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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Qui a tué mon père » Stanislas Nordey en quête Edouard Louis à La (...)

« Qui a tué mon père » Stanislas Nordey en quête Edouard Louis à La Colline

C’est seulement par apparence syntaxique que le titre de la pièce théâtrale d’Edouard Louis poserait question car l’absence de point d’interrogation ne relève ni de l’oubli, ni d’une abstraction esthétique, ni même d’une préciosité créative.

En effet, grâce à la contraction sémantique du pronom relatif « Ce qui », « Celui qui » ou même « Ceux qui » en une seule entité représentative « Qui », le titre ainsi libellé suggère une énigme à résoudre. 

 

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QUI A TUE MON PERE
© Jean-Louis Fernandez

  

En revanche, s’il était transformé en « Ce qui a tué mon père », cet intitulé pourrait résumer le contenu d’une « pièce à conviction » voire même la compilation de justificatifs permettant de constituer un dossier à charge.

Et tel est sans doute réellement l’objectif poursuivi par Edouard Louis mais comme, sans être une commande, cet objet littéraire, né d’un travail de quête et d’analyse à partir d’une idée directrice soumise à l’auteur par Stanislas Nordey, correspondait à la perspective implicite d’en réaliser un spectacle engageant la réciprocité de fait d’un tel binôme artistique, cela pouvait s’avérer fort judicieux de laisser planer un doute et un suspens dramaturgiques sur cette création en incitant le futur spectateur à se poser effectivement la question : « Mais qui donc aurait tué le père d’Edouard Louis ? »… tout en méconnaissant que celui-là est actuellement vivant.

 

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QUI A TUE MON PERE
© Jean-Louis Fernandez

  

Ainsi, on le comprend aisément à demi-mot, il s’agirait bel et bien d’un pamphlet à vocation symbolique mais dont la teneur pourrait aussi s’apparenter à celle du mouvement sociétal contemporain pointant directement le hiatus existant entre le monde des dominants et celui des dominés.

C’est donc d’abord l’histoire d’un retour, celui d’un fils ayant dû s’extraire de l’environnement familial pour cause d’incompréhension existentielle et culturelle.

Et si les griefs reprochés de part et d’autre étaient multiples et inconciliables à l’origine, serait néanmoins venu, désormais, le temps non d’un pardon hors sujet mais celui du besoin de comprendre les causes systémiques ayant enclenché la rupture. 

   

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QUI A TUE MON PERE
© Jean-Louis Fernandez

  

Et voilà donc que se dessine en creux, au regard du spectateur, le portrait d’un homme d’une cinquantaine d’années n’ayant plus la capacité d’autonomie car la machine à anéantir les corps aurait effectué son travail de sape depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui.

En effet, reproduisant de générations en générations l’abnégation du travailleur ayant intégré les codes d’autodestruction, le père aurait également tenté d’inculquer à son fils les principes du renoncement alors même qu’à son insu ceux-ci le laminaient progressivement de l’intérieur.

Edouard Louis fustige donc les normes de cette éducation censurant le désir et l’épanouissement au nom de valeurs coercitives imposées par la classe des nantis à celle des sans ressources.

    

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QUI A TUE MON PERE
© Jean-Louis Fernandez

  

Que ce soit sur le plan de l’éthique, du législatif ou de la gouvernance, ceux-ci forceraient ceux-là à abdiquer insidieusement.

C’est cette parole de rébellion vitale que Stanislas Nordey a décidé de prendre en charge pour la clamer haut et fort, d’abord sur la scène de La Colline puis en tournée, la faisant sienne en articulant les syllabes jusqu’à ce qu’elles résonnent au tréfonds des consciences.

Son style déclamatoire à nul autre pareil détient l’immense avantage de sans cesse revenir à la charge comme s’il labourait en profondeur le terreau cognitif en même temps que celui de la vigilance.

 

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QUI A TUE MON PERE
© Theothea.com

   

La scénographie l’accompagne d’une éclosion successive de mannequins similaires évoquant le spectre paternel en des poses régressives hantant la parole filiale.

Enfin, par-delà ce thème revendicatif d’équité civique mis en exergue, il est intéressant d’apprécier la performance impliquée du comédien Stanislas arpentant le plateau en quête de contact trans-relationnel, à l’aune de sa révélation médiatique d’avoir lui-même renoué récemment des liens avec son propre père, le metteur en scène Jean-Pierre Mocky, après une très longue période d’abstinence tacite entre eux deux.

   
photos 1 à 4 © Jean-Louis Fernandez
photos 5 & 6 © Theothea.com
   
QUI A TUE MON PERE - ***. Theothea.com - de Edouard Louis - mise en scène Stanislas Nordey - avec Stanislas Nordey - Théâtre de La Colline / TNS
  
  

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QUI A TUE MON PERE
© Theothea.com

    


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2 réactions à cet article    


  • troletbuse troletbuse 29 mars 16:42

    C’est pas moi

    Toutes mes excuses à Theothea.com


    • Orélien Péréol Orélien Péréol 30 mars 14:37

      Perso j’ai écrit ça : https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/tous-victimes-les-dirigeants-213792

      Il n’y a pas de machine à broyer les corps.

      Une machine à broyer les corps qui serait dans la volonté méchante de puissants qui pourraient tout-à-fait faire autrement, s’ils le voulaient.

      Il faut arrêter cette idéologie violente de la généralisation du victimisme.

      Mes deux seuls outils : ne pas y participer et en montrer la vanité chaque fois que c’est possible. ça ne servira à rien. Mais m’y mettre avec tout le monde (j’en aurais sûrement des bénéfices personnels, d’inclusion dans les groupes qui se considèrent comme les tenants de la vraie lutte contre les vraies injustices) m’y mettre avec tout le monde, cela n’est pas possible.

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