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Un visible Théo

La Cie La Main Gauche joue en ce moment à Paris “Un Visible Théo” une pièce de Renaud Le Bas publiée aux éditions Les Cahiers de l’Egaré/ Autrement.

Si le spectateur croit venir écouter religieusement un texte aux longues litanies psycho-poético-moralisatrices -comme on en voit trop souvent-, il se trompe. Et il ressort heureux, parce qu’avec Renaud Le Bas et Valérie Gabriel, les deux interprètes, ce n’est pas parce que le sujet est sérieux qu’il faut pour autant être grave. Les situation est simple et forte. Mais on ne le sait pas tout de suite. On assiste aux émois de deux parents qui voient leur fils revenir pour la première fois de l’école. On se surprend à rire, mais il y a de la sagesse dans cet humour là, par la proximité des personnages qui semblent se poser les questions que tout parent se pose, avec leurs différences et leurs identités. Et puis on découvre, et on est emportés par un drame qui n’a rien de superficiel. Voilà le tour de force de cette mise-en-scène qui donne à jouer une partition millimétrée, où les personnages sont bien dessinés dans leur singularité respective.

La cadence est donnée par Frédéric Andrau, ici metteur-en-scène, qui retrouve les interprètes qui avaient eu le Prix de la Critique en Avignon pour “Texte sans Sépulture” voici quelques années. Cela donne une oeuvre intimiste et tendre à la fois qu’il faut aller voir, histoire de rompre avec les mêmes rengaines. Là, c’est frais. Sans larmoyer sur un thème dont il faut applaudir le courage, les deux acteurs touchent au plus intime d’une relation pudique, universelle, d’un couple d’aujourd’hui autour d’un enfant-roi, tyran malgré lui, enfant-dieu très visible, gosse pas comme les autres. Deux acteurs ? ou plutôt trois, car le personnage de Théo prend vie dans l’histoire que le théâtre propose de partager, tant et si bien qu’on parvient à l’apercevoir, à distinguer son rire lorsqu’il regarde, comme tous les enfants, tourner son clown. Magique...

On ne peut qu’être touché par l’histoire de ce couple -soldats de l’amour- qui revendique une parentalité pleine et entière, sans discrimination d’aucune sorte. Tout comme l’auteur, les personnages s’insurgent contre les discours de circonstances, la politesse des uns, la gêne des autres. Ils aiment leur môme, ils s’aiment, et de toute façon rien n’est facile. Car le parcours que Renaud Le Bas fait emprunter à ses personnages va bien au-delà du simple témoignage auto-centré. (voir l’article de Sandrine Blanchard dans Le Monde du 23 06 05). L’histoire de Théo ne s’arrête pas à lui. C’est avant tout un geste artistique et donc politique. Il interroge la cité sur nos capacités individuelles et collectives à intégrer ou à exclure, à ouvrir les yeux ou à les fermer, sur ce que les moins bien lotis exigent de nous. Il donne une leçon d’amour, un exemple de présence fragile et éveillée de deux parents à leur enfant.

En sortant de ce spectacle, j’ai repensé à cette phrase que Michel Serres a dit un jour : “Le plus apte est celui qui, dans l’espèce humaine, invente à un moment l’altruisme. Contrairement à ce qu’on pense, le plus fort, celui qui gagne, le battant est peut-être, dans l’humanité, celui qui amène la régression. Le progrès de nos civilisations paraît passer par la protection des faibles... et peut-être avance quelquefois à partir des plus misérables. La vraie doctrine c’est la doctrine de la faiblesse. Le progrès humain passe par la protection des faibles. Le progrès humain passe par la misère et non pas la richesse, par la faiblesse et non pas la force, par la fragilité et non pas la puissance.

Au Théâtre du Renard, à 21 h 00, 12 rue du Renard M° hôtel de ville. 01 42 71 46 50


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