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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Poussière » Lars Norén convie L’Âge Ultime en Comédie-Française

« Poussière » Lars Norén convie L’Âge Ultime en Comédie-Française

Dans son « Hôtel des deux Mondes », initié au tournant du siècle, Eric-Emmanuel Schmitt concevait un « purgatoire » où des accidentés de la vie, en état de coma, venaient expérimenter une période transitoire depuis laquelle, à moyen terme, ils étaient orientés vers l’au-delà ou, au contraire, renvoyés vers leur « vie d’avant ».

 

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POUSSIERE
© Brigitte Enguerand / Divergence

  

A son tour, Lars Norén devenu septuagénaire propose, lui, à son tour, un hôtel touristique accueillant des vacanciers s’y retrouvant annuellement mais qui, ayant peu à peu pris de l’âge, finissent par se rendre plus ou moins compte que, désormais, le temps leur est compté et qu’en conséquence leur villégiature est devenue le marchepied vers l’au-delà de leur vie.

Là donc où pour Schmitt le pronostic vital était programmé de manière aléatoire, ici pour Norén plus d’alternative envisageable, le dernier voyage sera sans retour éventuel.

Mais comme l’attente flottante ne pourra être définie par un espace temps qualitatif déterminé, chacun de ces plaisanciers éprouvera sa finitude de manière spécifique selon son caractère, sa personnalité, son état de santé et sa perception subjective de l’existence.

 

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POUSSIERE
© Brigitte Enguerand / Divergence

  

C’est précisément de l’entrechoc relationnel que Lars Norén souhaite rendre compte en (dé)montrant par ce processus de déclin et de déliquescence que l’équité n’est pas, plus ici qu’ailleurs, l’apanage de la nature humaine.

Mais c’est quand même, pour l’observateur qui sait apprécier la truculence de la diversité, un formidable terrain d’expérimentation ainsi que d’humour sous-jacent où les états d’âme peuvent rivaliser à cœur joie et, en définitive, apporter la quiétude de la disgrâce à celui qui la souhaite mais aussi l’exaspération de l’étiolement à d’autres. 

Selon une considération imaginaire et poétique, la mise en scène de Lars Norén maintient les deux phases de cette ultime étape « touristique » en perspective visuelle concomitante, c’est-à-dire que l’avant et l’après du « grand saut » s’offrent au public sur deux plans scénographiques, l’un rapproché en colloque cacophonique, l’autre plus lointain en chorégraphie vaporeuse.

 

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POUSSIERE
© Brigitte Enguerand / Divergence

  

Mais pour l’instant, les onze personnages constituent ce groupe d’estivants ravis de se rassembler pour converser au sujet des tribulations du vécu et, le cas échéant, se décharger de leurs sentiments et ressentiments.

Débutera alors une sorte de jeu de chaises musicales au sein duquel, à chaque nouveau tour de manège, le collectif du premier plan diminuera peu à peu au profit du second, en faisant place progressivement à des monologues abscons en place de dialogues sociétaux.

Ce spectacle générationnel bénéficie d’une direction d’acteurs à contre-emploi de leur « savoir-faire » au profit de leur « savoir être » se propulsant dans un avenir provisoirement virtuel.

Comme s’ils baignaient dans une substance maïeutique, les comédiens se découvrent à eux-mêmes dans une accession à un territoire vierge, celui-là même de leur sénescence à venir…

 

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POUSSIERE
© Brigitte Enguerand / Divergence

  

Cependant observons qu'au moment même où Lars Norén profite de ses 73 ans pour projeter le crépuscule de l’esprit et du corps, Mick Jagger, 74 ans, lui, paradoxalement chante et danse, encore et toujours, sur le volcan de l’adolescence, tout en maintenant dans l’exaltation les autres membres des Rolling Stones.

Le principe de relativité, ne serait-ce qu’artistique, est donc toujours « en marche » ; la comédie humaine reste majoritairement plébiscitée et, ainsi, le spectacle de la vie se perpétue allègrement au cœur de ses contradictions… Alea jacta est !
    
photos 1 à 4 © Brigitte Enguerand / Divergence 
photo 5 © Theothea.com  
  
POUSSIERE - ***. Theothea.com - de Lars Norén - mise en scène Lars Norén - avec la troupe de la Comédie-Française Martine Chevallier, Anne Kessler, Bruno Raffaelli, Alain Lenglet, Françoise Gillard, Christian Gonon, Hervé Pierre, Gilles David, Danièle Lebrun, Didier Sandre, Dominique Blanc et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française Matthieu Astre, Juliette Damy, Robin Goupil, Alexandre Schorderet et les enfants en alternance Maxime Alexandre, Margaux Guillou, Rosalie Trigano - Salle Richelieu / Comédie-Fançaise 

  

  

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POUSSIERE
© Theothea.com

   


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1 réactions à cet article    


  • simplesanstete 21 février 10:08

    Jagger un héro sous héroïne, éternellement jeune, inusable telle qu’elle........ rend quand elle est bonne. http://www.editions-allia.com/fr/livre/369/les-reveries-du-toxicomane-solitaire


    Ca sent le camp de concentration esthétisé ... toussa, beurk. J’ai 68 ans et l’idée de la mort et de l’âge m’est confortable devant tant de dérisions morbides, de zombies sous médocs, de dénies de réalités, le living dead c’est maintenant, la dictature du prolétariat, l’imagocratie, bouffi de besoins, pas la peine d’aller en + au théâtre, je les vois tous les jours . Cour âge faisons face et le temps est tué , nul est celui qui ignore la réalité cad le rationnel heil Hegel ! Connaissances réelles pour ne pas la perdre ................singulièrement !

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