de l’argent pourrait avoir raison des mariages par-delà le statut social de la filiation & de la domesticité.

  

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Les Fourberies de Scapin
© Christophe Raynaud de Lage

  

Alors, à la manière d’un voyage des comédiens sur les docks, circulant de haut en bas & vice versa de cette imposante tour de levage, la troupe du Français, dirigée présentement par Denis Podalydès, gravira et dégringolera le long de ses poutrelles de ferraille, tel un cortège de fourmis ne cessant de travailler à l’excellence d’une bastonnade devant ainsi être réalisée à l’heure récurrente de chaque représentation et surtout dans les règles de l’Art, celui du Théâtre célébrant l’illustre farce de Molière dans sa propre Maison jusqu’en son point d’orgue psalmodiant la réplique culte et drolatique : « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? »

Toutefois, pour être en total accord avec le parti pris d’une correction exemplaire pouvant servir de menace dissuasive à tous ceux qui relativiseraient la portée de la punition imaginée par Scapin, cette radicalité ne pourrait être portée sur la scène du Français que par un comédien osant le jusqu’au-boutisme en ses composantes ultimes.

Aussi défiant le quatrième mur, Benjamin Lavernhe emporte les spectateurs dans un mouvement de foule qu’il exalte en un soulèvement communicatif et selon une gestuelle hyper maîtrisée digne d’une animation orchestrale de haut vol.

Obéissant au doigt et à l’œil de l’artiste se révélant fort persuasif dans cette remarquable prestation d’acteur, tous fascinés se soumettront, dans le rire exacerbé, à vociférer sus à Géronte.

 

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Les Fourberies de Scapin
© Theothea.com

  

Depuis l’arrivée d’Eric Ruf aux commandes du navire au long cours, La Comédie Française est en état de grâce comme en suspension dans des filets à mailles ajustables prêts à transformer en or tout ce qui, sous de beaux costumes, parle et bouge bien sur ses planches.

Sur le quai comble de la modernité interactive, les spectateurs emballés « prennent leur pied » en applaudissant, à leurs passages, les sirènes portuaires du renouveau ainsi estampillé.

 

 

Photos 1 & 2 © Christophe Raynaud de Lage

Photos 3 & 4 © Theothea.com  

 

LES FOURBERIES DE SCAPIN - *** . Theothea.com - de Molière – mise en scène Denis Podalydès – avec Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d’Hermy, Benjamin Lavernhe, Claire de La Rüe du Can, Didier Sandre, Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi, Maïka Louakairim et Aude Rouanet – Salle Richelieu / Comédie Française

 

 

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Les Fourberies de Scapin
© Theothea.com

  


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2 réactions à cet article    


  • bob14 bob14 13 octobre 11:10

     On refait la déco, alors que ces pièces sont d’une époque bien précises..Pourquoi ne pas repeindre la Joconde ou faire du RAP sur du Bach...manque d’imagination et de talent sans doute...


    • Christ Roi Christ Roi 14 octobre 08:36

      Depuis 3 siècles, la Comédie Française (à laquelle je suis abonné) nous gratifie d’un répertoire classique formidable d’une immense qualité, plébiscité par un public exigeant et connaisseur. Les spectacles ne désemplissent pas depuis 3 siècles. 

      Furieuse de ce succès, la pensée gouvernementale moderne LGBT (multi-pléonasme) veut absolument le détruire. On voit maintenant de plus en plus venir des spectacles horribles avec des types à poil qui hurlent sur une musique criarde. C’est dommage. Nous sommes désormais obligé de nous rabattre sur des théâtres en banlieue qui ont conservé le gout de belles pièces mises en scène sur de beaux textes.

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