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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Viollet-le-Duc, protéger et restaurer le patrimoine national

Viollet-le-Duc, protéger et restaurer le patrimoine national

« Dans les restaurations, il est une condition dominante qu’il faut toujours avoir à l’esprit. C’est de ne substituer à toute partie enlevée que des matériaux meilleurs et des moyens plus énergiques ou plus parfaits. Il faut que l’édifice restauré ait passé pour l’avenir, par suite de l’opération à laquelle on l’a soumis, un bail plus long que celui déjà écoulé. On ne peut nier que tout travail de restauration est pour une construction une épreuve assez dure. » (Eugène Viollet-Le-Duc, 1866).



L’inspecteur général des édifices diocésains, "architecte du gouvernement", Eugène Viollet-le-Duc, très connu pour avoir initié la reconnaissance de la mémoire et la restauration des monuments historiques, principalement médiévaux, est mort à Lausanne il y a cent quarante ans, le 17 septembre 1879, à l’âge de 65 ans (il est né le 27 janvier 1814 à Paris). Il était en train de restaurer la cathédrale de Lausanne. Son nom est revenu fréquemment dans l’actualité de ce printemps car il fut celui qui a restauré la cathédrale Notre-Dame de Paris en proposant notamment cette fameuse flèche en plomb qui a été détruite dans l’incendie du 15 avril 2019.

Au-delà de Notre-Dame de Paris (1843), Viollet-le-Duc, érudit, historien, écrivain, mathématicien, dessinateur, est connu pour la restauration du château de Pierrefonds (1857, pour en faire une résidence de l’empereur Napoléon III), de la cité de Carcassonne (1853), des remparts d’Avignon, du Mont-Saint-Michel, de la collégiale de Clamecy, de la basilique de Vézelay (1840), de la cathédrale de Lausanne (1872), de la cathédrale d’Auxerre (1844), de la basilique de Saint-Denis (1846), de la basilique Saint-Sernin de Toulouse (1845)… et a beaucoup inspiré de nombreux très grands architectes tels qu’Antonio Gaudi, Auguste Perret, Le Corbusier, etc.

Ce furent avec Vézelay et le Mont-Saint-Michel qu’il commença à l’âge de 26 ans dans la restauration de monument historique, à la demande de Prosper Mérimée (1803-1870), le fameux inspecteur général des monuments historiques de 1834 à 1860, qui sauva de nombreux monuments, notamment le baptistère Saint-Jean de Poitiers, la crypte Saint-Laurent de Grenoble, etc.

Les travaux de restauration de Viollet-le-Duc ont été souvent controversés à cause d’une audace qui allait bien au-delà de l’esprit de la construction primitive, selon son principe énoncé dès le début de son article sur la restauration dans son très intéressant "Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle" (tome 8) publié en 1866 (et déjà cité ici) : « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné. (…) [Les] archéologues, exhumant patiemment les moindres débris des arts qu’on supposait perdus, ont à vaincre des préjugés entretenus avec soin par la classe nombreuse des gens pour lesquels toute découverte ou tout horizon nouveau est la perte de la tradition, c’est-à-dire d’un état de quiétude de l’esprit assez commode. ».

Par exemple, les travaux de restauration de la basilique Saint-Sernin de Toulouse, commencés en 1860, furent très contestés. Viollet-le-Duc a fait déposer en 1872 la Tour des Corps Saints, où étaient exposés des reliques depuis le XVIIe siècle le long du déambulatoire, et s’est attaqué à la décoration, et n’a pas pu achever les travaux avant de mourir (mais la Tour des Corps Saints a été finalement réinstallée à la fin du XXe siècle).

Viollet-le-Duc fut très célèbre par sa vision de Notre-Dame de Paris. Si c’était bien lui qui a fait construire la flèche qui a été détruite le 15 avril 2019, il n’avait fait que reprendre le principe de la flèche, érigée vers 1220-1230, qui, trop fragile, avait été détruite juste avant la Révolution française (démontée en 1786 pour éviter un accident). Viollet-le-Duc a fait accompagner la (nouvelle) flèche de seize statues, les douze apôtres et les quatre évangélistes, et la statue de saint Thomas, patron des architectes, fut sculptée avec les traits de Viollet-le-Duc, la règle des compagnons à la main, regardant le haut de la flèche ! Par chance, ces statues venaient d’être démontées le 11 avril 2019 juste avant l’incendie qui a détruit la flèche (en plomb) et le toit de Notre-Dame de Paris.

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Dans leur projet de restauration de Notre-Dame de Paris, daté du 31 janvier 1843, Viollet-le-Duc et son collègue Jean-Baptiste Antoine Lassus (1807-1857) avaient conscience des difficultés : « Dans un semblable travail, on ne saurait agir avec trop de prudence et de discrétion ; et nous le disons les premiers, une restauration peut être plus désastreuse pour un monument que les ravages des siècles et les fureurs populaires ! car le temps et les révolutions détruisent, mais n’ajoutent rien. Au contraire, une restauration peut, en ajoutant de nouvelles formes, faire disparaître une foule de vestiges, dont la rareté et l’état de vétusté augmentent même l’intérêt. Dans ce cas, on ne sait vraiment ce qu’il y a de plus à craindre, ou de l’incurie qui laisse tomber à terre ce qui menace de ruine, ou de ce zèle ignorant qui ajoute, retranche, complète, et finit par transformer un monument ancien en un monument neuf, dépouillé de tout intérêt historique. ». Et ils ont insisté sur le besoin de pérennité : « Il faut non seulement que l’artiste s’attache à soutenir, consolider et conserver ; mais encore il doit faire tous ses efforts pour rendre à l’édifice, par des restaurations prudentes, la richesse et l’éclat dont il a été dépouillé. C’est ainsi qu’il pourra conserver à la postérité l’unité d’aspect et l’intérêt des détails du monument qui lui aura été confié. ».

Sans pour autant refuser toute touche de modernité : « Cependant, nous sommes loin de vouloir dire qu’il est nécessaire de faire disparaître toutes les additions postérieures à la construction primitive et de ramener le monument à sa première forme ; nous pensons, au contraire, que chaque partie ajoutée, à quelque époque que ce soit, doit, en principe, être conservée, consolidée et restaurée dans le style qui lui est propre, et cela avec une religieuse discrétion, avec une abnégation complète de toute opinion personnelle. L’artiste doit s’effacer entièrement, oublier ses goûts, ses instincts, pour étudier son sujet, pour retrouver et suivre la pensée qui a présidé à l’exécution de l’œuvre qu’il veut restaurer. » (1843).

Par sa famille (son père fut nommé à la révolution de juillet 1830 gouverneur du palais de l’Élysée puis des Tuileries) et ses relations, Viollet-le-Duc fréquentait régulièrement Ampère, Stendhal, Rémusat et aussi Thiers. Évincé par ses rivaux de la chaire d’histoire de l’architecture, Viollet-le-Duc fut le premier professeur d’histoire de l’art (et d’esthétiques) aux Beaux-arts de Paris, et féru de randonnées en montagne, il étudia le massif du Mont-Blanc où il se ressourçait dans une solitude contemplative. Passionné par les insectes, il voulait les protéger : « Laissez vivre les plus petits des êtres ; laissez pousser les fleurs et même les herbes folles ; il y en a de jolies par la forme et par la couleur. Pourquoi mauvaises herbes ? Pourquoi insectes nuisibles ? Qu’en savez-vous ? ».

Viollet-le-Duc a laissé de très nombreux écrits et croquis, notamment de bâtiments d’époque romane ou gothique juste avant qu’ils fussent détruits pour de nouvelles constructions. Cela en fait un théoricien majeur de l’architecture.

Il a notamment publié en 1856, avec le baron Ferdinand de Guilhermy (1809-1878), président de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France en 1876-1877, une très complète notice historique de Notre-Dame de Paris ("Description de Notre-Dame, cathédrale de Paris" dédié à Monseigneur l’archevêque de Paris). Parlant des objets anciens composant le trésor de Notre-Dame : « Nous souhaitons que leur rentrée à Notre-Dame soit pour l’insigne cathédrale le commencement d’une ère nouvelle de gloire et de prospérité. Puisse-t-elle voir renaître les anciens jours de foi et de grandeur, en même temps que, par les soins du gouvernement, les artistes de notre époque lui rendent son antique parure, effaçant les outrages du temps et des hommes. ».

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Je propose ici de nous replonger dans certains autres de ses écrits.

Dans l’article sur la restauration du Dictionnaire déjà cité, Viollet-le-Duc a apporté beaucoup de recommandations aux futurs restaurateurs.

Selon lui, il serait peu pertinent de vouloir reproduire dans certaines villes moyennes des répliques plus petites de grands monuments : « C’est d’ailleurs une erreur grossière de croire qu’un membre d’architecture du Moyen-Âge peut être grandi ou diminué impunément. Dans cette architecture, chaque membre est à l’échelle du monument pour lequel il est composé. Changer d’échelle, c’est rendre ce membre difforme. (…) Chaque monument du Moyen-Âge a son échelle relative à l’ensemble, bien que cette échelle soit toujours soumise à la dimension de l’homme. Il faut donc y regarder à deux fois lorsqu’il s’agit de compléter des parties manquantes à un édifice du Moyen-Âge, et s’être bien pénétré de l’échelle admise par le constructeur primitif. » (1866).

Tout avait plusieurs fonctions et toute modification doit être mûrement étudiée. C’est pourquoi la reconstruction de Notre-Dame de Paris doit prendre le temps nécessaire pour ne pas oublier un détail : « N’oublions pas que les monuments du Moyen-Âge ne sont pas construits comme les monuments de l’Antiquité romaine, dont la structure procède par résistances passives, opposées à des forces actives. Dans les constructions du Moyen-Âge, tout membre agit. Si la voûte pousse, l’arc-boutant ou le contrefort contre-butent. Si un sommier s’écrase, il ne suffit pas de l’étayer verticalement, il faut prévenir les poussées diverses qui agissent sur lui en sens inverse. Si un arc se déforme, il ne suffit point de le cintrer, car il sert de butée à d’autres arcs qui ont une action oblique. Si vous enlevez un poids quelconque sur une pile, ce poids a une action de pression à laquelle il faut suppléer. En un mot, vous n’avez pas à maintenir des forces inertes agissant seulement dans le sens vertical, mais des forces qui toutes agissent en sens opposé, pour établir un équilibre ; tout enlèvement d’une partie tend donc à déranger cet équilibre. » (1866).

Autre conseil très intéressant, celui de ne pas hésiter à rendre visible de nouvelles fonctions modernes : « Nous conviendrons que la pente est glissante du moment qu’on ne s’en tient pas à la reproduction littérale, que ces partis ne doivent être adoptés qu’à la dernière extrémité ; mais il faut convenir aussi qu’ils sont parfois commandés par des nécessités impérieuses auxquelles on ne serait pas admis à opposer un non possumus. Qu’un architecte se refuse à faire passer des tuyaux de gaz dans une église, afin d’éviter des mutilations et des accidents, on le comprend, parce qu’on peut éclairer l’édifice par d’autres moyens ; mais qu’il ne se prête pas à l’établissement d’un calorifère, par exemple, sous le prétexte que le Moyen-Âge n’avait pas adopté ce système de chauffage dans les édifices religieux, qu’il oblige ainsi les fidèles à s’enrhumer de par l’archéologie, cela tombe dans le ridicule. Ces moyens de chauffe exigeant des tuyaux de cheminée, il doit procéder, comme l’aurait fait un maître du Moyen-Âge s’il eût été dans l’obligation d’en établir, et surtout ne pas chercher à dissimuler ce nouveau membre, puisque les maîtres anciens, loin de dissimuler un besoin, cherchaient au contraire à le revêtir de la forme qui lui convenait, en faisant même de cette nécessité matérielle un motif de décoration. » (1866). Avec ces mots, on peut penser assez facilement au Centre Pompidou en plein centre de Paris avec ses façades laissant apparaître des machineries gigantesques.

Le conseil de bien étudier toutes les fonctions est ici répété : « Dans la structure du Moyen-Âge, toute portion de l’œuvre remplit une fonction et possède une action. C’est à connaître exactement la valeur de l’une et de l’autre que l’architecte doit s’attacher, avant de rien entreprendre. Il doit agir comme l’opérateur adroit et expérimenté, qui ne touche à un organe qu’après avoir acquis une entière connaissance de sa fonction, et qu’après avoir prévu les conséquences immédiates ou futures de son opération. » (1866).

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En 1849, Viollet-le-Duc et Mérimée ont, dans un rapport, présenté leurs « instructions pour la conservation, l’entretien et la restauration des édifices diocésains, et particulièrement des cathédrales ». C’était dans un cadre réglementaire que ces instructions ont été édictées. Ces instructions furent signées du Ministre de l’Instruction publique et des cultes, Falloux, le 26 février 1849.

On y lit notamment la préservation de la mémoire : « Lorsque, par suite d’une autorisation spéciale, il sera nécessaire de déposer, d’enlever ou de démolir certaines portions d’un édifice ayant une valeur au point de vue de l’art ou de l’archéologie, l’architecte devra faire dresser un état actuel des parties qu’il s’agit de remplacer, avant de commencer l’exécution. ». De même : « Tout fragment à enlever, s’il présente un certain intérêt, soit pour la forme, la matière ou tout autre cause, sera étiqueté, classé et rangé en chantier ou en magasin. » (1849).

Les verrières : « Lorsque les verrières sont précieuses sous le rapport de l’art et de l’histoire, on devra, surtout au rez-de-chaussée, les faire garnir à l’extérieur de fins grillages, non point scellés dans l’architecture ou les meneaux, mais maintenus après les ferrures mêmes des fenêtres. ». La peinture : « Toutes peintures ou fragments de peintures anciennes existant dans les monuments diocésains devront être respectés et préservés de tout dommage. S’il existe des traces de peintures sur des parements de murailles qu’il est absolument nécessaire de démolir, l’architecte devra faire des calques de ces fragments, ainsi que des copies réduites, avec l’indication des couleurs, avant de détruire le parement, et, dans ce cas, il ne devra même rien entreprendre sans avoir préalablement averti l’Administration, et avant d’avoir reçu des instructions spéciales. ». Le bois : « Beaucoup de fragments d’ancienne menuiserie existent encore dans les monuments diocésains, et notamment dans les cathédrales. Ces restes, quels que soient d‘ailleurs leur importance ou leur degré d’utilité, doivent être soigneusement conservés. Ils sont intéressants sous tous les rapports ; car, outre la valeur qu’ils peuvent avoir comme objets d’art, ils offrent toujours des exemples, rares aujourd’hui, d’une industrie très perfectionnée autrefois. » (1849). On notera au passage l’extrême richesse du vocabulaire, avec des termes techniques très pointus.

Des précautions pour les incendies ont été formulées, comme celle-ci : « Les plombiers chargés d’exécuter des réparations aux plombs des toitures, chéneaux, etc. devront être munis de fourneaux couverts, entourés d’une chemise en tôle. L’architecte et ses agents veilleront à ce qu’il y ait toujours, pendant le travail, un seau plein d’eau à côté de chaque fourneau. Pour faire fondre le plomb ou la soudure, l’emploi du bois sera rigoureusement interdit aux plombiers, qui ne devront employer que du charbon ou la flamme du gaz. » (1849).

Je termine en revenant au "Dictionnaire raisonné de l’architecture française" où il expliquait ses propres prédispositions à ce métier si particulier : « La construction est une science, c’est aussi un art, c’est-à-dire qu’il faut au constructeur le savoir, l’expérience et un sentiment naturel. On naît constructeur ; la science qu’on acquiert ne peut que développer les germes déposés dans le cerveau des hommes destinés à donner un emploi utile, une forme durable à la matière brute. Il en est des peuples comme des individus : les uns sont constructeurs dès leur berceau, d’autres ne le deviennent jamais ; les progrès de la civilisation n’ajoutent que peu de chose à cette faculté native. ». C’était aussi l’époque de Darwin


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 septembre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Eugène Viollet-le-Duc.
Notre-Dame de Paris et son avenir.

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9 réactions à cet article    


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 septembre 10:40

    « Faire Viollet-le-Duc » est un jugement péjoratif qui symbolise un excès de romantisme, provoquant une restauration arbitraire où les couleurs se chevauchent et trahissent l’esprit de ce qu’avait voulu l’architecte concepteur du monument. Il ne s’est pas contenté de rénover, il a ajout » à chaque bâtiment son gros « grain de sel ».

    Le plus gros contre-sens qu’il ait commis a été de prétendre restituer les monuments « tels qu’ils auraient dû être », alors que les bâtisseurs de la période baptisée « moyen-age » avaient une conception évolutive de leurs réalisations dont l’édification durait des décennies, sinon des siècles, jamais achevées, comme ce mégalomane prétentieux le croyait. Il avait une vision du dix-neuvième siècle, une vision d’ingénieur qu’il était, formaté pour concevoir des objets finis.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 septembre 11:00

      @Séraphin Lampion

      Le modèle de la flèche qu’il a imposée à Notre-Dame de Paris a été réalisé d’après la flèche de la cathédrale d’Orléans qui datait du XIXe siècle et non d’après celles du XIIIe.

      En fait, la cathédrale était délabrée et n’avait plus du tout de flèche, mais celle qui avait existé autrefois était bien plus petite et plus équilibrée avec l’ensemble de l’architecture.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 septembre 14:24

      @Séraphin Lampion

      Quand on dit que Viollet le Duc était un visionnaire, ce n’est pas une image.

      Sa vie a été émaillées de plusieurs « illuminations », la première dès l’âge de trois ans lors d’une cérémonie à Notre-Dame de Paris, au point qu’il a parait-il dû quitter la cathédrale. Selon ses propres dires, ce même phénomène s’est reproduit lors de la visite du Colisée, puis de celle du château de Pierrefonds, mais aussi au Palais des Doges à Venise ou au théâtre antique de Taormine.

      Il était un autodidacte et n’avait pas reçu de formation académique. Au cours d’une série de voyages en France entre 1831 et 1835, il s’attachait surtout au pittoresque, ce que Prosper Mérimée appelait « couleur locale », et aux ambiances romantiques, à l’image de ses toiles « Le cloître du Mont-Saint-Michel, »Scène druidique« ou  »Eclipse de lune".

      Les formes naturelles constituaient une source d’inspiration pour lui. Pendant ses voyages en France, il a dessiné de nombreux rochers et même proposé une restitution du Mont-Blanc, en cherchant à retrouver son état avant les érosions.

      Grâce à sa proximité avec le pouvoir, essentiellement Napoléon III, "il n’y a aucun grand patrimoine français qui ne soit passé par ses mains", mais son système va trouver ses limites face aux ingénieurs des chemins de fer, formés à l’Ecole centrale. Mis en concurrence avec eux lors de la restauration de la tour de la cathédrale de Bayeux en 1852, c’est leur solution qui est finalement retenue.

      Heureusement qu’il n’a pas eu de budget pour le Mon Blanc, lui et ses émules qui ont sévi au Mont-Saint-Michel (certes impressionnant mais dont le profil actuel est ce que Macron appellerait un « fake »ont suffisamment interprété un patrimoine pour en faire des décors de Disney pour qu’il nous ait été épargné que les Alpes ne se transforment en Hymalaya !


    • exol 17 septembre 19:04

      @Séraphin Lampion
      Bravo Séraphin comme Viollet , t’es un vrai Duc !!!!


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 septembre 19:37

      @exol

      grazie per i fiori


    • alexis42 alexis42 17 septembre 20:41

      @Séraphin Lampion
      « restauration arbitraire où les couleurs se chevauchent »
      C’est sans doute vrai pour VLD, mais rappelez-vous que beaucoup de ces beaux marbres blancs que l’on peut admirer en Grèce était autrefois peints.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 17 septembre 22:17

      @alexis42

      oui, et les statues aussi, comme chez les Romains, et les yeux étaient incrustés de pierres précieuses qui ont été volées et revendues
      alors, il y a du travail pour repeindre tout ça et pour retrouver les bras de la Vénus de Milo et la tête de la Victoire de Samothrace !
      C’est peut-être aussi bien de geler l’existant en l’état, non ? Parce que sinon, on risque d’aller dans le délire. 


    • oncle archibald 17 septembre 12:24

      Contrairement à la tendance actuelle qui veut que l’architecte des Monuments Historiques chargé d’une restauration s’applique à reconstituer aussi exactement que possible l’œuvre originale, Viollet Le Duc se comportait « comme si » il avait été l’architecte de l’œuvre à restaurer à l’époque ou elle a été construite sans s’interdire d’utiliser des techniques plus récentes s’il y voyait un intérêt, ce qui de nos jours parait iconoclaste.

      En ce qui concerne la cité médiévale de Carcassonne que je connais bien, son principal mérite a été de mettre fin à sa ruine. Certains construisaient des habitations dans les lices en s’appuyant au rempart, d’autres plus malveillants s’y approvisionnaient en pierres déjà bien taillées et gratuites pour de nouvelles constructions, bref ...un espèce de squat avant que le mot existe !

      On lui reproche d’avoir reconstitué des toitures avec charpente en forte pente et couverture en ardoises sur certaines tours très anciennes qui étaient incorporées au rempart gallo romain et étaient à l’origine couvertes en tuiles de terre cuite sur une charpente en faible pente. Ces tours ont été remises depuis dans leur état initial. On lui reproche aussi les hourds sur l’enceinte du château comtal qui lui donnent un petit air « Walt Disney » mais bon, ça plait aux touristes et « nobody is perfect ».

      Ce qui est sûr c’est qu’il a sauvé de la ruine et réhabilité ce monument dans sa splendeur, même si ça n’est pas exactement sa splendeur d’antan. Ce qui est sûr également c’est qu’il aurait certainement pu être un génial architecte au temps du moyen âge. Ses connaissances techniques inouïes et sa passion pour cette époque médiévale permettent de lui pardonner quelques petits péchés d’orgueil !

      J’ajoute que la bibliothèque municipale de Carcassonne dispose d’un exemplaire très ancien du « Dictionnaire raisonné de l’architecture française » en dix volumes consultable en salle dont les textes et les dessins « valent le détour » comme aurait dirait feu Mr Michelin !


      • the clone the clone 18 septembre 08:15

        Pour l’instant la seule restauration qui est en augmentation constante c’est celle des restos du cœur ......

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