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Paul Klee, magicien des signes

Au cours de la période troublée de la première moitié du 20ème siècle, Paul Klee né près de Berne en 1879 dans une famille de musiciens crée une oeuvre épurée, délicate, poétique, au caractère subversif dans des tonalités subtiles de couleurs primaires ou complémentaires. Figure phare de la modernité aux cotés de l'ogre Picasso, il en est l'ange, le grand inspirateur. Tous deux vont à l'essentiel, Paul Klee plus particulièrement au travers de l'ironie et du rythme.

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L'invention d'un langage pictural

Peintre poète, il nous fait entendre la polyphonie de son monde secret. Explorateur de visions intimes il y a chez lui peu ou pas de perspective, il synthétise les formes et les traduit dans une mathématique mystérieuse qui lui est propre. Ses portraits aux yeux immensément clos, tracés d'une plume vive et acérée, où la réduction du visage aux figures géométriques élémentaires Senecio, 1922 ponctuent une œuvre que résume « L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » Ce qu'il s'est employé à rendre visible, c'est son monde intérieur prolifique et polymorphe. Dans une nouvelle forme de liberté picturale il est parvenu à nous faire partager la fraicheur, la spontanéité et l'ingénuité de l'enfance. Animaux fantastiques, acrobates et funambules, visages à l'aspect primitifs, constructions abstraites tracent sur des fonds sombres leur chemin merveilleux. C'est ainsi que Féerie des poissons, et Le Poisson d'or, 1925 projettent une lumière phosphorescente sur un fond noir profond tirant tantôt sur le bleu tantôt sur le rouge. Dans la coloration lumineuse de ce monde venu d'ailleurs, l'espace et le temps semblent suspendus.

Il est aussi celui qui révèle le pouvoir d'incarnation de la couleur associée au dessin. Il invente un art libéré des carcans académiques où la surface est couverte de couleurs et incisée de dessins peuplés de symboles. Le portrait de face de Senecio se distingue par la tonalité subtile de ses couleurs complémentaires. La gamme chromatique part du jaune d'or du fond en passant par le jaune lumineux du visage où l'on peut observer le rose délicat des joues. La réduction du visage aux figures géométriques élémentaires reflète la question essentielle chez Klee du rapport entre forme et couleur. Il aime aussi superposer aux gradations colorées de ses motifs graphiques une narration poétique imagée, Danse du papillon de nuit, 1923.

Rythme et mélodie

« Il n'y a qu'avec la musique que je suis toujours resté en bons termes » se félicite le peintre violoniste et mélomane dan son journal. Il puise dans ce compagnonnage une source inépuisable de réflexion esthétique et d'inspirations picturales. Marié en 1906 à une pianiste « elle aussi affamée de musique » il donne avec elle des concerts de musique de chambre pour des séances au Cercle des amis du Bauhaus à Weimar. Les œuvres de cette période très créatrice peuvent être interprétées comme une série de partitions. Il en est ainsi de la Machine à Gazouiller, 1922 et du Funambule, 1923. Dans cette lithographie il donne à voir une aspiration à l'équilibre dans le rapport au monde de l'artiste. Le dessin nous montre un petit personnage qui avance sur une ligne horizontale tout en se maintenant en équilibre à l'aide d'une longue perche. Cet état de suspension, cette facilité pour s'élever ou s'envoler sont une caractéristique de sa production. Fugue en rouge, 1921 est une aquarelle monochrome dont le titre renvoie à l'analogie entre image et musique en relation avec les études de Klee sur les gradations chromatiques. Il produit au cours de cette époque prolifique une série de caricatures de la vie musicale dont La cantatrice de l'Opéra comique toute frisottée de boucles en clés de sol.

A partir de 1933 son style progresse vers l'épure. Chassé d'Allemagne par les nazis, il s'exile à Berne où il reçoit Picasso en 1937 au moment où ses œuvres rencontrent un immense succès aux Etats Unis. Tous deux abordent à la fin des années 1930 les sujets que sont la détresse, la peur ou les souffrances de l'âme rendues dans des variantes innombrables, comme nous montre le dessin de Klee Assaillant à la torche en 1940. Sa création est alors le résultat de sa volonté de vivre. ll s'éteint en 1940 au moment où son pays natal allait lui accorder la nationalité suisse.

Artiste visionnaire et prolifique, Paul Klee est le styliste et le père spirituel d'une peinture délivrée des diktats des courants artistiques dont il est le contemporain. Enigmatique et souriant, à la lisière des mondes, il a crée un art polyphonique qui a transcendé les limites des genres et des mouvements du 20 ème siècle, dans lequel l'écriture devient peinture et la peinture musique. En 2005, l'ouverture à Berne du Zentrum Paul Klee est un juste retour au catalogue raisonné de son œuvre magnifié par la grâce d'un édifice dû au talent de l'architecte Renzo Piano.

Une très belle vidéo sur son oeuvre,

 


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5 réactions à cet article    


  • De nombreux artistes allemands se sont réfugies autour du Lac de Constance. J’ai tendance à associer Kandinsky à Klee. Aussi MAX ERNST. Merci pour ce rappel de mon poster dans ma chambre... Comme un homme soleil. 



      • astus astus 30 avril 14:14

        Eliane Jacquot

        Merci pour cet article revigorant en ces temps incertains d’autant qu’il n’est pas impossible que seule la beauté puisse sauver le monde de sa dépression. 


        • Eliane Jacquot Eliane Jacquot 30 avril 18:07

          @astus

          Je vous remercie de m’avoir lue et j’abonde dans votre sens 

          "En ces temps de misères omniprésentes , de violences aveugles, de catastrophes naturelles ou écologiques, parler de la beauté pourrait paraître incongru, inconvenant, voire provocateur. Presque un scandale. Mais en raison de cela même, on voit qu’à l’opposé du mal, la beauté se situe bien à l’autre bout d’une réalité à laquelle nous avons à faire face... Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité de la destinée humaine, une destinée qui implique les données fondamentales de notre liberté."

          François Cheng, Cinq méditations sur la beauté, Albin Michel, p13

          Prenant pour point de départ la phrase de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde », il s’appuie, pour étayer ses arguments, sur des exemples tels que la calligraphie chinoise ou différentes figures qui l’ont marqué dans l’histoire de l’art dont la belle et énigmatique Mona Lisa .



        • astus astus 30 avril 19:35

          @Eliane Jacquot

          Merci pour ces précisions avec ce livre de François Cheng que je n’ai pas lu mais qui donne envie de l’acheter ...
          Cdlt.

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