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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > Dix conseils pour rater sa rentrée

Dix conseils pour rater sa rentrée

Votre patron est un surdoué dans l’art de « comment faire le malheur de ses collaborateurs ». Ne ratez pas l’occasion de l’aider à faire pire en lui donnant ces quelques conseils.

1. Les ambitions... Rêvez, abandonnez

Vos vacances ont été l’occasion de judicieuses réflexions. Vous allez inonder le marché avec des coquillages diffusant des messages pour une crème à bronzer ou des logiciels pour éloigner les moustiques de l’ordinateur...

Fixez-vous un objectif commercial ambitieux. Mettez en place un planning. Considérez qu’il vous faudra un mois pour que la moitié soit atteinte, puis un autre pour le quart, un autre le huitième, un autre le seizième. Découvrez qu’après chaque progression, il reste une longueur à parcourir qui n’est jamais nulle. Concluez que vous ne pourrez jamais atteindre votre objectif. Abandonnez-le.

2. La motivation... Démotivez pour motiver

Attendez 17 heures pour donner le travail à vos collaborateurs. Travailler tard ils adorent, ils n’ont rien d’autre à faire. Dérangez-les toutes les dix minutes pour vérifier que cela avance ou mieux restez derrière eux pour leur expliquer qu’ils s’y prennent mal. Ne leur dites pas que le boulot est prioritaire et urgent, ils doivent être assez télépathes pour le comprendre. Si un travail nécessite des instructions particulières, ne les écrivez pas, laissez-leur deviner. Si vous êtes content de leur travail, surtout gardez cela secret. En revanche, s’ils font une erreur, n’hésitez pas à en informer tout le monde. S’ils prennent une initiative, réprimandez-les. S’ils n’en prennent pas, déplorez leur laxisme. Grâce à ces pratiques, l’encéphalogramme motivation de vos salariés sera rapidement plat. Affligez-vous de cette mort chronique et rédigez un édito pour le journal interne sur la nécessité de se motiver.

3. L’efficacité... Confondez s’agiter et s’activer

Exigez le changement de la photocopieuse et de la machine à café, qui donne le mauvais exemple en crachant trop lentement les feuilles et le café. Avec un interlocuteur en direct et deux téléphoniques, pratiquez le « zapping conversationnel ». Changez d’urgence et de priorité toutes les cinq minutes et raccourcissez d’autant le délai nécessaire à leur réalisation. Convoquez des réunions pour décider l’heure de la prochaine réunion. Approuvez d’un hochement de tête lorsque vos collaborateurs parlent et concluez en disant : « Tout cela, c’est du blabla, il serait temps de se mettre au travail et de ne plus confondre s’agiter et s’activer. » En vertu du proverbe : « Un escalier se balaye par le haut », vous aurez bientôt un joli ménage à faire dans votre société.

4. Votre futur... Faites la grenouille

Le directeur commercial, le responsable développement, le comptable tirent des sonnettes d’alarme. Renvoyez ces oiseaux de mauvais augure dans leurs bureaux et ne vous laissez pas perturber par ces avertissements. Attendez. Si vous avez de la chance, votre société explosera en vol comme la navette Challenger (avant le décollage, plusieurs ingénieurs ont tenté d’alerter les décideurs en disant qu’on risquait une catastrophe si le problème des joints des boosters n’était pas résolu. Ils n’en ont pas tenu compte.). Lorsque votre entreprise aura déposé le bilan, achetez deux grenouilles. Plongez la première dans l’eau bouillante. Elle réagira à ce signal fort en sautant hors de la casserole. Mettez la deuxième dans l’eau froide et faites chauffer doucement l’eau. Incapable de réagir à ces signaux faibles, elle finira par périr. Demandez-vous ensuite qui est le plus intelligent, vous-même ou le batracien ?

5. La créativité... Philosophez-la

Engagez un consultant, donnez-lui votre montre. Payez-le lorsqu’il vous donne l’heure. Commandez-lui un rapport sur le thème : « La créativité, une philosophie ». Lisez son instructive étude : « La créativité, c’est pour Descartes : j’y pense donc j’y suis. Pour Karl Marx : historiquement inévitable. Pour Freud : le fait que vous vous en occupiez révèle un traumatisme lié à votre enfance. Pour Platon : la nécessité est la mère de l’invention. Pour Aristote : qui peut le plus, peut le moins »... Diffusez le rapport et installez une boîte à idées sur votre bureau. Si elle est vide, convoquez le consultant et plaignez-vous du manque de créativité de vos collaborateurs. Il écoutera. Votre heure tourne.

6. La dynamique d’évolution... Réfléchissez vos refus

Faites de la compétence votre cheval de bataille. Déplorez que vos collaborateurs actuels en soient totalement dépourvus. Exigez que les nouveaux recrutés aient de l’expérience. Soyez intransigeant. Désormais, même les bébés de six mois engagés pour une photo publicitaire doivent en avoir. Quand un salarié vient vous demander une formation, réfléchissez. Considérez que seuls les bénéfices mesurables sont réels. Les bénéfices immatériels ne sont pas mesurables, donc pas réels. Refusez.

7. Les échanges... Laissez sans voix votre interlocuteur

Énoncez des phrases qui laissent sans réplique. Exemple : « Nous avons plus qu’une déontologie, nous avons une éthique. »

Obligez vos auditeurs à traduire vos propos. Exemples : Vous vendez de la formation, dites : « Notre société réunit les spécialistes de l’éducation cognitive qui développent une modélisation systémique des connaissances. » Vous virez un chef de service, dites : « Nous simplifions la chaîne logistique afin d’améliorer l’excellence opérationnelle. »

Cultivez le pléonasme. Frappez systématiquement deux coups. Exemple : « Ne nous faisons pas de fausses illusions, nous ne sommes plus en monopole exclusif. Pour atteindre le maximum de notre apogée, nous devons nous entraider mutuellement et avoir d’ambitieux projets d’avenir. Nous le ferons en constituant des binômes de deux personnes. »

Placez global à tout bout de champ : une communication globale, une réflexion globale, une gestion globale, une pensée globale. En prime « glocalisez ». Le must, on pense global et on agit local.

Adoptez un langage multiculturel. Exemple : « Le brainstorming sur le reengenering était très challenging. Il faut faire du one click shopping ? J’ai trouvé un blogger qui a une killer appli. Je te brifferais demain. En attendant, si tu as le feeling, mail nos sleeping partners. »

Abrégez vos propos : « Avec les RTT, je suis MDR (mort de rire). Notre BFR (besoin en fonds de roulement) nous met la TDC (Tête dans le cul), si le DG ne remue pas ASAP (as soon as possible) notre BP (business plan) ne sera plus OK. »

Rêvez maintenant d’écrire des textes lus dans le monde entier, qui provoqueront des réactions très émotives. Frappez à la porte de Microsoft. Ils cherchent des rédacteurs pour écrire les messages d’alerte.

8. La capacité à résoudre les problèmes... Optez pour les mauvaises solutions

Imaginez que si quelque chose est mauvais, son contraire est bon. Raisonnez comme cet officier américain au Vietnam qui disait : « Pour pouvoir sauver la ville, nous avons dû la détruire. »

Aggravez le problème en faisant toujours plus de la même chose. La solution peut devenir un problème. L’alcoolisme étant un grave problème, le gouvernement américain décida de l’interdire. Le remède fut pire que le mal. Braver l’interdit devint un sport national. Une industrie clandestine s’installa...

Niez le problème. Considérez que ceux qui le voient sont des personnes mal intentionnées qui sont à l’origine des difficultés.

Trouvez des bonnes solutions à des problèmes qui n’existent pas ou des solutions qui créent plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. Si vous n’y arrivez pas, tentez l’ENA. À l’issue de ce cursus de formation, vous serez un expert.

9. La qualité... Adhérer à l’élite des contraires

Sensibilisez vos salariés à la qualité en les convoquant à une réunion avec un mail bourré de fautes d’orthographe. Arrivez en demi-heure en retard, ne justifiez pas votre retard. Proposez des transparents noirs sur fond bleu illisibles même au premier rang. Si vos salariés ne sont pas convaincus de la nécessité de la qualité, allez faire un stage chez les Bow-String. L’élite des Contraires est une tribu cheyenne qui avait pour caractéristique de se comporter de manière inverse. Elle se lavait avec du sable, se séchait à l’eau, reculait pour avancer, affrontait l’ennemi avec une arme ridicule...

10. L’humour... Prenez-vous au sérieux

Froncez les sourcils afin de mieux confondre se prendre au sérieux et être sérieux. Managez le nez sur le guidon. Dès qu’un mur se présentera, l’accident sera inévitable. Évitez la distance de l’humour qui vous permettrait de voir l’horizon. Si malgré votre indubitable sérieux, un salarié mécontent de la diminution de salaires vous envoie un mail en disant : « Est-ce que le pluriel de salaire est désormais dé-risoires ? » Ne vous énervez pas, prenez vos affaires et partez faire un golf. Le golf, c’est un bon moyen de faire son trou. Vu l’état de votre entreprise, vous avez désormais besoin d’en creuser un profond.


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9 réactions à cet article    


  • Mescalina Mescalina 12 septembre 2007 14:43

    Excellent, plein d’humour et rafraichissant, ce genre de « réquisitoire » contre l’hypocrisie et les abberations du monde du travail est assez courant, et le votre est de bonne qualité !

    Meric pour ce bon moment.


    • Lars 12 septembre 2007 15:42

      j’ai également bien ri à la lecture de ses quelques conseils des plus productifs...L’abbération du langage anglicisé à outrance est synonyme d’une course à un prétendu modernisme des plus ridicules. Nous vivons dans un monde bien étrange. Travaillons plus pour gagner plus avec des termes « fashion » ;)


      • Ram 12 septembre 2007 17:01

        De toute façon les patrons c’est tous des salo.


        • jean-michel plisson jean-michel plisson 12 septembre 2007 22:02

          Excellent, vraiment très bien. C’est exactement ce qui se passe dans la socièté où je travaille.


          • pyro 13 septembre 2007 06:57

            O.K, c’est un bon mélange de « Bonjour paresse » de C. MAIER, avec un zeste de « 99 Fr » de BEIGBEDER et un soupçon de « Comment faire son propre malheur » de VLASLAVICK...

            Mais on ne s’en lasse pas : à lire dès le petit matin, au réveil.


          • roOl roOl 13 septembre 2007 02:18

            Cher Jean-michel, j’ai bien pris note de votre propos, vous etes virez !


            • Kelsaltan Kelsaltan 13 septembre 2007 12:19

              C’est terrible, vous ne vous êtes trompée sur rien, ce n’est pas même exagéré.

              Une entreprise ne peut cumuler vos 10 points (enfin... j’espère), mais un ou plusieurs, aucune de celles avec lesquelles je travaille n’y échappe.


              • alfredo 29 septembre 2007 13:33

                Je me suis bien marré avec vos juidicieux conseils. On y en apprend autant sur le monde de l’entreprise que dans bien des contributions narcissiques et ennuyeuses d’Agoravox smiley


                • Alexis Brunet Alexis Brunet 1er octobre 2007 17:05

                  absolument délicieux. Encore !

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