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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Les lumières de Saint Augustin d’Isabelle Prêtre

Les lumières de Saint Augustin d’Isabelle Prêtre

Après « Onze leçons de philosophie pour réussir sa vie », la philosophe et écrivain Isabelle Prêtre, fille du grand chef d’orchestre récemment disparu, nous propose « Les lumières de saint Augustin » *, un ouvrage qui condense avec intelligence et clairvoyance l’œuvre de l’évêque d’Hippone, ce théologien prolixe, ce saint de feu, ce génie de la pensée qui se refusait à penser loin de la vie et à vivre loin de la pensée, car vivre et penser lui paraissaient similaires. Selon lui, foi et raison étaient les deux forces qui conduisent à la connaissance. « Crois pour comprendre et comprends pour croire » - écrivait-il. Alors que le monde actuel se plaît à séparer la croyance de la connaissance, la foi de la raison, l’intuition de l’objectivité et s’étonne que la vérité ne puisse aisément se frayer un chemin et le pourrait-elle puisque la croyance est laissée aux croyants subjectifs et que la compréhension est attribuée d’office aux intellectuels. Or souligne Isabelle Prêtre, c’est l’union des deux qui élargit l’esprit et permet à l’homme d’avancer sur le chemin de la vérité.

N’imaginons pas que l’auteur des « Confessions » soit tombé tout enfant dans le bénitier. Nenni ! Cet élève studieux et brillant, qui lisait Homère, Virgile et Cicéron, aimait faire la fête, banqueter, courir le jupon et ne dédaignait pas non plus le luxe et les honneurs. Ainsi mènera-t-il à Carthage, où il faisait ses études en 370 de notre ère, une véritable dolce vita. C’est sans doute la mort de son jeune fils Adéodat qui va tout remettre en question. Bien que renoncer aux femmes lui était un problème et que renoncer à la gloire, qu’il se promettait d’atteindre, lui était un supplice, Augustin choisit la voie étroite, celle du pédagogue de Dieu, soulignant avec malice que l’arriviste est enfin arrivé.

« Tard je vous ai aimé, beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée. C’est ainsi que vous étiez au-dedans de moi, et moi, j’étais au-dehors de moi ! Et c’est là que je vous cherchais, ô mon Dieu … Vous étiez avec moi, et je n’étais pas avec vous. » - écrit-il dans « Les confessions ».

L’illumination est venue mais elle fut l’aboutissement d’un long parcours, d’une longue recherche – insiste Isabelle Prêtre. Car, selon Augustin, nous avons tort de chercher des preuves à l’existence de Dieu. Il faut simplement regarder en soi ; n'est-ce pas là que Dieu se trouve et non ailleurs. « Tu étais au-dedans, moi au dehors de moi-même ; et c’est au-dehors que je te cherchais… Tu étais avec moi, et je n’étais pas avec Toi  » (Les Confessions)

Nous constatons que de nos jours l’homme vit surtout en-dehors de lui-même, tant l’intériorité n’est plus une valeur prônée. Les portables, le numérique, la musique assourdissante nous ont ôté le goût de la profondeur et de la hauteur. Alors n’aurions-nous pas intérêt à écouter la voix de l’évêque d’Hippone, telle que nous la restitue cet excellent ouvrage, et nous ré-approprier, ne serait-ce que quelques repères, tant il est vrai que la vérité ne peut être éprouvée qu’en soi-même et que nul ne doit séparer en nous l’inséparable.

Selon saint Augustin, il y a deux cités : la cité terrestre et la Cité céleste et cette Cité de Dieu est déjà à l’œuvre ici-bas. Il faut savoir, écrivait-il, que l’homme est social par nature, mais égoïste et anti-social par faiblesse. Aussi une lutte continuelle se livre-t-elle en lui. Si bien qu’Augustin ne parle pas de liberté ou de libre-arbitre mais de libération. L’épreuve est souvent libératrice. Il ne faut pas voir le mal dans toute souffrance mais, exerçant notre discernement, l’utiliser comme un passage, un chemin, une voie. Avec la conscience du temps qui passe, la philosophie se lie à la métaphysique, union heureuse de l’âme et de l’intellect. N'est-ce pas à tort que nous ne cessons de lutter contre le poids du temps et inventons des techniques savantes pour vivre à 200 à l’heure, de manière à faire le plus de choses possibles en un temps réduit. (Avions et TGV sont là pour nous y aider). Alors que le temps est l’étoffe de la vie. Il est notre vie, souligne Isabelle Prêtre, le lieu de l’évolution humaine et personnelle. Nous nous déployons à travers le temps. Oui, le temps est là pour nous créer, nous faire devenir ce que nous devions être. Certes Hegel a dit : « Le temps est esprit », mais Augustin l’avait proclamé avant lui. Dit, dévoilé, montré, soulignant bien entendu «  le sens de l’âme  » dans la marche du temps. Cette subjectivité qui rend l’existence passionnante comme une aventure.

A propos du bonheur, sujet que saint Augustin aborde également et auquel chacun de nous aspire, il écrit ceci : «  Si quelqu’un a résolu d’être heureux, il doit acquérir pour lui-même ce qui subsiste toujours et ne peut être arraché par aucun violent revers de fortune. Ainsi donc qui à Dieu est heureux. » Ce bonheur est avant tout un état de sérénité, il est l’état d’un être, l’état d’un cœur. Et c’est le plus souvent d’en haut qu’il nous est donné. Le « trop » provoque indubitablement le malheur – qu’il soit dans l’abondance ou dans l’indigence. « Les intempérants dans la luxure, les orgueilleux dans leurs richesses ou leurs pouvoirs croient se procurer joie et puissance mais n’atteignent ni la plénitude, ni le bonheur, ni la paix. » Certes, le bonheur, Augustin ne le découvre qu’après un long et intense parcours. Car il a tout connu – précise Isabelle Prêtre : les plaisirs de ce monde, les philosophies diverses, les religions diverses, les succès, les honneurs, tout connu … Pour en arriver là ! A cette vérité que le bonheur vient de Dieu en même temps que la sérénité et qu'on ne le goûte que grâce aux vertus théologales la Foi, l’Espérance et la Charité. Comme Saint Paul, Augustin place en tête l’amour. « Mon poids, c’est mon amour  » - résume-t-il. « Là où est ton cœur sera aussi ton trésor ».

Malheureusement, le théologien a commis des erreurs, il a attaché trop d’importance au baptême ( sans lequel point de salut ), à l’assimilation de l’Eglise au Christ, mais il était de son temps, à une époque où l’Eglise voulait dominer l’Etat, un temps où Dieu était considéré comme un juge terrible, si bien que l’intransigeance, la sévérité faisaient alors – et à tort – partie de la charité. Comme nombre de convertis, Augustin était dur envers lui-même et dur envers les autres. Il n’avait pas l’indulgence d’une Thérèse de Lisieux mais là encore l’époque n’était pas la même. Néanmoins, il s'en est repenti, il a rédigé des "Rétractations". " Comme il est évident qu'un génie peut parfois se reposer de son intelligence, comme il est évident que la fougue peut parfois conduire trop loin un homme, et lui faire aborder la frontière du mal, même malgré lui, comme il est évident que la lumière ici-bas n'existe jamais sans ombre, qu'en est-il pour saint Augustin, concernant le procès que certains lui font encore aujourd'hui ?" - écrit Isabelle Prêtre qui se veut objective à son égard. Et il faut savoir aussi que certains des écrits d'Augustin ont été falsifiés, souligne-t-elle. La crainte de se tromper aura été sa hantise du début à la fin. Il proclamait souvent que le bien qu'il faisait par ses paroles lui venait de Dieu et que la mal, toujours possible, ne venait que de lui. Beau témoignage de lucidité. L’homme est UN et Augustin a voulu être cet homme. Comment parvenir à cette unification ? Cette phrase conclut sans doute la pensée du théologien qui a connu comme nous la détresse, le doute, l’angoisse, la faiblesse, le désarroi : « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en Toi, Seigneur. » Merci à Isabelle Prêtre de nous offrir une approche si précise et si intime d'une oeuvre considérable et d'en mettre en évidence l'essentiel.

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

  • Isabelle Prêtre – Les lumières de Saint Augustin ou quand Augustin vient au secours de notre siècle - Editions Saint Augustin

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6 réactions à cet article    


  • alain_àààé 30 juin 13:51

    Mme je vous remercie de vos lectures mais comme j ai tendance a l écrire je ne comprend pas pourquoi faire l éloge de vos lectures du moins des auteurs.j aime bien vos articles que je lui avec soin et attention.je n ai pas eu la chance d avoir votre savoir mais je pense que cela doit étre une grande joie d avoir un savoir comme vous avez et de pouvoir guider peut étre certains lecteurs de vos articles.


    • La mouche du coche La mouche du coche 30 juin 23:18

      Magnifique article sur un auteur qui ne l’est pas moins : Augustin. 

      Il est vrai que ce père de l’église a une écriture absolument limpide. Son propos est particulièrement frais, clair, profond et ne nécessite pas d’exégèse. Pour autant cet article est utile puisqu’il permet à certains de découvrir Saint Augustin et à ceux qui le connaissent déjà de parler de lui. Merci. smiley

    • jeanclaude 30 juin 16:56

      De temps en temps, il y a encore sur Agoravox un article qui a demandé des heures de travail.

      Vue équilibrée sur Saint Augustin, qui a du mal à être entendu, comme dit dans l’article, en une époque où la futilité evanescente l’emporte sur une vie à un rythme « humain ».


      • petit gibus 1er juillet 09:23
        Augustin c’est pas celui qui a dit 

        « Aime et fait ce que tu voudras »  ?

        En dehors de ses délires mystiques
        j’suis d’accord avec ça smiley 

        • Taverne Taverne 1er juillet 11:03

          « Crois pour comprendre et comprends pour croire ».

          Cette formule est jolie mais très limitée. En effet, la voie de la connaissance passe aussi par l’alternative consistant à dissocier complètement la foi de la raison, comme la science l’a fait. Alors, pourquoi cette formule chez Augustin, qui était un esprit large et non pas limité ? Parce qu’il était engagé dans un combat entre deux forces : la foi et la raison et qu’il lui fallait trouver des formules de réconciliation permettant à la société intransigeante de s’ouvrir un peu à la lumière des sciences et de la raison.

          « Nous constatons que de nos jours l’homme vit surtout en-dehors de lui-même, tant l’intériorité n’est plus une valeur prônée. »

          En effet, l’individu est totalement happé par le monde extérieur, y compris même dans ses loisirs. Bertrand Russell défendait l’idée de l’otium, loisir intellectuellement gratifiant, comme le fait d’écrire ce genre d’articles. Le loisir comme forme de libération, comme reprise en main par l’individu de sa vie. Il dénonce aussi le culte oppressant de l’efficacité : toute activité doit servir à quelque chose d’utile. Mais il dénonce aussi le loisir qui n’est que passif. Ni Russell ni Saint Augustin n’aurait défendu le développement des loisirs non intellectuellement gratifiants que l’on voit pulluler aujourd’hui : émissions télé médiocres, jeux idiots...

          « Faire le plus de choses possibles en un temps réduit. Alors que le temps est l’étoffe de la vie. »

          Encore le culte de l’efficacité ! Saint Augustin voyait le temps comme une ressource pour l’Homme au lieu de le voir comme un contrainte qui nous asservit, une ressource qu’il nous appartient sa savoir gérer pour créer nos richesses.

          De nos jours, nous prenons trop souvent le moment présent comme le point d’ancrage servant de critère et d’étalon pour juger de tout. Tout est interprété à l’aune du moment présent. Absurde ! C’est l’erreur la plus répandue chez les commentateurs. Mêmes les philosophes désormais s’y laissent prendre pour se placer sous les feux de l’actualité. On voit par exemple combien la pensée de Michel Onfray décline en qualité, par ce travers, lorsqu’il donne son avis sur la politique actuelle.

          La Pensée doit prendre des points d’ancrage qui ne soient pas seulement l’instant T. Je pense que Saint Augustin savait être maître de ses horloges.


          • Crab2 1er juillet 11:04

            Courage politique : débaptiser la Place du sexiste et homophobe Jean-Paul II pour la ‘’ Place Simone Veil ’’

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