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Henri, le pèlerin le pouce en l’air …

Sur la route

Changement de chemin.

À la sortie de Villefranche de Rouergue un homme sous la pluie battante nous fait signe. Le pouce en l'air, le sac à dos à ses pieds, il a l'allure des chemineux ; les trimards d'autrefois. Un beau chapeau de feutre, une barbe plus blanche que grise et des yeux clairs qui pétillent de malice. L'homme n'est manifestement pas un errant incertain, il affiche un sourire qui inspire confiance.

Nous nous arrêtons pour embarquer ce naufragé de la route. Il veut rejoindre Montauban, c'est justement là notre prochaine destination. Henri, puisque c'est ainsi qu'il se prénomme, dit alors cette phrase énigmatique : « Le chemin t'amène ce que tu as besoin quand tu en as besoin ! ». Voilà belle entrée en matière pour ouvrir une discussion qui ne cessera qu'au terme du trajet.

Henri à 59 ans et est un grand marcheur, pèlerin de Compostel, il en est à son sixième voyage ( il est de ceux qui vont jusqu'au bout du périple). Celui-ci est bien différent du reste. Il a pris une année sabbatique pour effectuer le grand chemin. Parti fin mai de Berk sur mer, il compte rallier Saint Jacques avant que de pousser jusqu'à Fatima et bifurquer ensuite vers Jérusalem « S'ils se sont calmés d'ici là … ! » .

Il a le temps pour lui et un nouvelle philosophie de la marche depuis qu'on lui a posé un stem. « Avec mon infarctus, je suis devenu raisonnable. Je m'accorde un jour de repos par semaine et si la nécessité m'apparait, je n'hésite plus à lever le pouce. C'est la troisième fois depuis mon départ de je m'offre ce confort. La pluie m'épuise et j'ai décidé de changer d'itinéraire et de prendre le chemin du littoral …. »

Quand deux marcheurs se rencontrent, ils évoquent leurs souvenirs de pérégrination. Nous échangeons un bon moment sur le comportement des automobilistes, des cyclistes et de tous ceux qui partagent ainsi la route avec les arpenteurs tranquilles. Henri m'évoque la difficulté qu'il rencontre de discuter avec certains des autres pèlerins, ceux qui se font porter leur sac ou qui se replient dans leur bulle durant le voyage. Pour lui, aux étapes, ce devrait être l'occasion d'échanges riches alors que souvent ils rencontrent des gens qui se plongent dans leurs iphones ou bien une bulle personnelle….

Il m'avoue son incompréhension devant cette jeune Belge de rencontre qui profitait des ses haltes pour dévorer un gros bouquin décrivant le chemin d'un marcheur plus illustre, comme si ce qu'elle vivait avait moins d'importance que l'expérience relatée par celui qui l'avait précédée. Étrange manière de vivre par procuration ! Henri veut profiter de chaque instant et il ne s'en prive pas. Il est bavard et gourmand des mots des l'autre. Quel bonheur !

Il me raconte alors qu'il a dans sa poche un nez rouge et qu'à chaque occasion qui se présente, il fait le clown pour distraire les enfants et briser la glace qu'impose souvent l'allure de celui qui vagabonde. Il amuse les petits de tours qui ratent à chaque fois, de situations cocasses et de grimaces dont il a le secret. Voilà un philosophe bien sympathique, une belle rencontre du hasard !

Henri est cuisinier de métier. Il a toujours travaillé pour d'autres, dans des restaurants où il aime à préparer des plats traditionnels. Il s'est essayé en son temps à la nouvelle cuisine : « Beaucoup de temps pour présenter des assiettes souvent presque vides et qui revenaient parfois sans que les clients les aient terminées ! » Il aime mijoter les poissons et les crustacés de sa région, les plats en sauce et les desserts « pour des assiettes qui vous reviennent vides » ajoute-t-il malicieux.

Nous faisons une halte sur la route pour boire le café chez une grande tante. Henri fait partie de la pause. C'est là que je peux prendre des notes pour compléter ce petit billet sans importance, bref récit d'une rencontre bien trop fugace. Plus tard, nous laisserons le marcheur auprès d'un syndicat initiative. C'est ainsi qu'il compte trouver un hébergement. Il ne s'est jamais trouvé le bec dans l'eau au cours de ces multiples aventures. Une fois même, des policiers lui ont proposé de dormir, faute de mieux, au trou. Il y a passé une bonne nuit sous le regard goguenard des fonctionnaires.

Je ne doute pas qu'il aura trouvé un point de chute et qu'il reprendra sa route, comme un vrai marcheur avec ses chaussures et ses bâtons de marche. Il m'a montré son « créanciale » et ses 75 tampons qui attestent de son passage en des lieux chargés de spiritualité. Henri est un croyant, il va sa vie à la rencontre des autres. Je ne peux que lui souhaiter bon vent puisqu'il a un dieu personnel qui guide ses pas.

Pèlerinnement sien.


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2 réactions à cet article    


  • devphil30 devphil30 7 août 2014 09:36

    Beau témoignage d’une belle rencontre. 


    • klendatu2 7 août 2014 09:59

      Voici un article bien sympathique : une entrée en matière simple et vivante qui invite a découvrir le chemin de Compostelle. Un parcours fait de belles rencontres, d’étonnement et d’émerveillement, qui est assurément a réaliser au moins une fois au cours de l’existence, même si l’on ne sait a priori pas trop précisément ce que l’on est venu y chercher. Ainsi, ceux qui ont la foi y cotoient d’autres qui demeurent dans l’incertitude par rapport a de telles questions mais auront néanmoins fait un voyage qui leur aura apporté un bien certain. Quelquefois aussi, un pélerin rencontre une pélerine et une belle histoire vient a naître. smiley

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