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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Balade dans les vignes

Balade dans les vignes

Les derniers rangs font de la résistance.

Plusieurs années de gel ont eu raison des efforts des vignerons coopérateurs de Grande Maison à Mareau-aux-Prés pour maintenir le vignoble historique d’Orléans-Cléry. Un temps, plus grand vignoble de France après le décret du parlement de Paris de 1577 avec la règle des vingt lieues, la baisse de la qualité puis le phylloxéra ont eu raison de lui. Quelques pionniers ont continué à travailler la vigne, la chérir et la promouvoir tandis que l’obtention en 2006 de l’AOC a relancé une dynamique que les conditions climatiques ont depuis mise à mal.

Aujourd’hui, la cave coopérative a été contrainte de fermer la mort dans l’âme. Des douze vignerons d’alors il ne reste plus que cinq exploitants indépendants qui cultivent encore quelques parcelles, entretiennent, malgré le contexte difficile, le flambeau du vin de l’orléanais. Mais pour combien de temps ? L’association des vignerons associés, un regroupement de bénévoles se bat elle aussi pour sauver ce qui peut l’être dans un paysage où les vignes arrachées sont plus nombreuses que les parcelles entretenues.

C’est dans ce contexte un peu désolant que chaque jeudi, une balade dans ce qui fut autrefois un immense vignoble était proposée durant l’été pour évoquer le passé, donner envie aux touristes de découvrir cette appellation méconnue, redonner la fierté du terroir aux gens d’ici. Par deux fois, un conteur s’est mêlé aux randonneurs pour donner une autre dimension aux explications. Le vin fut le fil rouge de l’histoire de la Marine de Loire, il était tout naturel que cette histoire vienne mettre un peu d’eau de la rivière dans le Gris Meunier.

Cette année, les vignes portent des grappes prometteuses pour celles qui ont évité le gel. La récolte échappera au désastre des précédentes. Il y aura du vin en bonne quantité. Hélas, il ne sera plus élevé amoureusement dans la cave coopérative mais chez un vigneron indépendant avec lequel les derniers Mohicans ont signé une convention pour produire quelques centaines d’hectolitres. Maintenir à flot un patrimoine, une histoire qui a commencé en 509 avec les moines de l’abbaye de Micy et peut-être même avant est un impératif moral et patrimonial.

Ceux-là pratiquent la culture biologique, ils défendent leur spécificité avec ce Chardonnay qu’on appelle ici L’Auvernat Blanc, cépage que l’on trouve uniquement ici dans une vallée de Loire ou Chenin et Sauvignon règnent en maîtres. Ils rendent aussi honneur au Pinot qu’il soit Noir, Meunier ou bien Gris. Ils se paient même le luxe de produire ce Gris Meunier qui fut un temps la fierté d’Orléans. Ils ne renonceront jamais car le vin c’est une part importante du vivre en bord de Loire qu’il convient de défendre en dépit des réalités économiques.

Cette fois, la balade a poussé ses pas chez Anne Boisaubert, une artiste qui aime la Loire au point de lui avoir donné figure féminine. Ce fut un grand moment, le lien entre la rivière et le vin qu’elle n’a cessé, depuis plus de deux mille ans de transporter et de produire sur ses rives. L’artiste a expliqué son œuvre, a décrit tous les symboles qu’elle a placés dans cette figure emblématique de nos régions ligériennes. Le conteur a pris le relais à sa manière marinière.

Puis ce fut la Vouivre qui fut mise à l’honneur au travers d’une autre sculpture. Figure légendaire, l’artiste en a donné une interprétation élégante. Les randonneurs ont pu ainsi toucher du cœur les vieilles croyances d’antan, nées peut-être de belles libations. Nous n’avions plus qu’à retourner à la Cave pour goûter la production locale et écouter cette fois quelques contes.

L’été se termine, l’année prochaine les balades dans les vignes reprendront pour que ne s’éteigne pas la petite flamme vacillante qu’il convient de préserver. Chacun à sa manière participe à cette action indispensable. Notre culture se trouve dans ce petit breuvage tant vilipendé par ailleurs. Que ce soit en sculptant, racontant, taillant ou cultivant, nous faisons tous en sorte que ne meure pas ce patrimoine.

Quand les responsables politiques comprendront que voir ainsi disparaître toutes les vignes et dans un avenir pas si lointain les cerisiers faute de trouver des cueilleurs à la saison, ce serait une catastrophe, il sera, comme souvent trop tard. Alors, sans attendre ceux-là qui ont tant de mal à ouvrir les yeux sur l'essentiel, les vignerons associés vont se retrousser les manches pour que vive le vin d’Orléans-Cléry et sa grande histoire. Bientôt la vendange commencera, elle se fera manuellement et si vous voulez leur donner un coup de main, vous serez les bienvenus.

Viticolement leur.

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7 réactions à cet article    


  • Ceux qui veulent me trouver,...je sais au plus profond de moi, que les derniers seront un jour les premiers. Non parce qu’une mauvaise compréhension du message biblique les assimile aux « perdants », mais bien parce qu’ils ont su résister dans la médicrassie. Gardant le tête haute. Sans déchoir et que donc au final : ils sont les meilleurs. Un voisin, me dit un jour : les « petits » sont toujours perdants face aux puissants (images symbolique de la puissance « voiturière » du conducteur de LAND ROVER). Je lui ai répondu, le sourire en coin : pas toujours,.....


    • corrigé : MEDIOCRASSIE...


      • Bon, certains feront les lien avec Hulot. Les chasseurs comme Sarah Palin qui se voyaient parfaitement dans la jungle avec quelques cadavres ou trophées devant leur Land Rover,...jour du fenouil,..qui favorise la bonne vue,...


        • OMAR 29 août 18:26
          Omar9

          .
          Tient :: : Même mon pote, le fidèle @juluche s’est barré d’ici !!!...
          .
          Il ne reste que @Mets-l’usine à gaz ou le Robinet de vin.
          .
          Elle au moins, nous saoule à longueur d’année....
          .



        • @OMAR

          c’est le but,....

        • la fleur de la Liger est le cassis, mise sous la protection royale de Rigel,....


          • En 1712, l’abbé Pierre Bailly de Montaran, né le 24 septembre 1684 à Orléans docteur de Sorbonne (1724), chancelier de l’université d’Orléans, mort en 1775, habitant Bordeaux, écrivit un ouvrage intitulé « Les propriétés admirables du cassis » et un in-12 sur « Les vertus et propriétés du cassis, avec des remèdes pour guérir la goutte ».

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