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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Sur la piste du Marsupilami », comment Chabat ?

« Sur la piste du Marsupilami », comment Chabat ?

Dan Geraldo, un célèbre reporter, vantard mai bidon, est coûte que coûte à la recherche d’un scoop. Il est envoyé en Palombie pour en décrocher un auprès de la tribu Paya animée par une mystérieuse prophétie. Sur son chemin, alors qu’il s’apprête à réaliser LE scoop de sa vie, il rencontre un certain Pablito qui l’accueille à l’aéroport, le seul à avoir vu, visiblement, le Marsupilami dans la jungle…

Comment Chabat ? Sur La piste du Marsupilami* rencontre un large public en salles : après sa 3e semaine d’exploitation, et bénéficiant des vacances scolaires, il vient de passer la barre des 4 millions de spectateurs, devenant ainsi le plus grand succès de l’année derrière les 4,61 millions d’entrées du lourdingue La Vérité si je mens ! 3. Cette semaine, le film de Chabat, à la gouache multicolore un brin désuète, s’offre même le luxe de dépasser les chiffres de l’artillerie lourde que sont Battleship, avec Taylor Kitsch, et Lock Out produit par Luc Besson.

Au-delà du succès commercial, saluons la réussite artistique du film. L’ex-Nul réussit, avec Sur La piste du Marsupilami, là où Spielberg a échoué avec Tintin**. Autant le film de l’Américain s’écartait de la ligne claire d’Hergé pour tendre vers le blockbuster pyrotechnique indigeste, autant le Français – cocorico ! - reste fidèle à André Franquin, le papa du célèbre mammifère ovipare jaune à la queue-ressort de huit mètres, et à l’esprit BD en général : des gags visuels en veux-tu en voilà et un art du décalage façon Goscinny, Gotlib et les auteurs des éditions L’Association ; le tout étant saupoudré par la « décontraction de l’intelligence » (définition de la connerie selon Gainsbarre !) propre à l’âge d’or de l’esprit Canal +. On rit de bon cœur, c’est bon enfant, « open barre de rire » pourrait-on dire, certes ça ratisse large (de 7 à 77 ans selon la formule consacrée) mais le 4e film de Chabat est suffisamment enlevé, malin et chatoyant pour rappeler, dans ses meilleurs moments, les aventures de Tintin (la Palombie à l’exotisme tropical façon les Picaros) et les courses-poursuites trépidantes des comédies signées de Broca : L’Homme de Rio, Le Magnifique.

Cette comédie familiale populaire signée Chabat (du 4 sur 5 pour moi car elle répond habilement à son cahier des charges qui est de divertir) réussit tout compte fait à fusionner cinéma d’aventure burlesque et BD de Franquin, en évitant le piège de faire des plans de cinéma qui ne seraient que des applications scolaires, voire figées et serviles, des cases de l’auteur de Spirou et Fantasio façon story-board : « Franquin était un tel génie graphique que ses cases sont impossibles à reproduire en cinéma live, il y a toujours un problème de focale, de perspective, de composition. C’est de la pure BD, informulable sous un autre médium. » (Chabat, in Illimité n°210, avril 2012, page 32). On sent qu’Alain Chabat, déjà auteur du réussi Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2001), est un gros lecteur de BD. Au final, il ne fait pas une application à la lettre de Franquin ou d’Hergé, mais il en garde l’esprit, s’en inspire allègrement et ça fonctionne bien ainsi même s’il n’arrive tout de même pas à égaler, avouons-le car son projet est plus modeste, les grandes réussites du genre - à savoir les adaptations filmiques parfaitement réussies de bandes dessinées - que sont par exemple les deux Batman (1989, 1992) de Tim Burton, Popeye (1980) de Robert Altman et Dick Tracy (1990) de Warren Beatty. 

Et puis en dehors du plaisir de retrouver un animal mythique qui ne cesse de se faire la malle (Chabat a d’ailleurs l’intelligence de le rendre bien plus existant en creux que par sa présence effective à l’image), il y a quand même deux séquences anthologiques dans le film : la scène dans laquelle Pablito (Jamel Debbouze) se fait niquer l’oreille par un chihuahua survolté est drolatique, et celle où le Général Pochero (énormissime Lambert Wilson) se transforme en blondasse pailletée pour entamer, au beau milieu d’une soldatesque tyrannique, un tube de Céline Dion vaut vraiment son pesant de cacahuètes. A mon avis, rien que pour ces deux moments hors pistes quittant volontiers le « film pour enfants » pour rejoindre un comique de l’absurde des plus réjouissants, le film poilant qu’est Sur La piste du Marsupilami mérite d’être vu et salué. Bref, merci…pilami, et pour Chabat, hip hip hip Houba ! 

* Sur la piste du Marsupilami. 2011. 1h45. Comédie française en couleurs d’Alain Chabat avec Jamel Debbouze, Alain Chabat, Fred Testot, Lambert Wilson, Liya Kebede. En salles depuis le 4 avril 2012.

** http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/tintin-par-spielberg-la-cata-103246


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8 réactions à cet article    


  • amipb amipb 28 avril 2012 15:19

    Etonnant que vous trouviez que ce film « reste fidèle à André Franquin » : nulle présence de Fantasio et Spirou, pourtant.

    Personnellement, j’ai trouvé ce film bien plus lourd que les célèbres « Cité de la peur » ou « Didier », où l’humour des Nuls savait faire mouche.

    Quant à Tintin, ce fut finalement plutôt une bonne surprise, malgré les mauvaises critiques et, donc, un mauvais a priori.

    Il est évident que la ligne claire est quasi impossible à retranscrire au cinéma, sans rester dans le dessin animé. Les têtes surdimensionnées, par contre, sont parfois gênantes.


    • INFOX INFOX 28 avril 2012 15:48

      Vous aussi vous êtes payé par Chabat. ? ..Ma fille de 9 ans a trouvé ça chiant...Mis à part la belle réussite du marsupilami en 3d, le reste c’est tout juste un scénario pour gamin de 5 ans et encore...



      • Vincent Delaury Vincent Delaury 28 avril 2012 16:29

        INFOX : « Vous aussi vous êtes payé par Chabat. ? »

        Aux dernières nouvelles, non, et figurez-vous que j’ai même payé ma place ! smiley


      • ZEN ZEN 28 avril 2012 15:58

        On en a vu un naguère roder en ces lieux...


        • roro46 28 avril 2012 16:02

          Un sacré pavé sur la route de la lobotomisation des masses ; et ça marche !
          Et vive les tonnes de plastoc avec les indispensables turbulos estampillés marsupilami...
          Beurk...........

          au secours, réveillez-vous !


          • morice morice 28 avril 2012 16:30

            On sent qu’Alain Chabat, déjà auteur du réussi Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2001), est un gros lecteur de BD. 


            ça ne fait que 2 BDs... cher critique adoré....

            • JL JL1 28 avril 2012 19:18

              J’ai vu, je confirme : « On rit de bon cœur, c’est bon enfant, « open barre de rire » pourrait-on dire », Et « ça ratisse large (de 7 à 77 ans) »

              ce qui ne gâte rien, au contraire, saluons la performance !


              • loco 28 avril 2012 22:25

                 Bonsoir,

                 Hum, un remake de film muet porté aux nues à Cannes, des BD pour gosses qui attirent les « adultes » dans les salles obscures, des parcs d’attraction où des « électeurs » vont serrer la main de Mickey et se donner du « frisson » dans un forme de scenic railway..... 

                 Et ces mêmes clients se plaignent d’être infantilisés par des politiciens qui les tiennent pour des cons....

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