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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > « Les Mots de Nicolas Sarkozy », l’excellent ouvrage de Jean Véronis (...)

« Les Mots de Nicolas Sarkozy », l’excellent ouvrage de Jean Véronis et Louis-Jean Calvet

De nombreuses études le prouvent actuellement, Nicolas Sarkozy fait vendre. Les magazines politiques s’en réjouissent, mais ils partagent le butin avec les éditeurs qui essaient tous de placer leur opus sur le président en tête de gondole. « Les Mots de Nicolas Sarkozy » est un ouvrage bien différent de ses concurrents. Il est l’œuvre de deux linguistes, Jean Véronis et Louis-Jean Calvet. Tout au long de l’ouvrage, les auteurs vont démontrer avec brio comment le candidat Nicolas Sarkozy a « vampirisé » le langage de ses opposants qui ont été « anéantis » car laissés « sans voix ». A travers de nombreuses démonstrations, notamment graphiques, ils vont aussi expliquer l’impact majeur de la rencontre Sarkozy-Guaino allant même jusqu’à parler de rapport du « ventriloque à sa poupée ». Je ne pourrais pas vous livrer toutes les informations que l’on peut trouver dans cet ouvrage, il vous faudra dépenser 16 € (bien investis) pour cela, mais, à l’instar de bakchich.fr, révélons quelques pistes...

Comme je le disais, l’élément central de ce travail, c’est la recherche des traces de « cannibalisation » du langage des opposants à Nicolas Sarkozy, les auteurs parlent même de « hold-up », « d’OPA hostiles » de « phagocytage », ils utilisent même le terme de « transformisme » pour expliquer l’incroyable grand écart qu’il a réussi à réaliser en aspirant le vocabulaire de la gauche à l’extrême droite, en passant par le centre. La stratégie était simple, couper l’herbe sous les pieds de ses concurrents en vampirisant leur vocabulaire, ce qui vidait leur propos de contenu et les déstabilisait. Pour Jean Véronis et Louis-Jean Calvet, déjà auteurs de Combat pour l’Elysée (CPE), c’est une « tactique de conquête de l’hégémonie politique ». Pour donner quelques exemples, sur les 140 discours analysés par ces linguistes, Nicolas Sarkozy a cité 97 fois Jaurès et 50 fois Léon Blum tout en se déclamant « l’héritier de 1936 », alors que François Hollande criait à la « captation d’héritage », Ségolène Royal, quant à elle, essayait de reprendre la possession de Jean Jaurès en l’évoquant 23 fois dans le même discours, mais les dommages étaient déjà faits, sa parole était vidée de sens, d’autant plus qu’elle avait semble-t-il pris des distances trop grandes avec son parti pour être crédible en défenseur du socialisme. La force du discours de Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré au Figaro en 2004 : « ils m’attendent sur la droite, je vais les déborder par la gauche », c’est de n’avoir pas exclusivement mobilisé un vocabulaire de gauche, il a réussi à séduire l’électorat frontiste en citant Barrès (le chef de file des antidreyfusards, qui alla jusqu’à écrire : « Que Dreyfus ait trahi, je le conclus de sa race »). Parallèlement à cela, il a fait apparaître des nouveaux mots dans son discours tel celui de « repentance » qu’il n’avait jamais utilisé avant octobre 2006. Deux autres termes à noter bien sûr, l’attaque frontale de Mai-68, accusé d’avoir « introduit le cynisme dans la société et dans la politique ». Ce langage sur Mai-68 est considéré par les auteurs comme « réac », ce qui permet, pour eux, de flatter l’électorat frontiste sans choquer les électeurs de la droite modérée. La dernière expression décriée comme un clin d’œil au FN est bien sûr celle du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Pour les auteurs, Nicolas Sarkozy a réintroduit ainsi le clivage droite-gauche afin de laisser de l’espace pour que Ségolène Royal puisse arriver au second tour (face à François Bayrou, Nicolas Sarkozy était donné perdant). Beaucoup d’autres informations de cet acabit sont données dans ce livre de recherche, ce qui permet de bien mieux comprendre la stratégie de Nicolas Sarkozy.

Notons notamment des informations sur le style de discours. En lisant ce livre, vous découvrirez peut-être comment établir le discours politique modèle ! Tout d’abord des phrases courtes, il faut rompre avec le modèle de la IIIe République qui inspirait les discours du général de Gaulle. Ce modèle encore utilisé par François Bayrou et Ségolène Royal qui font des phrases d’en moyenne 28 mots par phrase, a été abandonné par Nicolas Sarkozy qui s’efforce de faire les phrases les plus courtes possibles (24 mots en moyenne). Mais ce n’est pas tout, il faut un vocabulaire simple, Nicolas Sarkozy l’a compris notamment grâce à sa plume, Henri Guaino. Vous découvrirez dans ce livre à quel point il peut utiliser un vocabulaire plus « pauvre » que ses rivaux et que ses prédécesseurs. Je ne m’appesantirai pas davantage, mais notons enfin qu’un discours qui fonctionne est aussi fait de figures de style. La préférée de Nicolas Sarkozy, c’est incontestablement l’anaphore. C’est-à-dire, commencer toutes ses phrases par la même expression comme « je veux être le président... ». En parcourant ce livre, vous apprendrez aussi que le discours de Nicolas Sarkozy privilégie le verbe sur le nom ; et qu’il ne prononce finalement pas plus le « je » que les autres candidats, mais, ce qui donne l’impression d’un égotisme surdimensionné, c’est l’absence des autres pronoms (nous et vous), mais aussi et surtout l’omniprésence de l’expression « je veux ». Expression dont l’analyse des auteurs est extrêmement convaincante bien que relevant plus de la psychanalyse que de la lexicométrie.

Enfin, le livre s’appuie beaucoup sur le rôle central joué par la plume de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino. Nous en avons déjà donné un exemple plus haut, mais vous verrez en parcourant ce livre à quel point la présence de Guaino, « gaulliste social » qui était notamment le père de l’expression « fracture sociale » lorsqu’il officiait pour Jacques Chirac, a été prépondérante dans cette victoire. Les auteurs se demandent d’ailleurs si Nicolas Sarkozy aurait pu se détacher de son image de provocateur de « racailles » s’il n’avait pas été entouré de cette plume qui a été l’auteur de la majorité de ses discours. Pour ne donner qu’un exemple de l’impact d’Henri Guaino, il suffit de noter que lorsque c’est lui qui écrit les discours de Nicolas Sarkozy 45 % des phrases commencent par des anaphores, alors que lorsque les discours sont écrits par quelqu’un d’autre, seule une phrase sur cinq bénéficie de cette figure de style.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce livre et je vous le recommande. Je le recommande à ceux qui s’intéressent aux mots, à ceux qui cherchent à savoir comment faire un discours percutant, à ceux qui veulent comprendre comment Nicolas Sarkozy a pu acquérir une si large victoire, à ceux qui veulent s’opposer à lui, mais aussi à ceux qui ne savaient pas quel livre choisir parmi les dizaines de titres sortis sur notre président. Un excellent ouvrage, agréable à lire, excellemment argumenté et édifiant. A mettre en toutes les mains en somme.


Moyenne des avis sur cet article :  4.7/5   (27 votes)




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12 réactions à cet article    


  • tvargentine.com lerma 17 mars 2008 10:25

    Oui,j’ai voté pour la diffusion de cet article car il est interessant et qu’il explique beaucoup de choses

    Il est normal qu’un rédacteur exprime son choix car c’est aussi cela la démocratie

    Je vais l’acheter ce bouquin car en terme de démarche commerciale au sein d’une entreprise ,il peut etre un plus

    Encore bravo pour votre analyse

     


    • arretsurlesmots arretsurlesmots 17 mars 2008 10:46

      Merci, et vous ne serez pas déçu, bien que partisans, ils savent faire une analyse approfondie des discours de tous les candidats...


    • ZEN ZEN 17 mars 2008 10:46

      Sophie nous a déjà appris comment parler sarkozien...

       

      http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30676


      • morice morice 17 mars 2008 11:35

        Autre particularisme : en interview, quand il ne lit pas du Guaino prémâché, il NE sait pas dire la NEGATION. Sarkozy dit « je sais pas » ou « on va pas ». Psychologiquement, ce la signifie aussi qu’il a beaucoup de mal à dire non... son problème d’empathie constante le dépasse complètement : il faut toujours qu’il dise à celui en face qu’il est d’accord avec lui. A part « qu’il sait pas le dire » aux français autrement... qu’en injuriant. J’ai écrit « il sait pas » pour bien montrer « comment qu’il cause », ce président qui ne parle pas... français. Sarkozy a karcherisé son langage, en fait...


        • Bretzel man 17 mars 2008 12:01

          MAis qu’est ce qu’on s’en branle.... J’aime pas sarko, mais ce genre de barratin...


        • Gilles Gilles 17 mars 2008 15:20

          Morice t’exagères un tantinet et devient d’une condescendance frisant l’abject

          "Sarkozy dit "je sais pas" ou "on va pas"...."ce président qui ne parle pas... français."

          Comme 90% des français en fait y compris moi, y compris toi probablement quand tu causes avec tes potes sans trop faire gaffe à la forme

          Le Sarko y cause comme tout le monde, comme les français. Un langage simple, pour des propos simples ; efficacité maximale. C’est ça aussi la rupture qui le rapproche, parait-il, du peuple !

          Tu crois que le Villepin ou l’Ballamou on entravait ce qui jactaient  ? Pourtant y causaient comme dans un livre...... tu sais ces livres que 95% de leur électorat ne lisait jamais et donc avaient du mal à suivre son argumentation. Ils étaient incapables de communiquer avec les gens "de la rue " qu’ils rencontraient sans qu’on les regarde bizarement prononcer des sons bizaroïdes.

          Au moins Sarko lui se fait bien compendre et mieux même, on peut lui répondre dans sa langue ! Enculé, Pauv’ con...facile, non ?

          Trêve de plaisanterie, la langue française est aussi un outil de domination et de ségrégation sociale formidable. Chaque "classe" à la sienne. Plus le fait que l’écrit différe totalement du parler, et que savoir bien écrire français est tout un art réservé aux plus instruits. Par exemple, rien qu’en lisant les intervenants d’Agoravox sur la forme on peut en déduire leur profil social et leur parcours. Les classes "supérieures" restent ainsi innacessibles au populo puisque dés le départ elle ne parlent pas la même langue qu’eux, ne peuvent lire les mêmes choses, ni communiquer sans révéler leur condition sociale.

          Ainsi, on ne peut critiquer Sarko de parler le langage de la France d’en bas. A te lire, on dirait qu’un président parlant un français populaire désacralise la fonction....c’est peut être vrai mais justement c’est bienvenu.....si au moins c’était sincère et pas calculé et qu’il n’invective pas Merkel ou la reine d’angleterre de la mêm manière qu’il proposerait la botte à une pouf décolorée fan de la star ac.


        • Méric de Saint-Cyr Méric de Saint-Cyr 17 mars 2008 12:50

          L’auteur de l’article commence son texte juste à propos : “Sarko fait vendre”

          Hé bien non justement, la mode “sarkomania” ne passera pas par moi. JE N’ACHETERAI AUCUN LIVRE SUR SARKO !

          D’abord parce que je suis assez grand pour me faire mon opinion moi-même en écoutant les “petites phrases” de ce président déluré, et ensuite parce que je conteste activement cette société qui profite d’un effet “mode” ou d’un compte UBM élevé pour en rajouter une couche et au final, vous faire cracher le larfeuille.

          UBM : unité de bruit médiatique.

          Marre de la sarkomania, pendant que l’autre moitié du monde continue de crever de faim, que ça fait 58 ans que la Chine occupe illégalement le Tibet, qu’Ingrind Betancourt est toujours otage des farc (fuck all rich citizen ?), etc.


          • Vilain petit canard Vilain petit canard 17 mars 2008 13:14

            Le livre est très intéressant, je le confirme. Mais s’il n’y avait que les mots  ! Il y a encore la grammaire de Sarkozy... un désastre...


            • superesistant superesistant 17 mars 2008 14:09

              moi ce qui me restait souvent de ces interventions c’était les explications qui commençaient par :

              "pourquoi ? je vais vous le dire.. "çà me faisait toujours marrer... mais apparement çà doit pas être du guano...


              • superesistant superesistant 18 mars 2008 14:37

                ouai bon elle était fastoche celle ci....


              • Voltaire Voltaire 17 mars 2008 21:26

                Passionant. Jean Véronis est un remarquable chercheur. IL est fort dommage qu’ausssi peu de monde s’attache à décrypter la forme des discours politiques. Cela leur permettrait d’ouvrir un peu plus les yeux sur le fond (ou son absence).


                • valere valere 2 avril 2008 14:49

                  Sarko, quand il ne dit pas de conneries, il ne fait que du "copier/coller" de phrases prononcées dans des discours par d’autres hommes politiques (pour certains défunts).

                  C’est un arriviste aux dents longues, qui aimerait nous faire croire que la fonction de Président de la République a été inventée pour lui.

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