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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Macbeth » Le couple meurtrier mis en question à l’Odéon

« Macbeth » Le couple meurtrier mis en question à l’Odéon

A l’aune du souvenir latent d’un couple maudit faisant figure tyrannique au regard de l’opinion mondiale, le label « Ceausescu » pourrait faire force de focus universel tant il a marqué les esprits en fin de XXème siècle, se soldant pour tout compte par l’assassinat des conjoints le jour de Noël 1989, à la suite d’un procès aussi fantoche qu’expéditif.

  

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MACBETH
Affiche DR.

  

En choisissant Adama Diop et Chloé Réjon pour incarner son couple Macbeth, c’est un peu comme si Stéphane Braunschweig avait pris l’exact contre-pied de cette image-écran que l’histoire contemporaine aura pu brosser objectivement dans notre mémoire collective en quête incessante de références signifiantes.

Le directeur de l’Odéon a, en la circonstance, la volonté de présenter des époux à la fois stables, équilibrés et complémentaires en pleine conformité avec la perception commune d’une union conjugale réussie.

Nul besoin, à son point de vue, de recourir à la caricature monstrueuse pour justifier le crime en l’expliquant, par avance, selon des outrances comportementales.

 

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MACBETH
© Elizabeth Carecchio

  

Bien au contraire, son Macbeth et sa Lady s’affirment comme un tandem structuré et éclairé avec, certes, d’effectives ambitions politiques devant les mener au pouvoir royal suprême en s’appuyant sur une stratégie de conquête progressive à la manière d’un parcours disponible à toutes les opportunités positives leur permettant d’arriver à leur fin.

Aussi, quand les trois sorcières se mêlent de captiver Macbeth avec des prédictions concernant sa prochaine carrière monarchique et, ainsi, de l’envoûter en brossant son point faible dans le sens du poil, il est assez compréhensible que celui-ci soit, non seulement, intéressé par cette perspective mais qu’en outre, soutenu totalement par sa chère compagne, il porte crédit à ce présage en réunissant les moyens nécessaires à sa réalisation.

 

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MACBETH
© Elizabeth Carecchio

  

C’est ainsi qu’instrumentalisé par le destin, Macbeth va s’enfoncer vers sa perte au moment même où il croit atteindre le Graal en pleine légitimité divinatoire.  

Car, en ignorance totale des forces de l’esprit et du système compensatoire qui les régente, le prétendant à la couronne arme son poignard, de telle façon que la lame aiguisée soit responsable à part entière d’un acte dont, bien entendu, elle ne sera que l’outil.

A partir de cet instant crucial, seule la débandade mentale aura désormais accès à l’esprit du général Macbeth, en proie à une multitude de tourments dont il ne pourra plus se débarrasser.

 

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MACBETH
© Thierry Depagne

  

Prenant le relais pour tenter de maquiller le régicide accompli, son épouse, à son tour, aura les pires difficultés à en effacer les traces sur sa propre intégrité.

De mal en pis, les séquences suivantes n’aboutiront qu’à des impasses successives dans un aller-retour incessant entre l’apparence du pouvoir et ses coulisses ainsi scénographiées sur deux cadres frontaux différenciés qu’ils soient concomitants ou non ; ainsi, en fond de scène, la salle d’apparat où s’orchestrerait la gouvernance formelle et, au premier plan, la cuisine de l’inconscient où se joueraient les manipulations tour à tour criminelles et culpabilisantes.

Ce serait donc, selon Stéphane Braunschweig, le retour du refoulé qui aurait eu raison du ménage Macbeth a priori fusionnel selon un amour conjugal traditionnel mais au final implosé par son propre aveuglement et sa pusillanimité.

 

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MACBETH
© Theothea.com

  

De là à dire que cette déviance circonstancielle serait accessible à Monsieur et Madame Toutlemonde, il n’y aurait qu’un pas à franchir tant il serait aisé de se laisser séduire par les sirènes de la flatterie et de se laisser embrigader par des prophéties fallacieuses.

C’est sans doute les vertus de l’esprit critique qui sont au cœur de la problématique exposée par Stéphane Braunschweig proposant ainsi, sous sa direction du Théâtre de L’Europe, une démonstration interprétée par la preuve du contraire.

Cela peut déstabiliser la vision classique que d’aucuns portent à l’œuvre de Shakespeare en n’obtenant point leur dose de monstruosité fantasque tant attendue… sous finalité d'être confortés dans leurs a priori.

  
photo 1 DR.
photos 2 & 3 © Elizabeth Carecchio
photo 4 © Thierry Depagne
photos 5 & 6 © Theothea.com

   

MACBETH - **.. Theothea.com - de William Shakespeare - mise en scène Stéphane Braunschweig - avec Christophe Brault, David Clavel, Virginie Colemyn, Adama Diop, Boutaïna El Fekkak, Roman Jean-Elie, Glenn Marausse, Thierry Paret, Chloé Réjon, Jordan Rezgui, Alison Valence & Jean-Philippe Vidal - Odéon Théâtre de L'Europe

    

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MACBETH
© Theothea.com

   


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4 réactions à cet article    


  • Paul Leleu 2 février 15:07

    Louis XVI a eu droit à un procès... mais pas Robespierre... ni les Ceausescu... deux poids deux mesures... 


    ceci dit, les Lady Mac Beth ordinaires et extra-ordinaires courent les rues smiley 

    • Saint Rata de l'himalaya Ratatouille 2 février 18:49

       J ’adore la comédie française et l’époque de Jean Le Poulain et surtout cette fabuleuse et magnifique actrice, irremplaçable  : Claude Mathieu
      Le choc de ma vie,la classe angélique,la divine comédienne hors norme .Jamais vu au cinéma je croit .J’ai aussi bu un boc avec Jean le Poulain ,un mec tranquille ,tristesse de sa mort,mais Claude est toujours vivante et son mari écrit toujours des musiques de film je pense .
      .
      https://www.theatreonline.com/Artiste/Claude-Mathieu/14080



      • Saint Rata de l'himalaya Ratatouille 2 février 19:13
        Claude Mathieu

        474ème sociétaire de la Comédie-Française, Claude Mathieu est la marraine de théâtre de Guillaume Gallienne.

        Elle se forme au conservatoire de Rouen et intègre le Conservatoire national supérieur d’art dramatique où elle a pour professeurs Marcel Bluwal et Antoine Vitez. Elle joue dans : La Boutique de J. Worms mis en scène par Philippe Strubelle, Jacques le Fataliste de Denis Diderot mis en scène par Alain Bezu, La Fausse Suivante de Marivaux mis en scène par B. Bonvoisin, Dom Juan revient de guerre de O. von Horvath mis en scène par Marcel Bluwal, La Double Inconstance de Marivaux mis en scène par Jacques Rosner, Fugue en mineur(e) de Pierre Léaud mis en scène par Pierre Romans, Du côté des Iles de Pierre Laville mis en scène par Jacques Rosner...

        Elle entre à la Comédie Française le 1er septembre 1979 et est nommée Sociétaire le 1er janvier 1985. Elle incarne le rôle d’Elvire dans Le Cid de Corneille mis en scène par Brigitte Jaques-Wajeman, Orsola dans Il campiello de Carlo Goldoni mis en scène par Jacques Lassalle, Olga dans Place des Héros de Thomas Bernhard mis en scène par Arthur Nauzyciel, la Femme dans Le Privilège des chemins de Fernando Pessoa mis en scène par Eric Génovèse, Anne Jarvis dans Arcadia de Tom Stoppard mis en scène par Philippe Adrien, Anne dans Quatre quatuors pour un Week-end de et mis en scène par Gao Xingjian, Andromaque dans Andromaque mis en scène par Daniel Mesguich...

        Pour la saison 2009-2010, elle joue dans Les affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau, mise en scène de Marc Paquien ainsi que dans la reprise de La Grande Magie d’Eduardo de Filippo, mise en scène de Dan Jemmett.

        En 2010-2011, elle joue dans Les Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare, m.e.s Andrès Lima, La Grande magie d’Eduardo de Filippo, m.e.s Dan Jammet et Un Fil à la patte de Georges Feydeau, m.e.s de Jérome Deschamps.

        En 2011-2012, elle joue dans Peer Gynt d’Ibsen, m.e.s Éric Ruf, Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine, m.e.s Éric Génovèse, Un Fil à la patte de Georges Feydeau, m.e.s de Jérome Deschamps, La Pluie d’été de Marguerite Duras, m.e.s Emmanuel Daumas.

        En 2012-2013, elle joue dans Qui rapportera ces paroles ?. Candide de Voltaire, m.e.s Emmanuel Daumas et Un Fil à la patte de Georges Feydeau, m.e.s de Jérome Deschamps.

        Elle travaille également sous la direction de Jean-Pierre Roussillon, Antoine Vitez, Jean-Luc Boutté, Lluis Pasqual, Patrice Kerbrat, Daniel Benoin, Alain Françon… En 2006, Claude Mathieu met en scène Saint François le Divin Jongleur de Dario Fo avec Guillaume Gallienne, 2009 elle signe la mise en scène du spectacle d’Agathe de la Boulaye Le Monde selon Bulle et en 2010 celle de Les garçons et Guillaume, à table !. Elle joue également dans Fantasio d’Alfred de Musset mis en scène par Denis Podalydès.


        • Ulyssien 17 février 00:52

          Un Macbeth conformiste de petit joueur : ni le traducteur de la pièce et ni le scénographe véritable de la mise en scène, pourtant qui s’auto-proclame traducteur et scénographe sur le programme et la recette... Braunschweig reste très conformiste dans cette mise en scène. Le couple infernal est aussi ’light’ que du Canada Dry et leur diction souvent hésitante. Un grand raté que l’on évitera en revoyant le film génial de Welles...

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