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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > « Viol » de Botho Strauss à l’Odéon - Ateliers Berthier

« Viol » de Botho Strauss à l’Odéon - Ateliers Berthier

Faudrait-il sortir indemne de VIOL ?

Pour "Shändung" littéralement "Mutilation", cette nouvelle pièce de Botho Strauss que Luc Bondy a souhaité créer à l’Odéon Berthier avant ses représentations germaniques, nul ne serait obligé d’être choqué par la démonstration des liens associant Eros et Thanatos, puisque le Titus Andronicus de Shakespeare, dont s’inspire initialement Botho Strauss, a depuis longtemps habitué le spectateur à côtoyer la métaphore théâtrale de la violence.

Si ce n’est qu’en s’approchant de ce qui pourrait être considéré à tort comme du Théâtre-réalité, Botho Strauss brouille la grille de lecture, en incluant une perspective pirandellienne à son étude, faisant de la scène le lieu même de la répétition en abîme d’images mentales chaotiques qui s’emparent de manière définitive de l’imaginaire collectif.

L’observation hyperréaliste du crime en temps réel force alors chaque conscience à admettre qu’elle est en mesure d’assister avec distanciation à l’horreur insupportable, tant elle serait désormais convaincue que le processus destructeur est inscrit dans l’ordre des choses.

Sans doute l’esthétisme voulu par Luc Bondy facilite-t-il l’habillage du viol par de l’hémoglobine d’un rouge tellement pictural qu’il va permettre à la victime de constituer sa souffrance en oeuvre d’art.

D’ailleurs, pour sauvegarder l’intégrité de son être, Lavinia (Dörte Lyssewski, impliquée de manière quasi métaphysique) va peu à peu renverser son aversion du bourreau jusqu’à le désirer dans le paroxysme, et c’est en bravant les foudres de son père Titus (Gérard Desarthe, méticuleux dans la haine), totalement meurtri, qu’elle tracera sur le sol, en lettres de poussière, la pulsion libidinale qui la torture.

Privée de sa langue et de ses bras arrachés dans le délire de la jouissance meurtrière, mais quelle que soit l’intensité du remords lancinant de Chiron (Louis Garrel), l’un de ses agresseurs désavouant sur le tard la complicité de son frère Démétrius (Joseph Menant) et de sa mère Tamora (Christine Boisson, sensuelle en diable), la quête désespérée de Lavinia, relayée et traduite par Monica (Marina Foïs à l’étrange malice), son double en langage des signes, échouera dans la récurrence infernale de la vengeance guerrière des parties en présence.

Assistant du début à la fin de la représentation qui inscrit la profanation au centre de l’histoire humaine, c’est au travers du regard d’un jeune garçon très attentif et initialement candide que Lukas (Marie-Laure Crochant) sortira à terme du jeu de son enfance pour proclamer à sa mère (Laurence Cordier) le plus radicalement du monde qu’il est désormais "l’empereur de Rome".

Il ne serait donc pas possible de sortir indemne de VIOL !...

Photo : Ruth Walz Koskas

VIOL **** de Botho Strauss, d’après William Shakespeare - avec Renaud Bécard, Christine Boisson, Xavier Clion, Laurence cordier, Marie-Laure Crochant, Gérard Desarthe, Marcial di Fonzo Bo, Marina Foïs, Louis Garrel, Roch Leibovici, Dôrte Lyssewski, Joseph Menant, William Nadylam, Jérôme Nicolin - mise en scène : Luc Bondy - Théâtre de l’Odéon / Ateliers Berthier -


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