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Accueil du site > Culture & Loisirs > L’été léger > Le banquet des léopards - Alphonse Boudard

Le banquet des léopards - Alphonse Boudard

Place à Alphonse Boudard. Ni oublié, ni méprisé, juste en dormance. Un tour dans mon grenier, en cette période de ragotons littéraires, et, hop !, la main du hasard qui vous alpague les châsses, vous attise la fringale, pour une bamboche de morfale.


De l'Alphonse, je n'ai pas ligoté beaucoup de missels, « La métamorphose des cloportes », « Les combattants du petit bonheur », « Le banquet des léopards ». C'est ce dernier qui m'est revenu aux lampions en farfouillant dans mon tas. J'ai aussitôt tilté et te l'ai alpagué, histoire de sabouler le présent avec les fringues du passé, savoir si le plaisir éprouvé n'a pas subi d'altération avec le temps. J'ai aussi en tête quelques péloches où il ciselait la bavette à Gabin, Ventura, Signoret, Delon ou Belmondo.

Alphonse est né et claboté entre deux siècles, 1925-2000. Venu au monde de père inconnu, sa mère, mineure au moment où il pointe ses mirettes en ce monde, le confie aussitôt à une famille de cambrousards du côté de Bellegarde, dans le Loiret, où il grandit comme il peut entre ses deux protecteurs, jusqu'à l'âge de sept ans où la mater le récupère pour l'expédier aussitôt chez la grand-mère dans le 13ème arrondissement de Paris où il perd définitivement l'accent des carnutes qu'il avait contracté du côté d’Orléans.

La guerre 39-45 arrive pour le jeune ouvrier typographe qu'il est devenu. Pourquoi s'est-il engagé dans la castagne du côté du Général ? Pourquoi a-t-il basculé dans les affaires louches et la chourave après la guerre ?...

Le fait est que cézigue se retrouve au placard. Une quinzaine d'années pendant lesquelles il alterne l'air frais de la rue et l'air confiné des ballons. C'est pour occuper l'ennui – il a le sens de la comprenette – qu'il lit tout ce qui passe à portée de louche : Céline, Balzac, Stendhal, Proust, les biographies, la Bible, les grecs, les récits de voyages. Tout. Ça lui met le feu au bocal et pas qu'un peu ! Déjà la pointe du bic s'enfonce dans le frontal pour lui tailler un bout de célébrité. C'était ça ou rejoindre l'armée de la Loise comme un baltringue.

D'ailleurs « Le banquet des léopards » s'ouvre sur la cellule 206 où l'Alphonse lit la Chartreuse de Stendhal dans son paddock, le passage où Fabrice del Dongo se fait la malle de la tour Farnèse. Ça donne de l'espoir. Pendant ce temps, son colocataire, Karl, se paluche face au mur des chiottes avec frénésie. Un obsédé, le Karl. Homme, femme, chèvre, bourrin, tout lui est bon, pourvu qu'il y ait le spasme de la petite mort au bout, et le soulagement avant le recommencement. Un alsacien enrôlé de force, qu'il disait, chez les nazis. Il avait pris pour son kouglof d'ergastule, le Karl, et sauvé in extremis le calcif d'un essorage radical.

Alphonse place sur son bureau l'album de clichetons dans lequel il va chercher la pitance de ses émotions et pour passer le tout nous faire écluser jusqu'à plus soif. Les maîtres pinardiers sont nombreux chez l'Auguste et, sous la calbombe, ça s'offre le luxe de quelques châteaux du meilleur palais. C'est chez Auguste-le-faussaire, le génie de la Lanterne, que l'Alphonse a connu au gnouf pour une affaire de peinture fraîche, des Utrillo et des Matisse que les auteurs avaient eu l'outrecuidance de peindre post-mortem. Auguste règne sur sa boutique, La Lanterne magique, verre en main, au milieu de son véritable trésor, la fraternité, entouré d'artistes louches, de personnages aux couleurs vives et au commerce frauduleux. Alphonse ne juge personne, il se contente de dégoiser l'histoire de sa vie...

Puis, arrivera Vulcanos-le-mage, une autre vieille connaissance de l'Alphonse, un personnage hors-cadre. Trop grand, trop massif, trop tout. Il occupera l'espace à coups de voyances et de chibre ! Il sera consacré le jour du banquet des léopards.

Quel banquet ! Moment de rare grandeur ou quand la littérature embrase l'éthologie pour une cuisson à point, tout comme le service trois pièces de Vulcanos-le-mage.

La poésie est le chemin le plus direct pour atteindre les étoiles.

Le banquet des léopards - Alphonse Boudard - 4-5€

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2 réactions à cet article    


  • gordon71 gordon71 18 février 2012 18:49

    sacré bonhomme


    quelle gouaille 

    avec votre permission quelques images du truculent personnage 

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