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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > « Mieux qu’une psychothérapie », l’Austin Power (...)

« Mieux qu’une psychothérapie », l’Austin Power ?

« Mieux qu’une psychothérapie » : voici venue l’ère de l’Austin Power ?

Etonnante la dernière pub pour la mini Austin qui s’affiche en ce moment sur les abribus et ailleurs. Jugez plutôt : on y voit une jolie petite Austin à la carrosserie rutilante – jusque-là pas de problème, on nous vend bien une voiture – mais accompagnée du slogan suivant « Mieux qu’une psychothérapie », puis de la baseline : « Be mini ». Pub bien faite d’ailleurs, car cette phrase d’accroche joue habilement sur la frustration du manque et sur cet obscur objet du désir à convoiter coûte que coûte afin de se sentir mieux (ne jouons pas les naïfs, c’est un ressort publicitaire connu : jouer sur la pulsion consumériste afin d’entraîner des ventes-réflexes), mais, derrière sa joliesse communicante, cette pub « sociétale » est absolument symptomatique de notre époque, société de consommation XXL.

Non seulement elle surfe sur le sentiment de crise généralisé – en gros, ça va mal – mais elle diagnostique, via ses auteurs-médecins, que notre époque est malade ; on part de l’idée, en affirmant « Mieux qu’une psychothérapie », que les gens (nous !) sont en analyse, qu’ils ont besoin (les hommes comme les femmes mais on sait bien que la petite automobile charmeuse a un grand succès auprès de la gent féminine aisée) d’une thérapeutique qui s’effectue, selon le Robert 1, par intervention psychologique sur le psychisme, afin de prendre en charge des troubles organiques ou psychiques ; un psychothérapeute étant un psychanalyste, un psychiatre ou un psychologue clinicien, ou ce qu’on appelle familièrement un « psy ». Surfant ainsi sur une certaine démocratisation de la psychanalyse en France (qui n’a pas entendu autour de soi cette phrase « elle est en analyse » ?), on a sous les yeux cette pub qui apparaîtrait standard aux States (le pays de Papa Freud Superstar, il suffit de voir les séries télé US pour constater à quel point le jargon psy est monnaie courante au pays du dollar) mais qui, chez nous, dans l’Hexagone, se fait le révélateur guère réjouissant d’un certain état d’esprit contemporain contaminé par le bling-bling et la consommite aigüe. La psychothérapie qui, la plupart du temps, passe pour un soin de l’esprit, est ici ravalée au rang de simple coaching pour aller mieux, et encore, un coaching ou counseling pas suffisamment efficace pour vraiment prendre soin des hommes. Accrochez-vous, on peut aujourd’hui trouver mieux que Gérard Miller, la résilience de Boris Cyrulnik, le divan d’Henri Chapier et consorts ! Vavavoum ! Alors qu’un psychothérapeute se refuse ordinairement à donner un avis médical (traitement, diagnostic, médocs), cette pub Austin nous livre tout clé en main ! Son diagnostic, c’est : la société va mal, et son traitement c’est : prendre le médicament Mini(Moi ?) Austin pour « Be mini », à savoir se faire Mini Austin - cultiver cet état d’esprit ô combien philosophique : je suis Mini donc je panse. Ce que cette pub oublie, c’est que l’achat de cette voiture n’est point pris en charge par la Sécu, contrairement à une psychothérapie coutumière !

Bien sûr, tout cela peut prêter à sourire (les publicitaires sont très bons, sur un mode Austin Powers, pour faire passer leur clins d’œil et autres coups de coude pour de la thérapie de groupe qui fait du bien - on appartiendrait tous à la même collectivité consommatrice et au même habitus culturel), mais ce qui est plus problématique, voire fâcheux, c’est que cette pub joue la carte (Gold) du capital économique qui l’emporte sur l’humain, c’est l’idée que l’homme n’est plus perçu comme un citoyen mais avant tout comme un consommateur qui, pour aller mieux et viser « l’épanouissement personnel », doit se faire oie et consommer à tout prix. Et ça, cet éloge du matériel et du fric c’est chic qui permettraient de vivre mieux, c’est faire peu de cas de l’essentiel, autrement dit des nourritures spirituelles qui permettent de prendre soin des hommes en allant jusqu’à l’os, et jusqu’à la racine des mots et des maux. Bref, non à la culture de consommation à gogo(s) et oui au « cœur intelligent » qui sait faire le distinguo entre le simple produit matériel fonctionnel, si beau soit-il, et le bien de l’esprit, autrement plus enrichissant. 

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« Mieux qu'une psychothérapie », l'Austin Power ?

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9 réactions à cet article    


  • morice morice 10 novembre 2009 10:18

    ouh là il se lance dans le Villach ... 


    «  un psychothérapeute étant un psychanalyste, un psychiatre ou un psychologue clinicien, ou ce qu’on appelle familièrement un « psy » »
    ah bon ?

    pas de film cette semaine ? pas de navets à voir ? et si vous nous décryptiez cette affiche, Pluto ?

    • ecophonie ecophonie 10 novembre 2009 11:26

      C’est du Villach dans le principe mais sur un sujet où le problème est visible, moi même j’ai tiqué quand j’ai vu cette pub. Villach, lui préfère chercher la toute petite petite bête qui n’embête personne mais qui serait un monstre pour nous, intericonicité avec le microbe qui terasse le dragon, ce genre d’affiche, c’est trop évident pour lui tellement il est « balaise ».


    • Paul Villach Paul Villach 10 novembre 2009 12:12

      @ Morice et écophonie

      J’apprécie votre reconnaissance et votre polyphonie ! Si, si ! n’ayons pas peur des mots ! Vous avez deviné que je n’aurais pas abordé « l’analyse » de cette façon.

      On est, en effet, en présence d’un beau « paradoxe » pour capter l’attention : une voiture mieux qu’une psychothérapie ? Eh pourtant oui, il suffit de voir le comportement des « beaufs » sur la route : la voiture est bien un objet de transfert et de compensation de toutes les avanies subies au travail ou en famille. Voyez les doigts d’honneur du beauf parce que vous allez trop lentement ou que vous avez osé passer devant lui...
      Et puis les couleurs nocturnes choisies, etc. J’arrête ! Je ne veux pas vous fatiguer !

      Voyez comme, lorsqu’il manque des outils précis qui balisent justement l’analyse, le danger est de s’égarer en considérations générales peu appropriées. Merci, tout de même ! À bientôt pour une prochaine analyse qui ne saurait tarder ! Paul Villach


    • jymb 10 novembre 2009 15:02

      Automobiliste = beauf
      rien à dire, c’est de la très haute réflexion



      • kitamissa kitamissa 10 novembre 2009 15:03

        salut Camarade Chat ....

        la E type,ça fait toujours triquer hein ?

        j’en vois encore quelques unes qui viennent à l’entretien,vu que j’habite à 30 mètres du concessionnaire Jaguar - Rover de Fontainebleau !


        • LE CHAT LE CHAT 10 novembre 2009 15:45

          ça avait de la gueule , mon pote , pas comme ces bagnoles de maintenant qui se ressemblent toutes !


        • Vincent Delaury Vincent Delaury 10 novembre 2009 18:13

          PV : « il suffit de voir le comportement des »beaufs« sur la route : »

          puis « (...) le danger est de s’égarer en considérations générales (...)  »

          Oui, effectivement, avec de tels raccourcis, le danger est là.


          • chatberthe 10 novembre 2009 20:12

            Pour ma part, j’ai bien aimé la réaction humoristique de ce psy :

            http://www.unpsy.fr/mini_mieux_qu_une_psychotherapie.html

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