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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Platonov » Le fougueux défi du Festival de La Luzège 2019

« Platonov » Le fougueux défi du Festival de La Luzège 2019

D'un Platonov à l'Autre, de son adaptation conceptualisée à sa création actualisée, cette première pièce du jeune Tchekhov se présente de nos jours, après avoir longtemps été ignorée, comme un formidable terrain de jeu où chaque metteur en scène, qu'il soit novice ou aguerri, a envie de se confronter dans la perspective d'y imprimer non pas sa vision subjective mais d’y entrer en résonance avec la contemporanéité en fonction d’une relation spécifique au monde.

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PLATONOV
© Patrick Fabre

  

De là à suggérer que l’écriture en serait existentielle et qu'elle engagerait ses protagonistes dans une démarche en miroir de la société, il n'y aurait que le desiderata de chacune des réalisations se sentant d'autant plus libre de fantasmer à ce sujet qu'Anton Tchekhov lui-même n'a jamais eu la satisfaction d’apprécier sa dramaturgie initiale jouée sur scène.

C’est donc quasiment sur un canevas vierge que l’ensemble des scénographies aborde, de fait, cette pièce sans titre originel connu alors que d'une façon empirique le patrimoine culturel s’est résolu de l’intituler par le nom de son anti-héros emblématique à savoir « Platonov ».

Donc carte blanche tout azimut pour la réception des retrouvailles organisées par Anna Petrovna (Kristina Strelkova) dans sa villégiature d’été à la campagne !… 

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PLATONOV
© Patrick Fabre

 

Et c'est bien ainsi que Vincent Pouderoux, avec son collectif menant le Festival de la Luzège désormais en codirection partagée, entend attirer, étonner et satisfaire, à la fois, un public local corrézien augmenté du tourisme saisonnier selon des représentations itinérantes au nombre de 14 pour l’édition en cours.

Distraire et en même temps se poser des interrogations concernant la nature humaine, paradoxalement ambitieuse et laxiste, tel pourrait être présentement le cahier des charges d'une mise en scène souhaitant plaire tout en incitant à la dialectique.

Alors même si Platonov ne peut se réduire à Don Juan, il est assez judicieux, pour fustiger les travers de l'âme, de parodier l’humanité sous l'angle de la conquête amoureuse en cercle vicié de façon à en tester, in vivo, le non sens, la vacuité et le vide abyssal engendrés par la volonté de domination obstinée. 

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PLATONOV
© Patrick Fabre

  

En laissant les stigmates caricaturaux démontrer par le rire du public sa profonde désapprobation face au comportement de séduction systématisée, se dégageront néanmoins, en parallèle, les vertus contradictoires de la provocation ludique voire sarcastique.

Le Donjuanisme deviendrait donc ici la métaphore d'une vie sans effort, sans morale, sans valeur de référence alors que dans un concept de spirale infinie serait générée une sorte de typhon de l’ennui aspirant a parité l'exacerbation du désir personnel en même temps que l'exaspération d’autrui ; ce qui pourrait aisément engendrer à terme l'autodestruction programmée autant que le meurtre commandité tant les susceptibilités seraient avivées au sein du ressentiment délétère.

Cela dit, la problématique Tchekhovienne voulait-elle d’emblée, pour ce coup d’essai, faire la part belle au nihilisme dépressif ou à la passion incontrôlée ? 

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PLATONOV
© Theothea.com

  

A ce stade du questionnement, on se contentera d’une réflexion en attente potentielle d’une énième création de « Platonov » in extenso ou, comme ici, synthétisée de quelque six heures à, pourquoi pas, un peu plus d'une heure et demie !…

Au demeurant, la réalisation de Vincent Pouderoux nous a grandement impressionnés lors de sa représentation à Champagnac-la-Noaille par son art et son aisance d’habiter un lieu en s' emparant à la fois de la nature environnante tout en concevant un espace théâtral où les comédiens se meuvent et se positionnent à 360° en une géométrie ovale à l’éclairage subtilement complexe au sein de laquelle les spectateurs les accompagnent volontiers dans leur quête du lâcher prise au réalisme.

Quelques « arrêts sur image scénique » contribuent à interrompre le tourbillon en cours en effectuant, à l’instar de l’entracte, des pauses salvatrices dont l'apogée sera atteinte par deux aubades chorales de chants russes en canon incitant à l’émotion et à la nostalgie. 

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PLATONOV
© Theothea.com

  

Si le charisme de l'acteur jouant Mikhaïl Vassilievitch Platonov (Maxime Bonnand) est particulièrement fascinant, ses camarades de jeu lui renvoient la réplique avec l’énergique conviction que le rapport de forces « masculin-féminin » est sur le point de subjuguer l’auditoire de son enjeu superbement atavique.

Longue vie itinérante au Festival de La Luzège plus que jamais en plein essor estival à travers La Corrèze.

  
photos 1 à 3 © Patrick Fabre 
photos 4 à 6 © Theothea.com
  
PLATONOV - ***. Theothea.com - d'après Anton Tchekhov - mise en scène Vincent Pouderoux - avec Hugo Anguenot, Maxime Bonnand, Emmanuel Demonsant, Clémentine Haro, Fabrice Henry, Coralie Leblan, Romane Ponty Bésanger, François Rey & Kristina Strelkova - Festival de La Luzege / Champagnac-La-Noaille

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PLATONOV
© Theothea.com

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6 réactions à cet article    


  • Theothea.com Theothea.com 9 août 12:54
    Festival de La Luzège (Corrèze) 
    Dernière représentation de « Platonov » d’Anton Tchekhov
    mise en scène Vincent Pouderoux
    Au Roc du Gour Noir / Saint-Pantaléon de Lapleau
    Le dimanche 11 août à 21h

    Infos / Contact

    • Theothea.com Theothea.com 9 août 13:08

      correctif infos / contact ci-dessous


    • Theothea.com Theothea.com 9 août 13:05
      Festival de La Luzège (Corrèze) 
      Dernière représentation de « Platonov » d’Anton Tchekhov
      mise en scène Vincent Pouderoux
      Au Roc du Gour Noir / Saint-Pantaléon de Lapleau
      Le dimanche 11 août à 21h

      Infos / Contact
      laluzege@gmail.com


      • Taverne Taverne 9 août 15:44

        Vous pensez que les Corréziens peuvent réserver une place deux jours seulement avant la représentation ? A Quimper, pour Cyrano, il fallait réserver trois mois à l’avance et pourtant il y avait trois soirées de représentation.

        Don Juan nihiliste qui se prend par moment pour Hamlet, cette description pourrait-elle définir ce fou de Platonov. Votre article n’est pas très disert sur la pièce. Je m’autorise juste deux petites citations :

        Grekova : Vous croyez toujours qu’il ressemble à Hamlet ! Eh bien, admirez-le !

        Voinitzev : Je me demande où vous, femmes, vous prenez tout cet ennui.


        • Theothea.com Theothea.com 9 août 16:01

          En réponse à @Taverne
          Il y a déjà eu 13 représentations itinérantes de ce « Platonov » en Corrèze cet été et la dernière représentation au Roc du Gour Noir est toujours ouverte à la réservation à un prix réduit. Donc pas de problème pour y assister...
          Pour en savoir plus, ne pas hésiter à consulter le site du Festival de la Luzège : 
          https://www.laluzege.fr/


        • Taverne Taverne 9 août 17:04

          @Theothea.com

          Heureux Corréziens ! Bande de veinards, vous ne connaissez pas votre chance.

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