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Quand une sensorialité inadéquate induit en erreur

Quand une sensorialité inadéquate induit en erreur.

 

Sur Usenet ce questionneur demandait un document, de préférence une vidéo présentant toutes les échelles de la matière : « Un document ressemblant à ceci :

x10 scène réelle de près

x100 tête d'épingle

x1000 cellule humaine

x2000 chromosome

x10000 électron d'un atome

etc... »

Il en existe plusieurs, dont Powers of Ten :
<URL:https://fr.wikipedia.org/wiki/Powers_of_Ten>
qui contient le lien
toitube :
<URL:https://www.youtube.com/watch?v=0fKBhvDjuy0>

Ou :

https://www.youtube.com/watch?v=PLhuZEosRRw
 

 

Le présupposé implicite est un mensonge grossier, qu’il a gobé tel quel : que notre géométrie macroscopique familière soit valide sous l'échelle des atomes. Un présupposé corpusculariste et planétaire, qui ne vaut pas un clou (rouillé, depuis 1911).
"Voir" aussi est colossalement faux sous la longueur d'onde de la lumière.

 

Ces infographistes sont spécialisés dans la sensorialité visuelle, et "aveugles" ou sourds dans les autres. Aussi s'imaginent-ils que leur sensorialité visuelle est encore un bon guide à l'échelle atomique voire en dessous.

On a vu un dessinateur surdoué, Franquin, faire des gags de sourds. Dans son dernier album, "Bravo les Brothers", il suffit que Spirou soit tourné vers le tableau de planification pour qu'il n'entende pas un chimpanzé déguisé en fillette (avec une jolie queue de cheval en coiffure) passer en trombe en patins à roulettes à travers le bureau de Fantasio. Des patins à roulettes silencieux, je n'ai jamais rencontré cela.

A l'échelle atomique, il y a certitude de déconner grave à vouloir plaquer le modèle visuel planétaire, avec un électron-corpuscule orbitant ou divaguant dans un vaste vide. Autrement dit j’accuse Jean Bricmont, ex-professeur de physique théorique, de déconner grave quand il se moque du grand public, ironisant que le grand public devrait voir l’atome comme tout du trou, parcouru par un ou plusieurs électrons-corpuscules. Sa vision corpusculariste est incompatible avec les propriétés des atomes et plus encore des cristaux.

La sensorialité secourable ici est acoustique et musicienne. Vous avez exploré les harmoniques sur une corde de guitare. Vous avez exploré les canards d'une flûte, et les avez comparé aux canards d'une clarinette, qui quintoie, elle (uniquement des harmoniques impairs). Vous avez chanté sous la douche, pour le plaisir que cette petite salle réverbérante vous colle à la bouche. Vous avez été dérouté quand il a fallu donner le concert dans une église pleine de monde, quand plus un choriste ne s'entend, et qu'il n’entend les autres qu’avec difficulté : « Dans cette église, on est tout seul ». Au contraire de Silvacane (abbaye cistercienne, en Provence) qui vide de monde, réverbère fortement sous sa coupole. Grâce à ce genre d'expériences vous parvenez à assimiler qu'un atome d'hydrogène est une onde stationnaire, et un atome plus lourd un jeu d'ondes stationnaires. Un jeu de 92 ondes stationnaires pour un atome d’uranium isolé, en vapeur, et un jeu colossal dans un cristal de quoi que ce soit.
Ondes de quoi ? D'électron. Électron ou onde électronique, c'est bonnet blanc et blanc bonnet, ou chou vert et vert chou si vous préférez. Et ces ondes stationnaires à bords flous sont quasi-impossibles à dessiner. Les chimistes ont bien une sténographie pour symboliser les liaisons chimiques. Ils ne s’en sortent qu’en simplifiant brutalement.

Et en dessous, dans le noyau, je ne sais pas si une sensorialité peut encore nous guider, mais la visuelle certainement pas.

Voilà, la limite absolue des infographies.

 

A la scène, Henrik Ibsen précise que Peer Gynt ne lutte contre le Grand Courbe (storejgen1) que dans les ténèbres : sensorialité tactile et musculaire, impossible à rendre en visuel à la scène. La magie qui délivre Peer de cet obstacle est acoustique : sa mère Åse et sa jeune amoureuse Solveig actionnent la cloche de l’église du village, en bas dans la vallée. « Il est trop fort, il a des femmes avec lui ! » murmure storejgen en s’évanouissant comme un souffle.

 

Je n’ai fait cette digression théâtrale que pour rappeler que nous disposons d’autres sensorialités que la seule visuelle, et qu’il est préférable de s’en souvenir, aussi bien en enseignement qu’en sciences. En règle générale, aucune ne suffira, et en sciences nul ne pourra économiser sur l’effort d’imagination et d’abstraction, précédé d’un solide enracinement dans le concret. En revanche, vous pouvez laisser tomber le débat standardisé "intuitif ou contre-intuitif", débat vicié et stérile dès le départ. Il s’agit en fait de la référence à des acquisitions expériencielles déjà faites, ou encore absentes. Le didacticien doit s’assurer que ces appuis expérienciels aient été acquis préalablement, sinon le pédagogue tentera de bâtir sur du sable mouvant.

 

 

1Et prononciation pour nous les français ? StoBeuil-guénn, avec l’accent tonique sur la première syllabe Sto et Beuil, et descente du ton sur la seconde syllabe. Le norvégien et le suédois sont des langues chantées, et cela surprend nos oreilles de français.


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19 réactions à cet article    


  • JC_Lavau JC_Lavau 22 décembre 2018 17:58

    A présent que j’y suis, autres prononciations des noms norvégiens cités :

    Åse : le å est un o ouvert, comme dans robe ou porte. Le s ne se voise jamais en norvégien. Transcription en Oçé. Accent tonique sur la première syllabe.

    Peer Gynt : le p norvégien est soufflé, il éteint une allumette. Le ee (graphie danoise du 19e siècle) est un é long. Sauf dans l’extrême ouest du pays, à Bergen par exemple, le r norvégien n’est pas grasseillé comme le plus souvent en français, mais apical (du bout de la langue). Y est une voyelle frontale, plus aigüe et frontale que notre u, plus serrée que notre i. Devant cette voyelle frontale, le g se palatalise en yod. Transcription en Pér Iunnt.


    • JC_Lavau JC_Lavau 22 décembre 2018 18:03

      Dans un autre article, qui est resté censuré, j’ai donné les conséquences d’une autre confiance abusée en la seule sensorialité visuelle : Michael Faraday obtint facilement d’excellent spectres de limaille de fer dans un champ magnétique, et difficilement des spectres plus diffus de poudres diélectriques ou de semoule dans un champ électrique. Et Crac Boum Hue ! Tous les natural philosophers de Grande Bretagne se sont mis en tête que le champ magnétique était vectoriel (puisque Hamilton venait d’inventer les vecteurs en 1837, avant d’inventer les quaternions en 1843), tandis que que le champ électrique devait être quelque chose de bien plus compliqué, comme un vortex, et le courant électrique quelque chose comme une mousse de vortex. La réalité est juste le contraire, et Pierre Curie en a administré la preuve en 1894 : Sur la symétrie dans les phénomènes physiques, symétrie d’un champ électrique et d’un champ magnétique. J. Phys. Theor. Appl., 1894, 3 (1), pp.393-415. https://hal.archives-ouvertes.fr/jpa-00239814/document.

      Pierre Curie a prêché dans le désert.



      • Decouz 22 décembre 2018 19:52

        Qui a dit que l’intellectualité occidentale s’était développée sous l’influence prédominante de la vision ? Ou autre chose dans le genre, mais qui soulève la question.

        Si nous voulons goûter les choses comment allons nous les présenter sans faire d’indigestion ?

        Si nous rapprochons les cinq sens de cinq paramètres cosmologiques, temps, vie, espace, quantité, forme, la vision ne s’appliquerait, du moins par excellence, qu’à un de ces termes, pour les autres, il faudrait faire intervenir les autres sens.


        • JC_Lavau JC_Lavau 22 décembre 2018 20:00

          @Decouz. C’est sensiblement la thèse de Marshall McLuhan.
          L’alphabétisation généralisée dans au moins une partie de la Grèce antique, et la révolution commençante du raisonnement écrit.
          Il prétendait aussi que l’alphabétisation des insurgents américains en faisait de bien meilleurs tireurs et tirailleurs que les Hessois lourdement harnachés que les anglais laçaient contre eux. Tout cela est à mieux vérifier.


        • JC_Lavau JC_Lavau 22 décembre 2018 20:01

          @JC_Lavau. ... lançaient ...


        • JL JL 23 décembre 2018 10:50

          @JC_Lavau
           
           Toujours intéressant de vous lire. La La vulgarisation est un art difficile.
           
           ’’ insurgents ’’ ? Vous voulez dire : insurgés ?
           
          ’’Des patins à roulettes silencieux, je n’ai jamais rencontré cela. ’’ Des rollers, peut-être ?


        • JC_Lavau JC_Lavau 23 décembre 2018 11:18

          @JL. J’ai repris le mot du 18e siècle : insurgents.
          Franquin a dessiné des patins à deux essieux fixes, pas de rollers en ligne qui n’existaient pas en ce temps là. Peut-être existaient alors (1965) des patins à bandages caoutchouc. Années 50, je n’avais connu que les roues en acier.


        • Julien S 24 décembre 2018 02:04

          @JC_Lavau
          .
          Patins à roulettes à bandage de caoutchouc en 1965 : oui. 


        • gaijin gaijin 23 décembre 2018 11:26

          gag de sourds :

          qu’entendez vous par là ?

          oh pas grand chose

          .......


          • gaijin gaijin 23 décembre 2018 11:28

            autre gag de sourds :

            gj : « vous dites que vous écoutez mais vous n’entendez pas » 

            député lrem :«  si si on vous écoute .... »

            ( hier sur bfm )


            • gaijin gaijin 23 décembre 2018 11:36

              blague a part la question du surinvestissement du visuel est une question capitale

              d’une part ça nous prive de l’accès a nos autres sens d’autre part il faut noter la position de nos yeux qui est une position de prédateur : les yeux de face permettant de trianguler la distance avec précision ...( les herbivores par exemple ont les yeux sur les cotés pour avoir une détection a 360 ).

              ce qui signifie que quand nous regardons le monde nous nous focalisons sur un aspect et nous manquons le reste ....

              saint Saint-Exupéry disait « l’essentiel est invisible pour les yeux » 

              a bon entendeur, salut ....


              • JL JL 23 décembre 2018 11:47

                @gaijin
                 
                 sur la différence entre les yeux d’herbivores et de carnivores : je remarque que les singes, les primates, ont des yeux de carnivores.
                 
                Dans un autre ordre d’idées, je pense qu’il serait intéressant de demander à des non-voyants congénitaux et physiciens de nous expliquer comment ils imaginent le monde quantique.


              • JC_Lavau JC_Lavau 23 décembre 2018 12:09

                @gaijin. Voir ce que sont les performances stupéfiantes d’un pisteur aborigène, par exemple pour retrouver vivant un enfant de trois ans qui est parti au hasard, ou pour retrouver en brousse un criminel enfui. Ou les performances d’orientation des boshimans, hommes et femmes.
                Les neurones qu’ils utilisent, nous les avons réaffectés à autre chose dans notre vie urbaine, où nous apprenons à lire, écrire et calculer tôt dans l’enfance.

                Il se révèle sur nos élèves que la mémoire de l’écrit est une mémoire auditive réaffectée, alors que la motricité de l’écrit est manuelle, partagée avec le tracé et le dessin.
                Les identités remarquables
                (A + B)² = A² + 2AB + B² 
                et (A-B)² = A²  2AB + B²

                ne posent guère de problème aux auditifs. Elles deviennent difficiles pour le visuel qui assimile le carré à un chapeau, et les parenthèses à la maison, avec un résultat fort incertain. Outre l’écrit, le pédagogue doit donc donner un support graphique aux visuels : la figure pratiquée dès l’antiquité, d’un carré partagé en deux carrés A² et b² et deux rectangles AB. Seulement à ce moment là, leur acquisition devient incassable.


              • gaijin gaijin 23 décembre 2018 12:18

                @JL
                «  je remarque que les singes, les primates, ont des yeux de carnivores. »
                oui en effet .....nous avons ( nous les primates ) différents traits de carnivores dentition longueur de l’intestin .....
                " je pense qu’il serait intéressant de demander à des non-voyants congénitaux et physiciens de nous expliquer comment ils imaginent le monde quantique.

                "
                il serait encore bien plus pertinent de leur demander comment ils perçoivent le monde tout court smiley
                ma première formatrice en massage était une kiné non voyante, sa solution fut simple : nous donner un bandeau et nous envoyer dans les bois .....( par binomes ...un voyant un non voyant ) essayez ! quelques heures suffisent a commencer a comprendre ......


              • gaijin gaijin 23 décembre 2018 12:20

                @JC_Lavau
                « . Voir ce que sont les performances stupéfiantes d’un pisteur aborigène, »
                oui j’ai vu quelques reportages a ce sujet ...et je sais aussi ce qu’ils ne disent pas ...


              • JC_Lavau JC_Lavau 23 décembre 2018 12:21

                @JL. Les primates étaient insectivores donc chasseurs, avant même d’être arboricoles et bondissant de branche en branche. Regarder les tupaïdés et les tarsiers.
                L’acquisition d’une troisième opsine, discriminante côté rouge est liée à un régime frugivore dans les arbres. Âge inconnu : entre 25 Ma et 40 Ma.

                N’hésite pas énoncer comment toi, tu vois le monde quantique.

                Je ne suis pas aveugle, mais à 54-56 ans j’avais des difficultés terribles à suivre et noter : je ne pouvais lire le tableau noir qu’avec lunettes, mais voir ma feuille de papier que sans lunettes. Qui plus est, ce que le prof parlait, c’est ce que je ne pouvais encore voir, car son corps était devant. Je n’ai acquis mes premiers verres progressifs que la seconde année, et dans la vie courante ils étaient un supplice : tout dansait quand je tournais la tête.
                Les étudiants jeunes ne soupçonnent pas le problème, et la plupart des profs non plus.


              • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 23 décembre 2018 12:45

                @gaijin

                Ça me rappelle un tour de l’île de Ua Pou (Marquises) a l’âge de 17 ans . Que des sentiers de montagne, pas de cartes , pas indications. J’étais accompagné de deux militaires et nous devions faire une liaison entre deux villages. Arrive un endroit où il y a cinq possibilités...eux se grattent la tête. J’avance sur les sentiers, observe puis en designe un en disant c’est par là. Comment tu le sais ? Je leur répond que vu le nombre de détritus au sol sur celui là c’est celui le plus emprunté pour aller d’un village à l’autre.. Lol


              • gaijin gaijin 23 décembre 2018 14:00

                @Aita Pea Pea
                 smiley
                bien entendu voir ce qui est là est déjà un assez bon exploit en soi ......


              • JC_Lavau JC_Lavau 23 décembre 2018 18:54

                @JC_Lavau. 3e opsine diurne, dans des cônes. Uniquement chez des singes de l’Ancien Monde.
                Je n’avais pas compté l’opsine des bâtonnets, pour vision nocturne.

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