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Accueil du site > Culture & Loisirs > Étonnant > Venez donc manger à la bonne franquette !

Venez donc manger à la bonne franquette !

Invitation de dernière minute.

Dimanche se profile, avec une fois encore son cortège d’incertitudes, sa dolente manière de vous donner du temps sans que vous sachiez très bien quoi en faire. Bien sûr, il serait possible de trainasser au lit, de se donner une journée sans contrainte, une parenthèse lascive qui enchante les véritables hédonistes. Hélas, d’autres dont je suis depuis toujours, sans aucun espoir de pouvoir remédier à cette agitation déraisonnable, ont besoin de mouvement autour d’eux.

Curieusement, c’est dans la plus totale impréparation que vous laissez approcher ce jour fatidique, vide de tout ou presque à moins que vous ne soyez de ces indignes qui en profitent pour transformer une grande surface en destination de voyage dominical. Oublions ceux-là et essayons de combler le repos du Seigneur d’un peu de vie.

À l'instar de celui à qui l’on doit de ne rien faire ce jour-là, la sainte table demeure la piste de sortie pour échapper à la neurasthénie. Certains aiment à parcourir la campagne pour découvrir une bonne table dans un Restaurant. Ils ont sans doute la gourmandise aiguisée et le porte-monnaie replet. Je les en félicite. Les vrais restaurateurs, ceux qui préparent des produits naturels sans avoir recours à l’infâme micro-ondes les attendent avec impatience.

D’autres songent à inviter chez eux la famille ou les amis. Ce sera là, une bonne occasion de se retrouver, de mettre les petits plats dans les grands, d’évoquer le passé, de repeindre le présent pour y installer un futur plus coloré. La cave ouvrira ses secrets, le marmiton se fera maître queux tandis que les joues se coloreront jusqu’à réclamer une petite promenade digestive. Le programme est presque immuable, il rassure et il enchante.

Mais que diable, vous vous trouvez soudainement pris au dépourvu. Vous n’avez malheureusement pas songé à prévoir. Voilà bien un verbe qui échappe à vos pratiques habituelles. L’improvisation est votre royaume, l’improviste votre domaine de prédilection. Dimanche est à votre porte et nulle invitation ne vous est parvenue. Il est vrai que votre réputation a depuis longtemps découragé vos amis à faire de vous leur hôte. Trop gastronome pour eux, vous leur demanderiez trop d’efforts.

Alors, il convient de réagir dans la précipitation. Le téléphone est une arme efficace dans pareil cas. Un appel, une question somme toute assez banale : « Qu’est ce que vous avez prévu aujourd’hui ? » Quand le Rien retentit, il est déclencheur de la suite, planche de salut pour échapper à la morosité d’une journée à chercher que faire. « Venez donc manger avec nous, ce sera à la bonne franquette ! »

L’impréparation est la plus sûre manière de n’avoir pas à se compliquer la tâche avec des plats savants, des produits onéreux, des réalisations complexes tout en ouvrant un formidable espace à une belle improvisation avec les moyens du bord. C’est ainsi qu’il est possible de se montrer exigeant sans paraître trop démonstratif.

Vous avez néanmoins mis la pression chez vos appelés de dernière minute qui se proposent de faire quelque chose. « Avec plaisir, vous n’avez qu’à préparer un dessert ! » Vous n’imaginez pas le branle-bas de combat que vous déclenchez alors. Chez eux aussi, l’envie de surprendre sans vraiment se compliquer va les pousser à faire preuve d’inventivité. Puis vous vous dites que six sera mieux que quatre, vous tentez une nouvelle approche, elle est fructueuse.

« Mais bien sûr, venez donc avec une entrée ... » Le coup est parfait. Vous allez pouvoir vous concentrer sur les amuses-gueules que vous choisissez toujours avec délicatesse et le plat principal qui sera votre chant du coq. Pour le bel animal cuit au vin, c’est trop tard, pour un telle préparation, il est nécessaire d’agir par anticipation.

Vous passez votre matinée à cogiter avant que de vous lancer dans ce mets qui enchantera le petit comité réuni au débotté. Soudain, vous vous prenez à songer qu’inviter un nouveau couple serait la perspective de leur confier le travail. Non, ce n’est pas sérieux. Vous repoussez cette facilité qui ne vous honore pas. Vous enfilez votre tablier et vous vous mettez aux fourneaux. Ils viennent manger, il convient de bien les soigner !

Gourmandement leur.

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