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Accueil du site > Culture & Loisirs > Parodie > La Covidie humaine

La Covidie humaine

Éternelle source d’inspiration.

Balzac aurait pu être éternellement reconnaissant au pangolin et à la chauve souris d’avoir ainsi rafraîchi ses sources d’inspiration. Jamais vent plus frais n’a soufflé sur le théâtre de la comédie humaine au point de transformer jusqu’au nom même de cette farce. Grâce en soit rendue à tous les acteurs de cette épopée homérique, aussi tragique que pathétique qui permet hélas de rire jaune sur les maîtres de ce monde. Malheureusement pour nous, le grand écrivain tourangeau ne pourra honorer de sa prose cette fabuleuse aventure romantique.

N’ayant pas la prétention d’emprunter ses pas, je me contenterai d’un petit résumé en 5 000 caractères là où le grand homme eut consacré des dizaines de volumes pour décrire les turpitudes d’une époque durant laquelle Eugène de Rastignac a pris les commandes de la nation, tandis que Jean-Joachim Goriot devient un industriel avisé tirant largement parti de la situation en vendant à prix d’or du gel hydroalcoolique.

Le docteur Rouget quant à lui s’est glissé subrepticement dans le comité d’experts, mandaté qu’il était par un grand groupe pharmaceutique pour saborder un traitement efficace et trop bon marché. Eugénie Grandet, un temps ministre de la santé a laissé faire avec une coupable bienveillance pour finalement tenter vainement de conquérir le cœur des parisiens.

Antoinette de Langeais est parvenue à ses fins. Elle a épousé son cher Eugène de Rastignac et observe à distance les différents épisodes de cette sombre affaire. Elle a abandonné ses grands principes pour se murer dans son palais et garder un silence prudent. Elle qui nous avait habitué à courir les salons s’est montrée d’une discrétion saisissante.

Vautrin a gagné des galons. Il a profité de la grande confusion des esprits pour enlever un ministère, preuve s’il en est que l’intégrité n’est pas nécessaire dans cette fastueuse covidie humaine. Il y eut bien quelques femmes surtout pour s’élever contre cette désignation mais l'opinion de la plèbe n’a guère d’importance en pareille situation. Camusot quant à lui a quitté la robe pour prendre le barreau en main. Un avocat défroqué ne vaut sans doute guère mieux qu’un ecclésiastique véreux.

Tout ces personnages auraient inspiré de belles pages à notre brave Honoré. Il y avait de quoi plonger à nouveau dans les bas fonds de l’âme humaine. Un livre eut alors été entièrement consacré à Horace Bianchon ce médecin vertueux et compétent qui cette fois a trouvé refuge du côté de la Canebière. Il aurait eu face à lui les plus caricaturaux visages de l’hypocrisie et de la vénalité, de quoi donner des ailes à Balzac. Face à ce brave homme, les docteurs Denis Minoret et Bouvard, médecins corrompus auraient trouvé place dans la cellule interministérielle de crise.

Émile Blondet et Lucien de Rubempré se seraient retrouvés tous deux sur les plateaux de BFM pour soutenir les décisions absurdes du pouvoir, pour divulguer des informations tronquées, parcellaires ou même erronées. Percevant alors le pouvoir nocif des médias, ces deux là et d’autres encore auraient semé le désarroi et la terreur dans la population. Fort bien secondés au début de la crise par l'inénarrable Dinah de La Baudraye, porte sottise du pouvoir, Balzac aurait dépeint cette mégère en trempant sa plume dans le vitriol.

Parmi les intellectuels Raoul Nathan aurait alors retourné sa veste. Fidèle des fidèles des différents princes au pouvoir, il découvre soudainement la fourberie de Rastignac et s’élève contre cet individu plus prompt à servir des intérêts obscurs qu’à défendre le peuple. Chez les petits commerçants condamnés à la faillite par les décisions du pouvoir, les figures de César Birotteau et Félix Gaudissart auraient alors donné corps à des drames qui sont totalement évacués de l’actualité.

Balzac eut sans doute consacré un livre à l’homme de l’ombre, celui qui a fait Rastignac et pour lequel celui-ci travaille. Jean-Esther Van Gobseck s’est montré avisé en lançant la carrière de ce jeune premier prometteur. Il reçoit en retour des dividendes importants tandis que le bon peuple est taillable, amendable et corvéable à merci sous la tyrannie de la finance.

Oublions ceci et laissons à regret Honoré vivre son éternité en paix. Il est malgré tout dommage que personne ne se lève pour dépeindre les noirceurs d’une crise qui mériterait une immense saga. La Covidie humaine a un titre, il ne lui reste plus qu’à hériter d’une grande plume.

Balzaciennement vôtre.


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21 réactions à cet article    


  • Clocel Clocel 2 septembre 12:58

    Balzac avait bien compris que la bourgeoisie était la corruption ultime de la « civilisation », le stade où la courbe de l’évolution spécifique s’inverse.

    Une somme d’intérêts particuliers ne serviront jamais le bien commun quoi que l’on fasse dire à la fable des abeilles et à toute la branlette libérale qui en découle...

    Il aura fallu fabriquer les cancres capables de recevoir cette théorie, un esprit formé à la rhétorique du XVIII siècle ne se serait pas laissé abuser.


    • Clocel Clocel 2 septembre 13:00

      @Clocel

      « ne servira jamais »... Désolé.


    • AlLusion AlLusion 2 septembre 13:05

      @Clocel

       Et oui, il vaut mieux être beau, riche et bien portant, que moche, pauvre et maladif. smiley)


    • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 13:39

      @Clocel

      C’est fort bien dit et exactement ce que je pense


    • Djam Djam 3 septembre 10:07

      @Clocel

      Exact ! smiley


    • xana 3 septembre 20:07

      @C’est Nabum
      C’est aussi mon avis. Et je trouve votre article très juste....


    • C'est Nabum C’est Nabum 3 septembre 20:24

      @xana

      C’est vraiment flatteur
      Merci


    • AlLusion AlLusion 2 septembre 13:02

      @C’est Nabum,

        Balzac, l’écrivain écrivait autant de descriptions parce qu’il était payé à la ligne. Acculé par ses dettes à produire sans cesse. Il tire à la ligne — et découvre que la description fait partie intégrante de son système — qu’elle est, en un mot, balzacienne.

      « reconnaissant au pangolin et à la chauve souris d’avoir ainsi rafraîchi ses sources d’inspiration. Jamais vent plus frais n’a soufflé sur le théâtre de la comédie humaine »

      C ’est exactement la comédie humaine dont je parlais ce matin dans « La magasin des Suicides ».


       


      • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 13:40

        @AlLusion

        Payer à la ligne c’est sans doute pousser le bouchon un peu loin et laisser les autres mordre à l’hameçon


      • il faudrait 2 septembre 13:10

        excellent ! un grand merci à notre Ligérien !


        • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 13:40

          @il faudrait

          C’est très gentil
          Merci


        • Francis Francis29 2 septembre 13:36

          ’’Un avocat défroqué ne vaut sans doute guère mieux qu’un ecclésiastique véreux.’’

           

           Jolie inversion.


          • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 13:41

            @Francis29

            Et le vice versa


          • juluch juluch 2 septembre 15:35

            J’avais perdu de vue les personnages de Balzac....

            ceci étant, bientot sortiront des ouvrages sur la période Covid....

            merci Nabum !


            • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 18:43

              @juluch

              C’est déjà fait
              Ils sont sortis et sans doute été rédigés avant la crise

              Bonne journée camarade


            • Jjanloup Jjanloup 2 septembre 16:24

              Bonjour Nabum,

              Excellent parallèle... smiley


              • C'est Nabum C’est Nabum 2 septembre 18:43

                @Jjanloup

                C’était si évident


              • troletbuse troletbuse 3 septembre 10:10

                Ecrit de 1929 à 1850.

                Mais c’est l’empereur qui a rendu visite à Horace Bianchon ?  smiley

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